Bleu de cœur et de regard

2018/01/12 | Par Richard Lahaie

Dans la biographie de l’ex-chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, Bleu de cœur et de regard (Hurtubise), l’auteur Robert Blondin présente une structure et une narration qui ne suivent pas une démarche classique qui ferait l’inventaire des faits et gestes de Gilles Duceppe. Il préfère explorer ses sentiers de traverses.

On y apprend que son grand-père maternel, John James Rowley est un enfant issu de la British Home Child. L’Angleterre expédiait des enfants pauvres ou orphelins d’Irlande dans ses colonies depuis 1840. C’était une main-d’œuvre à bon marché!

De plus, le vrai patronyme de son père, Jean Duceppe, est Hotte. La mère du célèbre comédien meurt en 1925. Son père ne pouvant assumer la charge familiale, choisit de faire élever son fils cadet par la propre sœur de Jean, Marguerite, et son mari Rosaire Duceppe. Le père biologique de Jean meurt à son tour. Ainsi, Jean Duceppe s’appelait, dans les faits, Hotte-Duceppe. Mais il garda que Duceppe comme patronyme.

Gilles Duceppe est élevé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. À l’époque, la dégringolade économique n’a pas encore fait ses ravages dans ce quartier ouvrier. Son père est régulièrement absent. Jean Duceppe travaille le matin à la radio, l’après-midi à la télévision et le soir au théâtre. Lorsqu’il entre à la maison, les enfants subissaient les colères de se père-comédien. Mais Gilles restait stoïque devant les excès paternels.

Au Mont-Saint-Louis, Gilles se fait plusieurs amis, dont l’anthropologue Serge Bouchard, le commentateur sportif Claude Maillot et le sénateur Pierre-Claude Nolin. Après le cours classique, il poursuit ses études en sciences politiques à l’Université de Montréal. Des études qu’il n’a pas complétées.

Son engagement politique s’est d’abord nourri des discussions indépendantistes avec son père, puis il s’imposera un long parcours marxiste-léniniste. Il entre dans l’extrême gauche comme on entre en religion. Avec la foi du néophyte. Gilles quittera les ML après le référendum de 1980, alors que l’orthodoxie du mouvement avait émis la directive de s’abstenir de voter. Il canalise alors son désir de servir du côté du mouvement syndical.

Gilles Duceppe devient préposé aux bénéficiaires au Royal Victoria. Un patient doit être opéré, mais le chirurgien est en vacances à La Nouvelle-Orléans. Gilles appelle le Collège des médecins pour dire que le médecin a les deux pieds dans la piscine et qu’il avait facturé vingt interventions chirurgicales exécutées par d’autres. Le Collège lui répond qu’il doit déposer une plainte et se nommer. Duceppe est en train de mettre sur pied le syndicat et ne peut déposer la plainte, ce qui l’enrage.

En 1990, le destin de Gilles Duceppe va basculer. Le négociateur à l’emploi de la CSN va faire son entrée en politique. À l’été 1990, il devient le premier député indépendantiste élu sous la bannière du Bloc québécois dans Laurier-Sainte-Marie avec une majorité de 67%.

Lorsque Lucien Bouchard quitte la direction du Bloc pour prendre celle du Parti québécois, il explique à Duceppe que son tour n’est pas venu. « De whip à leader. De sergent disciplinaire à général des troupes, il risque de provoquer des frustrations et des conflits ». Michel Gauthier assume alors la chefferie et Gilles coordonne l’action parlementaire du parti.

Le règne de Gauthier à la tête du Bloc est éphémère. Cette fois, Gilles Duceppe saute dans la course à la direction qu’il gagnera. Mais quelques semaines après son élection à la chefferie du Bloc, Chrétien déclenche une élection précipitée, espérant ne pas donner de temps à Duceppe d’organiser son équipe.

Les débats sur la loi de la Clarté référendaire, le déséquilibre fiscal, le vol de la caisse de l’assurance-chômage, etc., ont été des dossiers qui ont donné beaucoup de visibilité au Bloc. Mais, comme il n’y a pas de volonté au PQ de faire un référendum, le Bloc perd des députés à chaque élection. Gilles Duceppe modifie alors la mission du parti. La préparation de la souveraineté du Québec est remplacée par la défense des intérêts du Québec au Parlement fédéral.

Le travail du Bloc et de son chef a fait éclater au grand jour le scandale des commandites. Duceppe est un adepte de la rigueur sous toutes ses formes. Il répétait constamment. « Il faut de la rigueur. On ne peut pas dire n’importe quoi. Si on avance quelque chose, il faut être rigoureux. Il faut que ce soit logique. Il faut que ça se tienne ».

En 2011, rien ne va plus. Le tsunami orange se déchaîne sur le Québec et le Bloc est presque rayé de la carte. Même le chef, Gilles Duceppe, est emporté dans la débâcle. Les Québécois ont voulu du changement et ont choisi le NPD. Pour un gagnant comme Duceppe, la défaite fait toujours mal. « On sait quand on arrive en politique, mais on ne sait jamais quand on en part », de constater Duceppe.

Gilles est devenu le messie lors de l’élection de 2015. Mario Beaulieu demande à Gilles de sauver le Bloc et lui laisse sa place de chef du Bloc. Poussée par d’anciens collaborateurs, Gilles décide de plonger dans la bataille électorale. Mais encore une fois, Duceppe ne se fait pas élire. Selon l’auteur, « cette défaite ne déprime pas Duceppe comme en 2011. La défaite était digérée d’avance ».