Le bully

2017/09/26 | Par Michel Rioux

Le bully a du front tout le tour de la tête ; de là l’expression avoir un front de beu.

À cet égard, Jean-Marc Fournier, leader du gouvernement en Chambre et ministre des Relations intergouvernementales et de la Réforme des institutions démocratiques, en est le prototype le plus achevé.

Le bully exerce ses talents dans les cours d’école, dans les bars, et même dans les bureaux, comme on l’a vu avec l’ex-candidat libéral Tétreault. Avec ce ministre, la fonction s’est transportée dans l’arène parlementaire.

Le bully n’a pas la foi du charbonnier. En fait, il ne croit en rien, même pas en ce qu’il dit. La mauvaise foi est la seule foi qu’il connaisse. Le journaliste Marco Fortier, du Devoir, l’a bien décrit : « … avec sa manière bien à lui de faire image, tout en mélangeant allègrement les pommes et les oranges ».

Il se peut que le bully mette des lunettes roses et danse le menuet. C’est ce qui est arrivé au ministre en soutenant, envers et contre toutes les statistiques, que le français était florissant, ici et dans le ROC. « Nous avons assuré la présence du français au Québec. Les communautés francophones et acadiennes ont su faire de même à l’extérieur des frontières du Québec. De nombreux anglophones, dont ces parents qui ne parlent pas français et qui inscrivent néanmoins leurs enfants en classes d’immersion française, portent le message de légitimité du français », a-t-il écrit.

Le bully peut s’adonner au jeu de rôle. Ainsi, plutôt que de foncer dans le chiffon rouge qu’on lui tend, il se transforme lui-même en matador, esquivant les questions des journalistes, répondant à côté de celles de l’opposition, assénant les approximations et les faussetés comme si elles étaient des dogmes. Même le flegmatique chroniqueur du Soleil, Gilbert Lavoie, a perdu la maîtrise de sa métaphore en évoquant il y a quelques jours la dextérité du ministre : « Fournier serait le meilleur pompier pour noyer le poisson lorsque ça chauffe… » Un poisson noyé par un pompier ! Faut croire qu’il peut y avoir du prestidigitateur dans un bully.

Ne pas confondre par ailleurs : un bully n ‘est pas nécessairement un bollé. Il n’a aucune prétention de ce côté. Il lui suffit d’afficher une assurance à toute épreuve. Ainsi, après avoir faussement affirmé en Chambre, en mai 2016, que les passages renvoyant à 41 mots-clés contenus dans 65 documents avaient été retirés par la SQ alors que c’était à la demande des libéraux, le ministre s’était livré à un salto arrière : « «Ce matin, j’ai dit les mots qui n’étaient peut-être pas les plus exacts. Je suis devant vous aujourd’hui, en ce moment, quelques minutes ou heures après, pour vous dire comment je comprends la situation. À partir de là, je ne prends plus d’autres questions (…) Si vous voulez savoir si je me suis trompé, je vais arrêter de me tromper, je ne vais plus répondre à vos questions là-dessus.»

Or, il peut arriver qu’un bully s’enfarge dans ses sabots, soulevant ainsi de légitimes soupçons. C’est ce que constatait en novembre 2015 Le Devoir, quand fut rendu public le rapport de la commission Charbonneau : « Pas pour rien que dans les minutes suivant la mise en ligne de la brique de 1741 pages, mardi matin, le ministre Jean-Marc Fournier clamait à qui veut l’entendre, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, que la Commission blanchissait le PLQ ! Le ministre avait déjà trouvé la note du commissaire Renaud Lachance, enfouie à la page 707 du rapport, où il écrivait son désaccord avec sa collègue Charbonneau au sujet du lien possible entre le financement des partis et l’obtention de contrats. »

On a vu le même bully boire goulûment de l’eau de rose dans la pataugeoire canadienne : « Viendra un moment, les couteaux sur la gorge remisés, la connaissance, le respect réciproque et la confiance retrouvée, où l’on signera, dans la formalité, une citoyenneté accueillant notre communauté nationale québécoise », a-t-il susurré.

Si ça ne vous tire pas une larme, c’est que vous n’êtes pas convaincu qu’être Québécois serait notre façon à nous d’être Canadien…

 

Photo : ledevoir.com

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