Abri fiscal, poison social

2017/04/04 | Par Richard Lahaie

« Nous manifestons aujourd’hui parce qu’il y a un an, jour pour jour, les Panama Papers étaient divulgués, ce qui a contribué à révéler l’immense scandale que représentent les paradis fiscaux dans le monde », de déclarer Claude Vaillancourt d’ATTAC-Québec, lors de la manifestation tenue devant le bureau de Justin Trudeau à Montréal, le 3 avril. Cette date a été choisie pour souligner la Journée internationale contre les paradis fiscaux.

Claude Vaillancourt a ajouté que « la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, a dit : ‘‘Je viens de la Gaspésie et je vise les gros poissons’’. C’est bien beau de viser les gros poissons, mais il faut les attraper et les sanctionner. Actuellement, ce que l’on fait, c’est de dire à ceux que l’on prend en flagrant délit fiscal : « Pourriez-vous rembourser, s’il vous plaît, on ne vous poursuivra pas ».

Le mois dernier, l’émission Enquête de Radio-Canada nous apprenait que l’Agence du revenu du Canada a offert une amnistie secrète aux clients multimillionnaires de KPMG. La firme comptable KPMG avait créé, pour ses clients, un programme pour camoufler des sommes faramineuses au fisc canadien.

« Les banquiers donnent beaucoup d’argent au parti de Justin Trudeau et le gouvernement leur rend beaucoup de services en retour. Trudeau a essayé de nous en passé une ‘‘p’tite vite’’. Il a caché dans un projet de loi mammouth, une protection pour les banques face à la loi de la protection du consommateur. Heureusement, le Bloc québécois l’a vu et a sonné l’alarme », de poursuivre Claude Vaillancourt.

« Lorsque le Bloc québécois a déposé une motion demandant de s’attaquer au paradis fiscal de la Barbade, qui est le paradis fiscal le plus utilisé par les Canadiens, Trudeau a voté contre cette motion. C’est bien beau de légaliser la marijuana mais, comme le dit la chanson : Entre deux joints, tu pourrais faire quelque chose. Entre deux joints, tu pourrais te grouiller le cul », d’ironiser Claude Vaillancourt.

Céline Magontier, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), précise que « Carlos Leitao nous a servi lors du budget le même discours néolibéral qui a saccagé notre filet social. Il prétend nous faire un cadeau avec des baisses d’impôts dérisoires pour éviter de donner plus de 50 cents de l’heure aux plus démunis ».

« Le gouvernement Trudeau, quant à lui, refuse d’éliminer les crédits fiscaux qui bénéficient aux plus riches, d’imposer les gains en capitaux et n’en fait pas assez contre l’évitement fiscal. Au final, c’est entre 1 et 2 milliards de dollars que le gouvernement du Québec perd annuellement en raison du recours des plus riches et des entreprises aux paradis fiscaux », de souligner Céline Magontier.

« Chacun doit payer sa juste part, incluant les plus fortunés et les grandes entreprises. Les paradis fiscaux nous privent de revenus pour faire une société plus équitable », de déclarer Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et porte-parole du collectif Échec aux paradis fiscaux.

Madame Chabot ajoute que « ce qui a été fait jusqu’à présent est nettement insuffisant. Ça prend un courage politique pour changer nos lois, nos réglementations et nos conventions fiscales pour mettre fin au recours à des paradis fiscaux. Il faut rendre illégal les pratiques qui sont aujourd’hui tolérés par le gouvernement fédéral ».

La manifestation a été organisée par le collectif Échec aux paradis fiscaux qui est composé des organisations suivantes : Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Association québécoise pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC-Québec), Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Union des consommateurs et les amis de la Terre de Québec. La Coalition Main rouge, la Fédération autonome de l’enseignement, le Conseil central Montréal métropolitain de la CSN et le Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal sont des partenaires de l’événement.

 

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