Élections 2018 : Des revendications pour briser l’isolement et combattre la pauvreté chez les aînés

2018/05/03 | Par Pierre Dubuc

En vue de la prochaine campagne électorale, cinq grandes associations(1) regroupant plus de 700 000 personnes aînées viennent de dévoiler une liste commune de 16 revendications, qui touchent les différentes facettes de la qualité de vie des aînés.

Lise Lapointe, la présidente de l’AREQ-CSQ nous explique la genèse de cette concertation : « Nous avons lancé une pétition pour la tenue d’États généraux sur les conditions de vie des personnes aînées, qui a été parrainée par Harold Lebel, député du Parti Québécois. Malgré plus de 14 000 signatures, le gouvernement n’a pas donné suite. Alors, en janvier dernier, nous avons décidé de préparer une liste de revendications vraiment minimales, que nous avons soumise aux quatre partis politiques. Nous avons eu une belle écoute. Nous attendons maintenant de voir si elles se retrouveront dans les plates-formes électorales des différents partis ».


Combattre l’isolement

À première vue, certaines de ces revendications étonnent par leur caractère extrêmement personnel, comme des subventions pour l’achat d’une prothèse dentaire, le remplacement de lunettes ou un 2e appareil auditif pour les aînés à faible revenu.

« Il y a des personnes qui ont la même prothèse depuis 30 ans. Elle est devenue inadéquate. Elles n’osent plus la porter. Cela provoque de la gêne et conduit à l’isolement. C’est la même chose pour les pertes auditives ou visuelles. Combattre l’isolement est une de nos missions les plus importantes », tient à préciser Lise Lapointe.

Une autre revendication, à première vue anodine, va dans le même sens : Le stationnement gratuit pour les visiteurs dans tous les CHSLD. « Là encore, c’est important pour briser l’isolement des résidents », insiste la présidente de l’AREQ.

En fait, les cinq organisations sont conscientes que près d’une personne aînée sur cinq (18,7%) vit sous le seuil de faible revenu après impôt, une augmentation de 2% au cours des dix dernières années.


Des standards pour les soins à domicile

À plusieurs reprises au cours des derniers mois, les médias ont fait état du développement quelque peu anarchique des soins et services en domicile pour répondre aux besoins croissants d’une population vieillissante. Avec le retrait des CLSC dans l’offre de services, par suite d’importantes compressions budgétaires, les entreprises d’économie sociale et les agences privées sont en pleine expansion. Pour y mettre un minimum d’ordre, les organisations d’aînés réclament différentes mesures, dont « la création d’un fonds protégé imputé aux soins à domicile ».  

« Nous voulons que les sommes soient attribuées à chaque personne et que le financement se traduise en services aux patients », de préciser la présidente de l’AREQ-CSQ, tout en réclamant une standardisation des critères d’admissibilité au programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées.

Lise Lapointe, qui est originaire du Saguenay, prend bien soin, en demandant une hausse de 15% du nombre d’aînés admis à ce programme, de réclamer « une répartition équitable du panier de services dans l’ensemble des régions du Québec ».

Les cinq organisations exigent aussi la standardisation des programmes de formation et l’obligation d’une qualification adéquate pour l’ensemble des professionnels oeuvrant auprès des aînés. « Nous avons vu, à certains endroits, des formations prévues de 15 heures réduites à 7 heures. C’est inadmissible », déclare la présidente de l’AREQ-CSQ.


Prendre soin des proches aidants

L’AREQ-CSQ, tout comme les autres regroupements de personnes âgées, a toujours accordé une grande importance aux proches aidants, nombreux parmi ses membres, en faisant valoir leur rôle crucial dans le réseau de la santé et des services sociaux.

S’imposent donc, en tout premier lieu, une définition légale du proche aidant, avec les droits qui y seront associés, et une aide financière sous la forme d’une bonification du crédit d’impôt qui leur est octroyé. Plus originale est la demande de création d’un dossier médical pour les proches aidants.

« Le dossier serait associé à la personne qu’elle aide et pourrait être consulté par le personnel médical lorsqu’elle l’accompagne. Il pourrait faire état de la surcharge de travail et de l’épuisement de l’aidant naturel », explique Lise Lapointe.


S’attaquer à l’appauvrissement

Bien entendu, le regroupement des cinq organisations demande aussi de s’attaquer à l’appauvrissement des aînés dans un contexte d’espérance de vie en hausse. Les cinq organisations réclament à ce chapitre des modifications pouvant facilement être mises en oeuvre, soit une  bonification du crédit d’impôt pour frais médicaux et une diminution du seuil d’admissibilité de 3% à 1,5% des revenus. Elles veulent aussi une augmentation de la prestation de décès offerte à la succession jusqu’à concurrence de 5 000 $. « Elle est à 2 500 $ depuis 20 ans ! », s’indigne la présidente de l’AREQ-CSQ.

Le regroupement revendique également, au chapitre de l’habitation, une hausse du montant maximal mensuel du programme Allocation-logement de 80$ actuellement à 150$ et son indexation annuelle, de même que  la diminution du délai d’attente moyen de 24 à 12 mois pour l’obtention de l’aide financière du Programme adaptation de domicile en fonction de l’état de santé des aînés.


Le 1er octobre et après

Lise Lapointe reconnaît que les revendications mises de l’avant sont vraiment minimales. « C’est voulu. Nous voulions que chacun des partis politiques puisse facilement les inscrire dans sa plate-forme électorale et les mettre en vigueur une fois au pouvoir. » Elle attend donc impatiemment la publication des plates-formes électorales. « Nous procéderons à leur analyse et chaque association fera son bilan. Pour notre part, soyez assurés que nous ne nous contenterons pas de les voir reprises par les partis politiques. Dès le lendemain du scrutin, nous allons revenir à la charge pour s’assurer que celles qui ont auront été retenues par le parti au pouvoir soient mises en application et nous continuerons à réclamer les autres », conclut-elle d’un air déterminé.

 

  1. Le Réseau FADOQ.

L’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ).
L’Association québécoise des retraité(e) des secteurs public et parapublic (AQRP).
Regroupement interprofessionnel des intervenants retraités des services de santé (RIRS).
L’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR).

 

 

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