Quand on marche sur la tête

2017/03/15 | Par Michel Rioux

Dans un monde passablement à l’envers, marcher sur la tête n’étonne plus personne !

Ainsi, quand il était question de pétrole et d’environnement lors de la campagne électorale, le visage du candidat Trudeau virait littéralement au vert. Greenpeace en pâlissait d’envie. Or, récemment, des présidents de grandes pétrolières et les ministres des Ressources naturelles de plusieurs pays ont applaudi Justin Trudeau, au Texas, au moment où il recevait le prix du leadership mondial en matière d'énergie et d'environnement de la CERAWeek, une conférence internationale commanditée par nombreuses compagnies actives dans le domaine des sables bitumineux, dont Total, Conoco Phillips, BP, Exxon Mobil et Shell. 

Le poulet encensé par les renards !

Ainsi, le philactère de la caricature se lisait à peu près comme ceci, six ou sept comptables de KPMG étant morts de rire : « Hé les boys ! J’ai dit à Revenu Canada que nos clients ne recommenceraient plus ! » Non seulement ces clients millionnaires avaient-ils fraudé l’État en confiant à KPMG le soin de conduire en lieu sûr, à savoir un paradis fiscal, un pactole certes pas amassé à partir d’un salaire fixe, l’ardoise était par la suite essuyée à la seule condition de rembourser l’impôt dû. Sans pénalité aucune. Morts de rire à raison. Ce cas m’a rappelé l’histoire de cette mère de deux jeunes enfants, célibataire, sur qui Revenu Québec s’était abattu comme la petite vérole sur le bas clergé. Opérant une garderie familiale dans le réseau des CPE, on lui avait réclamé plus de 14 000 $ après trois ans pour mauvaise tenue de livres.

N’ayant pas les moyens de se payer les services de KPMG, ce sont les parents qui avaient dû essuyer l’ardoise.

Ainsi, l’improvisation peut parfois jouer des tours. Quand, dans une mêlée de presse, Jean-François Lisée a évoqué la possibilité de cacher une mitraillette sous une burka. Mais quand Gabriel Nadeau-Dubois s’est adressé orbi et urbi à la nation l’autre jour, son texte était écrit et les mots, on l’espère, bien pesés. D’affirmer péremptoirement que depuis 30 ans, les élites politiques avaient trahi le peuple québécois, c’était faucher quelque peu large et avait des relents rappelant le Roi-Soleil à son meilleur. Qu’on ne s’y trompe pas. J’ai beaucoup d’estime pour GND. Mais faire l’impasse sur tout ce qui a été réalisé depuis 30 ans au Québec, c’est un peu fort de café, comme l’a judicieusement rappelé mon camarade François Aubry, économiste à la CSN durant quelque 30 ans.

Ce dernier a énuméré les mesures progressistes qui ont suivi le sommet économique de 1996. « La création d'un réseau de CPE et le congé parental, deux éléments d'une politique familiale qui fait l'envie de la gauche dans le ROC et de plusieurs pays à travers le monde - y compris chez Bernie Sanders, dont GND dit vouloir s’inspirer -,  la mise sur pied du programme AccèsLogis pour encadrer et développer le logement communautaire, la loi sur l'équité salariale, la politique de reconnaissance des organismes communautaires autonomes et l'augmentation de leur financement, le gel des frais de scolarité, la reconnaissance de l'économie sociale et l'approbation d'une vingtaine de projets d'économie sociale, dont les Journées de la culture et les entreprises d'économie sociale en aide domestique, la mise sur pied d'un régime d'assurance médicaments, la Loi pour combattre la pauvreté et l'exclusion sociale, les CLD et autres lieux régionaux de concertation. »

C’est ce qui s’appelle le modèle québécois et que la gauche défend bec et ongles sur toutes les tribunes. Et c’est ce modèle qui est mis en péril par les libéraux de Philippe Couillard, qui ont entrepris  de le dépecer, parfois en cachette, parfois violemment. Et s’il ne s’imposait pas à l’esprit des progressistes québécois que la présente urgence politique est de ne ménager aucun moyen ni effort pour mettre fin en 2018 à cette destruction massive, ce serait le signe qu’on manque singulièrement de sérieux dans certaines chaumières chauffées à une idéologie qui fait oublier que, dehors, c’est un froid sibérien qui est en train de s’installer à demeure.

S’autopeluredebananiser est un danger qui guette à peu près toutes celles et ceux qui se risquent en politique, ce qui les contraint souvent au rétropédalage. Lisée l’a fait avec la burka. Nadeau-Dubois a esquissé quelques pas de danse de côté sur les 30 années de trahison. C’est toujours ça de pris !

Au fait, à voir les adhésions à Québec Solidaire augmenter de façon aussi exponentielle depuis l’arrivée de GND, on se dit que si KPMG n’avait pas perdu toute crédibilité, on leur demanderait de conduire un audit sur la véracité de ces chiffres… Nous ne sommes pas loin en effet de cette multiplication des pains qui avait dans le temps fait la réputation de Jésus de Nazareth, dit le Messie, celui-là même dont on raconte qu’il a marché sur les eaux du lac de Tibériade…

Du même auteur

2017/11/23 S’excuser d’exister
2017/10/24 Trudeau n'est pas Nasser
2017/09/26 Le bully
2017/08/29 Tomber si bas
2017/06/09 LE CBN

Pages

Dans la même catégorie

2017/11/23 S’excuser d’exister
2017/10/24 Trudeau n'est pas Nasser
2017/09/26 Le bully
2017/08/29 Tomber si bas
2017/06/09 LE CBN

Pages