Tomber si bas

2017/08/29 | Par Michel Rioux

Voilà une institution qui a joué un rôle majeur dans le développement politique, social et culturel du Québec. Il faut le reconnaître. Mais cette grande dame que fut longtemps Radio-Canada a depuis perdu plusieurs de ses atours, à un point tel qu’on se prend trop souvent à regretter de l’avoir défendue pendant des décennies.

Ça se dégrade à la vitesse grand V.

 

La soirée est…

La première fois que j’ai pris connaissance de cette émission, c’était en janvier. Je revenais de Sherbrooke. Circulation lourde. C’était un dimanche. En désespoir de cause, dans le trafic, je mis le cap sur Radio-Canada. Une émission qui s’appelle La soirée est encore jeune.

Il y a là un Fred, qui a traversé allègrement une ligne de piquetage dans sa verte jeunesse et qui a, selon ce qu’il en dit, pris cet acte courageux pour un geste marquant son identité à gauche. Il y a aussi là un bellâtre chevelu prénommé Jean-Philippe, qui se croit drôle et qui fait par ailleurs dans la danse sociale à la télévision d’État. Il y avait aussi le faire-valoir de Véronique Cloutier qui, elle, a du talent, alors que lui s’est planté pas à peu près. Un dénommé Girard celui-là. Un invité : Emmanuel Bilodeau m’a non seulement fait rire, mais aussi touché.

Arrive Mathieu Bock-Côté. La bande des trois ou quatre l’attendait de pied ferme, c’était évident. N’étant pas toujours d’accord avec MBC, mais étant conscient de sa carrure intellectuelle, je me suis demandé comment ces agités du bocal  radio-canadien allaient pouvoir soutenir avec lui un débat d’un certain niveau. Ce fut proprement gênant. Lafleur contre un goon de St-Georges de Beauce dans la ligne interaméricaine. Bossy contre un rejeton de Sainte-Émilie-de-l’Énergie patinant sur la bottine dans un tir de barrage. Ali contre un jambon de l’Abord-à-Plouffe. Massacre annoncé. Massacre ce fut, en effet.

Maniant un humour comme aucun de ces humoristes radio-canadiens autoproclamés ne saura jamais le faire, jonglant avec des concepts sociologiques, politiques, historiques hors de la portée de ces trois ou quatre rejetons d’un  Barnum & Bailey du Plateau, Bock-Côté a même fait preuve d’une espèce de charité qualifiée autrefois de chrétienne en ne pesant pas trop sur le crayon pour que soit saisie par l’auditeur l’inanité de ces zigotos qui s’étaient sans doute réjouis à l’avance de le rôtir sur le gril en se payant sa tête. Spectacle désolant. D’autant que c’est au straight man de Véro qu’on avait confié le mandat de répliquer à MBC. « Il bredouille ! » Là fut l’essentiel de la réplique de ce pauvre Girard. Le gars nous a même fourni le mode d’emploi. Bredouiller, c’est parler trop vite, paraît-il.

Et parler pour ne rien dire, messieurs, c’est quoi au juste ?

 

Le bellâtre chevelu

Par ailleurs, la chose m’a frappé quand Jean-François Lisée est allé à l’émission Le beau dimanche. Vous avez remarqué l’arrangement du studio. On a emprunté à Charlie Chaplin la mise en scène dans le film Le dictateur, où on voit Hitler monté sur un banc, qui domine un Mussolini assis à ras de terre, les pattes de son fauteuil ayant été coupées. Dans cette émission, le bellâtre chevelu que l’on voit partout dépasse ses invités d’une tête, étant installé sur une tribune surélevée. Belle mentalité…

 

En français ?

Les mots qui suivent sont tirés d’une chanson retenue pour la finale d’un concours organisé par Radio-Canada pour illustrer la chanson…française !

Y’a comme un vide inside depuis last summer
Sometimes j’me demande si tu penses à moi, Between here and toé,
Un train, un roadtrip, un highway, Between moé pis là-bas,
Y’a comme un frette inside depuis last Christmas.
Ton souffle hot qui frôle mes seins
Sometimes j’me dis que j’aurais besoin de toi
Between here and toé, Un train, un roadtrip, un highway, Between moé pis là-bas, Non, maybe, sûrement, j’sais pas, Y’a comme une fin d’hiver qui m’joue dans l’brain, Un mélange de solitude, de glace pis d’cheap wine, T’as liké ma photo, ça fait six mois j’ai pas d’nouvelles.
Between moé pis là-bas, Juste one night, après on verra...

Quand même assez édifiante l’idée qu’on se fait du français à la société d’État !
Et devinez à qui la SRC a confié l’animation de l’émission lançant sa programmation ? À Fred et Girard, voyons donc !

 

Bien sûr…

Bien sûr, il y a encore d’excellentes émissions à Radio-Canada : Le Bigot, Nuovo, Desautels, Beauchamp, Auger, Annie Durocher en animent d’excellentes, qui nous reposent d’Anne-Marie Dussault. Mais malheureusement, la tendance lourde semble irrémédiablement se diriger du côté de l’insignifiance et d’une insoutenable légèreté.

 

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