Le marché des batteries

2017/05/18 | Par IREC

Extraits de la plus récente note d’intervention de l’IRÉC, disponible en ligne à l’adresse suivante :
http://www.irec.net/upload/File/note_
intervention_55_mai_2017.pdf

Dans une note d’intervention précédente, nous avons présenté les premiers éléments de notre analyse des enjeux soulevés par le développement du créneau stratégique des batteries pour les véhicules électriques; nous avons également soumis quelques pistes pour en relever les défis. Nous nous penchons maintenant sur le potentiel de développement du créneau des batteries dont les produits pourraient alimenter la chaîne d’approvisionnement des éventuels fabricants de VE[1] de l’Ontario et des États du Nord-Est. Ce créneau nous paraît plus réaliste et mieux adapté à la situation québécoise. Comme l’a maintes fois déclaré Alexandre Taillefer, il paraît illusoire de vouloir attirer au Québec une usine de voitures électriques de grandes séries, l’historique des échecs dans ce domaine nous semble assez concluant pour ne pas chercher à refaire les mêmes erreurs.

Ce point de vue ne signifie pas que nous pensons que le Québec doive renoncer à toute présence dans le domaine de la fabrication des véhicules. Au contraire, nous désirons montrer que le Québec pourrait miser sur l’électrification des véhicules de taille moyenne et lourde. Car la situation est assez différente dans le secteur des équipements de transport lourd ou hors route, dans la mesure où existe déjà dans notre structure industrielle un écosystème manufacturier pour ces équipements.

Dans la note précédente[2], nous avons fait ressortir que la révolution des batteries représente une tendance lourde du développement pour l’industrie des véhicules automobiles. La situation dans les autres créneaux du transport routier est beaucoup plus complexe, car les solutions alternatives envisageables sont plus nombreuses. Les tendances ne sont pas encore très nettement tranchées, plusieurs possibles restent ouverts. Dans cette section, nous désirons montrer que la caractérisation que nous avons faite de l’émergence accélérée des VE (c.-à-d. le fait qu’il n’y avait que quatre modèles de VE en 2012, mais plus d’une trentaine en 2016) est en voie de se reproduire pour l’industrie des véhicules moyens et lourds. Cette évolution sera probablement un peu plus complexe parce que marquée par une forte concurrence entre diverses technologies (p.ex. avec l’utilisation du GNL[3] ou des biocarburants) qui pourraient constituer des alternatives à l’électrification comme voie de sortie. Néanmoins, l’examen du facteur d’innovation de rupture laisse entrevoir un sentier de développement similaire.

Le contexte qui favorise une forte croissance de la demande du côté de l’électrification des véhicules routiers est le même qui devrait permettre d’ouvrir de nouvelles opportunités pour les autres équipements de transport. Des initiatives sont en marche, en concertation avec l’industrie du transport et les gouvernements, pour promouvoir des certifications pour les transporteurs adoptant des pratiques moins polluantes, par exemple le partenariat SmartWay et l’Alliance verte[4]. On travaille sur un scénario de label s’appliquant à l’ensemble des chaînes logistiques, incluant les expéditeurs qui adoptent des pratiques d’approvisionnement et de distribution à plus faibles émissions de GES par le recours à des options de transport intermodal à plus faible empreinte carbone, en particulier les transports maritimes et par rail.

Les enjeux abordés dépassent largement la seule industrie des batteries au lithium. Le secteur québécois des équipements de transport lourd est directement affecté par la révolution de l’électrification. La vision que nous proposons pour l’industrie manufacturière québécoise est donc de miser sur une stratégie de développement du créneau des batteries au lithium comme un élément distinctif et un facteur de compétitivité pour l’émergence et/ou l’implantation au Québec de projets productifs dans le secteur des équipements de transport moyen et lourd électriques. En complément à ce volet manufacturier, la nouvelle grappe des véhicules électriques et intelligents devrait aussi développer un volet sur les services logistiques, en misant sur les forces du Québec dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC), de l’intelligence artificielle et de l’économie du partage pour susciter de nouveaux projets en association avec les manufacturiers d’équipement. Mais nous reviendrons sur ce volet dans des notes ultérieures.

Pour le volet manufacturier, nos recommandations s’inscrivent autour de trois créneaux que le Québec devrait privilégier : la fabrication de batteries, le créneau des équipements de transport lourd électriques et celui des navires à motorisation électrique.

Pour la deuxième de cette série de notes d’intervention sur la grappe des véhicules électriques, nous avons précisé nos recommandations concernant les créneaux sur lesquels le Québec pourrait miser. Dans la mesure où nous possédons déjà un écosystème manufacturier dans le secteur des équipements de transport lourd ou hors route, il y a là des opportunités à saisir, tant du côté des batteries que des véhicules. Dans la prochaine note de cette série, nous aborderons le créneau complémentaire des batteries stationnaires. Bien que ce marché soit très différent de celui des véhicules électriques, il existe plusieurs complémentarités entre l’évolution des produits de stockage d’énergie résidentielle et l’électrification des transports. Ainsi que des opportunités directes pour Hydro-Québec.

 


[1]. Dans cette note, nous utilisons l’abréviation VE pour désigner les véhicules à motorisation électrique rechargeable, c’est-à-dire les tout électriques et les hybrides rechargeables, excluant donc les hybrides conventionnels.​
[2]. Voir L’industrie des batteries au lithium : une opportunité pour le Québec, [http://www.irec.net/upload/File/note_intervention_52_avril2017(1).pdf].[3]. Gaz naturel liquéfié
[4]. CPQ, La contribution du transport des marchandises à la prospérité du Québec, mars 2017.

 

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