La mutation des quartiers Saint-Henri et NDG-sud

2017/09/05 | Par Richard Lahaie

Le 31 août dernier, deux chercheurs universitaires, Lucie Le et Aaron Vansintjan, ont présenté les résultats de leur recherche sur la gentrification et l’offre alimentaire dans le quartier Saint-Henri et dans la portion sud du quartier montréalais de Notre-Dame-de-Grâce (NDG).

Durant six mois, les deux chercheurs ont réalisé des entretiens avec les résidents et les acteurs communautaires locaux dans le but de comprendre comment la gentrification a modifié le paysage alimentaire des deux quartiers.

Cet « embourgeoisement urbain » est un phénomène qui se produit lorsque des personnes aisées s’accaparent les espaces dans les quartiers défavorisés, transformant le profil économique et social du quartier au profit des plus aisés. Ainsi, au sein de ces quartiers gentrifiés, certains types de commerces apparaissent et offrent des produits chers et de qualité (épiceries fines, fromageries, restos chics, etc.), inaccessibles aux moins fortunés.

« Les résidents de longue date ne vont pas dans les nouveaux restaurants, bars ou autres commerces. Depuis que les commerces qu’ils fréquentaient ont fermé, une partie de ces gens restent désormais chez eux », d’expliquer Lucie Le, étudiante à la maîtrise en urbanisme à l’Université de Montréal. « Les personnes âgées et les résidents à faible revenus deviennent alors socialement isolés », d’ajouter Aaron Vansintjan, doctorant à Birkbeck, un collège de l’Université de Londres.

Différentes stratégies sont alors utilisées par les personnes à faibles revenus. Certains se tournent vers le partage de repas, l’achat en gros ou encore le jardinage. « Lorsque les loyers grimpent, les gens font des coupes budgétaires dans leurs dépenses alimentaires et certains se dirigent même vers les banques alimentaires », de poursuivre Lucie Le.

Les groupes communautaires ont commencé à répondre au problème d’isolement et à celui du manque d’offre alimentaire accessible. Ainsi, des organismes comme le Dépôt alimentaire NDG, le POPIR ou encore Solidarité Saint-Henri tentent de mettre sur pied des espaces communautaires offrant des options alimentaires abordables où les gens pourraient se rendre.

Mais ces groupes sont, eux aussi, affectés par la hausse des loyers et ont généralement du mal à louer des locaux où exercer leurs activités. La hausse des loyers est un des principaux impacts de la gentrification.

Lucie Le rappelle l’importance du rôle des dépanneurs dans le quartier Saint-Henri. « Une résidente de Saint-Henri, que nous avons rencontrée, nous a déclaré que pour aller acheter une pinte de lait au dépanneur au coin de sa rue, ça lui prend parfois une bonne heure. Elle rencontre des voisins et discute de tout et de rien. Le dépanneur fait office de lien social entre les résidents et est le point de rencontre idéal pour la socialisation. »

« Le dépanneur typique de Saint-Henri et de la section sud de NDG offre des produits frais tels que légumes et fruits, car le supermarché IGA a pris le virage de la gentrification et vend des produits fins et chers », d’ajouter Lucie Le.

Sur le territoire d’étude des deux chercheurs, il y a le Marché Atwater. « Contrairement à ce que pense la population, le Marché Atwater accueille seulement deux ou trois cultivateurs. Les autres vendeurs sont des revendeurs, qui sont approvisionnés par des agriculteurs. Ainsi, ces revendeurs prennent un profit au passage, rendant les produits frais plus chers. Il est fréquent de voir des citoyens de Westmount descendre la rue Atwater pour faire leurs emplettes au marché. Cette situation fait que les prix sont plus élevés, car les commerçants savent que ceux de Westmount ont les moyens de payer plus cher. »

« En plus de vendre des aliments hors de prix pour les citoyens peu fortunés, on retrouve dans la portion NDG, au sud de l’autoroute, un désert alimentaire. Il n’y a aucune épicerie ou grande chaîne de magasins d’alimentation. Les citoyens de cette zone doivent faire de longues distances à pied pour se procurer de la nourriture. En hiver, la tentation est grande de s’alimenter uniquement de conserves et de spaghettis », de préciser la chercheuse.

En créant un exode des pauvres du quartier, la gentrification est perçue d’un bon œil par certains. « Des gens à qui nous avons parlé pensent que le quartier est maintenant plus sûr », de conclure Aaron Vansintjan.

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