Puisqu'il faut résister, nous résistons

2018/02/28 | Par Carole Dupuis

Le 19 septembre dernier, le RVHQ publiait un numéro spécial intitulé « Et si le vent était en train de tourner? » Rempli d'espoir, ce bulletin dressait la liste des petites et grandes victoires des mois précédents, tout en rappelant les nuages noirs qui continuaient à planer à l'horizon.

Le lendemain, 20 septembre, coup de tonnerre :

le gouvernement Couillard publiait ses projets de règlements de mise en œuvre de la Loi sur les hydrocarbures en les qualifiant de « cadre réglementaire le plus strict en Amérique du Nord ».

Puits de forage autorisés dans les lacs et les rivières, à 40 mètres de  la voie navigable du fleuve Saint-Laurent, à 150 mètres d'une maison isolée, à 175 mètres d'un quartier résidentiel, à 275 mètres d'une garderie ou d'une école... J'en passe, et de très colorées. Fracturation hydraulique à gogo, en prime.

En 2017. 

Alors que le Nouveau-Brunswick,  la Nouvelle-Écosse,  Terre-Neuve, le Vermont, l'État de New York et le Maryland, tout comme la France, l'Allemagne, l'Irlande et, hier, l'Écosse, ont interdit la fracturation hydraulique ou imposé un moratoire sur  cette pratique.

Décrites par le gouvernement comme étant « strictes », les dispositions des projets de règlements du Québec sont tellement grotesques que trois constats se sont immédiatement imposés  :

  1. Le Québec est officiellement entré dans l'ère de la post-vérité.
  2. Toute personne capable de dire que le gouvernement Couillard ne favorise pas le développement des hydrocarbures sans pouffer de rire est un grand comédien.
  3. Le bon petit père du peuple a probablement gardé des billes dans ses poches pour pouvoir nous donner quelques mètres ici et là, et tenter une fois de plus de miner notre crédibilité quand nous continuerons à rejeter son cadre.

Moins de 24 heures plus tard, les groupes environnementaux, syndicaux et citoyens, dont le RVHQ, avaient réagi en demandant le retrait pur et simple des projets de règlements et de la Loi sur les hydrocarbures.

Depuis, tout s'emballe. Du côté citoyen, la vague d'indignation semble s'amplifier chaque jour. Le monde municipal, qui avait réclamé un moratoire sur la fracturation hydraulique et la stimulation chimique des puits, est en émoi.  Le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec se joint à l’Union des municipalités du Québec pour demander le retrait des projets de règlements. La Fédération québécoise pour le saumon atlantique, le Comité de protection des monts Chic-Chocs et la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs expriment de vives craintes. Et ça continue!

Faut-il croire, dans ce contexte, que notre optimisme du 19 septembre était prématuré? Pas nécessairement.  Tout comme un puits de forage, un mur d'inconscience ne s'effrite pas d'un seul coup - mais chaque fissure l'affaiblit.  Déjà bien présentes, les fissures se sont multipliées depuis le 20 septembre car le gouvernement Couillard est tout simplement allé trop loin, apparemment aveuglé par la complaisance. À nous de creuser les fissures, à force de mots corrosifs et d'actions tranchantes, jusqu'à ce qu'elles deviennent fractures. Puis d'élargir les fractures jusqu'à ce que le mur s'effondre. 

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