Combat au bout de la nuit : Une tragédie grecque en 285 minutes

2017/03/03 | Par Richard Lahaie

- Nous procédons maintenant au vote.

- M. le président, il n’y a que trois personnes présentes. Le vote aura-t-il lieu ainsi?

- Nous voterons les articles un par un conformément à la procédure. Est-ce que l’article 1 est adopté? Adopté à la majorité.

- Qui a dit oui, M. le président? Comment pouvez-vous dire «à la majorité»? Ce n’est pas un vote que vous faites. C’est une fausse procédure!

Le président du parlement grec poursuit ainsi le vote bidon pour les 47 articles. Le ton du film est lancé. Combat au bout de la nuit est un film-fleuve de 285 minutes, réalisé par Sylvain L’Espérance. Le titre de ce film est tiré d'un poème de Tassos Livaditis.

Dans Combat au bout de la nuit, le réalisateur nous plonge au cœur d’une Grèce en pleine crise qui lutte contre les politiques néolibérales et la tyrannie de la troïka, représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

Cette troïka était chargée de vérifier la situation économique grecque et notamment l’état de ses finances publiques dans le cadre de l'accord de refinancement négocié en mai 2010 et pendant toute la durée de validité de celui-ci.

En entrevue à l'aut'journal, Sylvain L'Espérance précise que «la Grèce est comme un laboratoire où les politiques d'austérité qui y sont implantées, vont se répercuter partout en Europe. La troïka a voulu en faire un exemple. Si la Grèce avait réussi sa résistance, il y avait de bonne chance que cette résistance se serait répandue dans d'autres parties de l'Europe. Ils ont voulu casser ça d'une manière radicale».

Le système de santé public est en train de s’écrouler. Au Québec, le système de santé est financé par les impôts mais, en Grèce, c'est une cotisation mensuelle des particuliers qui finance le système de santé.

«Lorsqu'une personne se retrouve sans travail et ne peut payer cette cotisation, elle n'a plus accès au système public. Il y a un tiers de la population qui se retrouve dans cette situation», de souligner le réalisateur.

Des citoyens se sont solidarisés et ont créé des cliniques de santé parallèles où n'importe qui peut venir chercher des soins, recevoir des médicaments et subir des examens, sans qu'on lui demande de payer.

«Ce n'est pas fait dans une approche humanitaire ni de charité, mais de solidarité. Il y a une pensée politique derrière ça. Une bonne partie des médicaments proviennent d'un réseau européen où des pharmaciens, qui ont des médicaments près de la date de péremption, les envoient gratuitement en Grèce», explique M. L'Espérance.

Selon le réalisateur, «la Grèce est la porte d'entrée pour l'Europe. Lors de la crise des réfugiés, il y a eu un grand mouvement de solidarité de la part des Grecs, car ils se sont reconnus dans la situation des réfugiés. Dans l'Histoire de la Grèce, les Grecs ont été de nombreuses fois des réfugiés, entre autres lors de la Seconde guerre mondiale».

Le film nous fait découvrir des femmes de ménage, des employés de chantiers navals et des sans-abris durement frappés par la crise. Le Syriza, un parti de coalition, avait amené une lueur d'espoir lors du référendum.

«Le référendum a été gagné par le gouvernement grec qui disait non à l'austérité. Mais une semaine plus tard, le gouvernement a capitulé devant la troïka», rappelle Sylvain L'Espérance.

Avec la montée de la droite en Amérique et en Europe, une ombre plane sur la Grèce. M. L'Espérance explique que «Aube dorée a environ 7% de l'électorat et 18 députés. Ce parti prône purement et simplement le fascisme et les dirigeants à la tête de cette formation politique sont des criminels. Ils ont commandé et commandité des meurtres et pourchassés des réfugiés».

Le film sera à l'affiche dès le 10 mars à la Cinémathèque québécoise. Il sera possible de voir le film en deux séances, soit en deux soirs différents, pour ceux qui ne peuvent rester assis durant 285 minutes.

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