Les nouveaux colonisés

2017/04/12 | Par Étienne-Alexandre Beauregard

Les jeunes Québécois aiment l’anglais, c’est bien connu et franchement, c’est tant mieux. Il n’est que normal de parler deux langues dans le monde dans lequel nous vivons actuellement et la langue de Shakespeare a fini par devenir incontournable au fil des années. Ce qui est absolument anormal, révoltant même, c’est lorsque certains jeunes et moins jeunes prétendent que les Québécois feraient mieux de s’assimiler à la masse anglophone pour sombrer dans l’abîme de l’unilinguisme anglais au lieu d’accumuler les langues.  Heureusement, ce phénomène demeure très marginal, mais la seule idée que de telles idées apatrides soient bien accueillies chez certains adolescents est désespérante pour quiconque aime un minimum le Québec et son identité propre.

Les tenants de ce genre d’idée prétendront que l’anglais est la langue universelle des affaires, la seule langue nécessaire pour vivre, la seule langue qui devrait survivre et bien qu’il soit important de connaître l’anglais, ce n’est en aucun cas une raison pour tourner le dos aux 400 ans d’histoire qui nous précèdent et à la spécificité québécoise, importante partie de notre identité collective. La connaissance du français est un atout pour quiconque espère découvrir plus que la culture américaine, devenue la norme dans les foyers québécois. Se dire « ouvert sur le monde », c’est bien plus que de renier la culture québécoise pour se brancher uniquement sur les États-Unis, c’est d’être ouvert d’esprit et capable d’apprécier toutes les cultures de la Terre, y compris les cultures québécoise et française.

On colportera aussi que le français est une langue trop difficile pour les immigrants et qu’il faudrait tous s’angliciser pour que ces derniers n’aient à connaître que l’anglais en immigrant. Quelle belle preuve de servilité, d’absence de confiance en sa nation, que de prétendre qu’un État devrait s’adapter à ses nouveaux arrivants plutôt que l’inverse. Justin Trudeau a beau prétendre le contraire, mais il existe des nations et des cultures au Canada, le Québec en est une. Il est de notre devoir de partager notre culture, issue du génie créateur de France et d’Amérique comme dirait Loco Locass, avec eux et non pas de nous asexuer, de nous stériliser, pour bel et bien devenir cette race dénuée de culture et d’histoire que Lord Durham décrivait dans son rapport.

Selon ces détracteurs de la langue qui les a vus naître, il faudrait cesser d’être unique de par notre langue, car le Québec est le seul État d’Amérique du Nord où le français est la première langue parlée. Ce sont ces défenseurs de la différence de chaque immigrant qui se lèvent pour dénigrer leur propre différence ? La différence québécoise est une différence comme une autre, alors pourquoi vouloir son extinction tout en se disant ouvert aux particularités de chacun ?

Encore une fois, tout cela renvoie aux vieux stigmates du peuple québécois, un peuple profondément complexé qui a honte d’exister. Comment vivre sainement en société si on n’ose même pas affirmer l’existence de notre propre nation, si la notion même de sortir du cadre est trop pour nous et qu’il nous faut immédiatement rentrer dans le rang pour réprimer cette affreuse sensation d’avoir désobéi à nos maîtres colonisateurs en refusant de nous effacer malgré toutes ces tentatives d’assimilation ?

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