Le féminisme contre les débordements de testostérone

2018/01/18 | Par Pierre Jasmin

L’auteur est artiste pour la paix

De quels débordements s’agit-il? Le président Donald J. Trump en est un triste exemple, dont l’influence agressive s’exerce à tous les niveaux :

- Racialement, il érige des murs « to make America great again »;

- Environnementalement, il viole les eaux américaines par les forages pétroliers et gaziers;

- Militairement, il augmente les sommes accordées aux bombes nucléaires et au budget militaire américain, qui dépasse les budgets réunis de la Chine, de la Corée du Nord, de la Russie, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne (consulter SIPRI);

- Socialement, il augmente les déductions d’impôt accordées aux plus riches;

- Médicalement, il coupe les assurances qui protègeraient les plus pauvres;

- Économiquement, il méprise « les pays de merde » moins fortunés. ETC.

Son influence se transmet au Canada chez la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland qui permet la vente d’armes à l’Ukraine en dépit du Traité sur le commerce des armes (ONU) et chez le ministre de la Défense Harjit Sajjan qui engage des dépenses de 70 milliards de $ avec d’absurdes et coûteux avions de chasse.

Et elle s’exerce aussi chez plusieurs Canadiens déséquilibrés : des militaires, accusés de viols et de harcèlements sexistes envers les homosexuels, désertent pour joindre les motards criminalisés Hell’s Angels, le lobby pro-armes Tous contre un registre québécois [1] ou le groupe identitaire raciste la Meute.

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À l’opposé, des Françaises créent le mouvement balance-ton-porc tout à fait pertinent pour neutraliser agresseurs et harceleurs tels Harvey Weinstein, Charles Dutoit et Gilbert Rozon, mais entraînant des débordements de délations, où des hommes se voient accusés et immédiatement condamnés injustement, selon Catherine Deneuve, sur les réseaux sociaux pour des comportements bénins de séduction maladroite.

Heureusement, celles qui ont parti #moiaussi, #EtMaintenant.net, si bien lancé à Toutlemondeenparle (14 janvier), réitèrent l’importance primordiale du respect de la Déclaration universelle des Droits de la Personne. Margaret Atwood suggère même d’y ajouter des droits spécifiques aux femmes : « the rights to contraception information, to pregnancy and maternal health care » et le droit de vivre dans des sociétés qui bannissent le viol par une meilleure égalité des sexes quant à leurs capacités d’acquérir les moyens de vivre et de lutter contre des religions patriarcales. La Secrétaire générale de la francophonie Michaëlle Jean à qui on doit le mouvement contre l’excision, et la ministre Marie-Claude Bibeau luttent en dépit de l’indifférence politique pour une Afrique moins opprimée.

Le mouvement des artistes qui adhèrent à ces valeurs par des œuvres marquantes, s’il existe depuis longtemps au Québec notamment avec Janette Bertrand, Simonne Monet-Chartrand, Ginette Noiseux et Pauline Julien[2], s’est grandement solidifié, lors de la 75e remise des prix Golden Globe le 7 janvier dernier à Los Angeles:

- Handmaid’s tale a valu à Elisabeth Moss un Golden Globe aussitôt dédié à la Canadienne Margaret Atwood, désignée littéraire de l’année 2017 par Le Devoir, et dont un autre roman Alias Grace a aussi connu un grand succès en série télévisée.

- Lady Bird, de Greta Gerwig avec l’actrice américano-irlandaise Saoirce Ronan;

- The Post, avec Meryl Streep personnifiant Katharine Graham, assumant le risque de publier les Pentagon papers grâce à Daniel Ellsberg révélant les mensonges des présidents américains sur la guerre au Vietnam;

- Three billboards near Ebbing, Missouri mettant en scène une mère de famille au langage fucking fleuri, jouée par l’inénarrable Frances McDormand, applaudie dans la salle par les célèbres Geena Davis et Susan Sarandon (Thelma et Louise);

- La forme de l’eau, allégorie féministe écolo jouée par Sally Hawkins;

- Big little lies, à la distribution formée des vedettes Laura Dern, Nicole Kidman, Reese Whiterspoon et Shailene Woodley félicitant le réalisateur Québécois Jean-Marc Vallée.

- Et enfin Oprah Winfrey a livré un discours marquant, évoquant sa propre mère et toutes les femmes de ménage, revenant épuisées chaque soir, forcées de supporter trop d’indignités afin d’obtenir un salaire de misère pour la survie de leurs enfants. Elle a clamé l’arrivée d’une nouvelle aube, avec un time’s up retentissant, parce que les femmes se lèvent « avec le courage de faire éclater chacune sa vérité, ce qui est la seule façon d’avancer comme société ».

 

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