Patriotes, traître et empires : l’histoire du combat coréen pour la liberté

2018/05/09 | Par Robin Philpot et Stephen Gowans

Le livre Patriotes, traîtres et empires retrace l’histoire de la lutte pour la liberté de la Corée depuis 1905, quand le Japon s’est mis à intégrer formellement ce pays dans son empire, jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’occupation militaire de la Corée par les États-Unis, qui a commencé dès 1945.

Ce livre est en grande partie un récit historique et, comme la plupart des récits historiques, il ne vise pas principalement à éclairer le passé, mais plutôt à permettre au passé de nous éclairer sur le présent. 

Il a été écrit avec l’intention de fournir le contexte historique qui aide à comprendre la crise actuelle sur la péninsule coréenne.

On ne peut comprendre l’histoire moderne de la Corée ni les évènements sur la péninsule coréenne, qui défraient les manchettes, sans d’abord comprendre la politique étrangère des États-Unis. Cette politique est partie intégrante de la Corée que nous connaissons depuis le milieu du 20e siècle et qui perdure.
 

La Corée dans la politique étrangère des États-Unis?

Sur le plan géographique, la Corée est archi importante pour les États-Unis, comme empire. La Corée partage une frontière avec la Chine et la Russie, les deux pays que Washington considère comme ennemis parce qu’ils sont suffisamment libres…  de la « libre entreprise » américaine et parce qu’ils refusent de se soumettre à un ordre international dirigé par les États-Unis (ce qui consiste à dire qu’ils refusent de devenir des subalternes dans l’Empire étasunien).

La présence des États-Unis en Corée lui donne ce qui est, dans les faits, un porte-avions stationnaire au bord des frontières des deux pays qui s’opposent à lui. Donc, comme territoire, la Corée figure très haut dans la liste des préoccupations impériales de Washington.

Dès le début de la guerre du Pacifique contre le Japon, les États-Unis prévoyaient  se donner un rôle dominant sur la péninsule coréenne, la guerre étant l’occasion parfaite d’étendre la puissance des États-Unis. Après la guerre, les pressions sur Washington d’amener la Corée dans son giron ont augmenté pour plusieurs raisons. Elles avaient surtout rapport à la croissance des mouvements communistes et de libération nationale en Asie orientale auxquels les États-Unis étaient opposés.

Washington s’y est opposé parce que ces mouvements favorisaient un ordre mondial de souveraineté et d’égalité, un ordre dans lequel les États étaient libres de choisir le système économique et politique qu’ils voulaient, alors que les États-Unis voulaient imposer un ordre international qui consacrerait leur suprématie économique.

Ce qui posait surtout problème à Washington, c’est que les Coréens, tant du Nord que du Sud, étaient inspirés massivement par le communisme et par l’Union soviétique, qui jouissait d’un grand prestige après la Seconde Guerre mondiale, particulièrement parmi les peuples qui avaient soufferts sous les puissances de l’Axe (Allemagne-Italie-Japon). Selon les politiciens américains qui ont visité la Corée après la guerre, si ce pays devait être laissé à lui-même, il choisirait le communisme, comme la Chine se préparait à le faire, et comme, selon les craintes des stratèges américains, le Japon pouvait le faire.

Pourquoi les Coréens étaient-ils inspirés par le communisme?

Il y a deux raisons.

Premièrement, les Coréens voyaient la Révolution bolchévique comme un modèle où des gens exploités, opprimés et méprisés, comme eux-mêmes, pouvaient vaincre l’oppression par leurs propres moyens.

Deuxièmement, les Bolchéviks agissaient à leur égard comme des alliés, leur offrant un soutien moral et matériel. Les Bolchévik appelaient les peuples coloniaux du monde entier, y compris les Coréens, à se soulever contre leurs maîtres coloniaux et se libérer des chaines de la tyrannie… et ils ont fourni toute l’aide qu’ils pouvaient.

Les États-Unis, en revanche, avaient déclaré que l’intégration forcée de la Corée dans l’empire japonais était une bonne chose.
 

Les États-Unis, une puissance coloniale comme le Japon

De plus, les États-Unis étaient autant une puissance coloniale que le Japon.

Washington avait une entente avec le Japon : Tokyo reconnaîtrait la domination coloniale des Philippines par les États-Unis qui, en retour, reconnaîtraient la domination coloniale de la Corée par le Japon.

En d’autres termes, les mains de Washington étaient aussi sales en termes de tyrannie coloniale que celles du Japon; les États-Unis étaient pleinement impliqués dans l’asservissement japonais de la Corée.
 

L’euphorie de la liberté coréenne en 1945

Lors de la reddition du Japon à la fin de la guerre du Pacifique en 1945, les Coréens, pour la première fois en 40 ans, ont goûté à l’euphorie de la liberté.

Après y avoir goûté, ils n’avaient aucune intention d’abandonner cette souveraineté, enfin retrouvée, au profit de quelque autre pays que ce soit, y compris les États-Unis. Or, le plan de Washington consistait à amener la Corée sous sa houlette, ou du moins, le maximum du territoire coréen.

Les forces américaines sont arrivées sur le sol coréen environ un mois après la capitulation du Japon.

Qu’est-ce qui s’est passé pendant ce mois précédant leur arrivée?

La reddition du Japon a laissé un vide, qu’il fallait combler. Il fallait que quelqu’un prenne les décisions administratives nécessaires. Les Coréens du nord et du sud se sont mis ensemble et ont organisé des comités pour s’occuper des affaires locales. C’est-à-dire qu’ils ont établi leur propre gouvernement. Les Soviétiques étaient déjà dans le nord, comme convenu, et ils ont permis aux comités de fonctionner à l’intérieur de leur zone d’occupation.

Dans le sud, les comités se sont donné la tâche d’établir une administration civile dans ce qui allait devenir la zone d’occupation des États-Unis; mais les États-Unis n’y étaient pas encore.

Les comités locaux ont établi des liens au sein d’un réseau pan-coréen dans le but de créer un gouvernement national, dont le mandat consisterait à gouverner toute la Corée; une République coréenne, pour les Coréens et gouvernée par eux. Le 6 septembre 1945, deux jours avant l’arrivée des Américains, les Coréens ont proclamé leur nouvelle république. Ils l’ont appelée la République populaire de Corée, premier gouvernement coréen indépendant depuis 40 ans.

Deux jours plus tard, les forces américaines ont foulé le sol coréen; la nouvelle république a envoyé une délégation pour les accueillir. Mais les États-Unis ont refusé de reconnaître la délégation et ont refusé de reconnaître le nouveau gouvernement indépendant ; la raison ne faisait aucun doute : l’indépendance de la Corée heurtait de front les plans d’expansion de l’influence des États-Unis en Asie orientale.

Les États-Unis se sont mis très tôt à détruire l’appareil gouvernemental de la nouvelle république à l’intérieur de sa zone d’occupation, tandis qu’au nord, les Soviétiques ont permis au nouveau gouvernement de fonctionner. Dans le nord, la république s’est donné le nom La République populaire démocratique de Corée, qu’on connaît par l’autre nom, officieux, de Corée du Nord, successeur de la République populaire de Corée.
 

Washington trace la ligne de partage au 38e parallèle

Il faut rappeler que la partition de la Corée a commencé lorsque les États-Unis ont tracé la ligne de partage au 38e parallèle, séparant ainsi les zones d’occupation soviétique et américaine en vue de l’acceptation de la reddition du Japon.

L’entente américano-soviétique prévoyait l’occupation et la division du pays pendant un maximum de 5 ans.

En 1948, les Coréens, autant du sud que du nord, ont demandé aux deux armées d’occupation de retirer leurs troupes de la péninsule coréenne. Les Soviétiques ont convenu de quitter en retirant leur troupes fin 1948; en revanche, les Américains ont refusé de le faire, retirant seulement les troupes de combat à l’été de 1949, mais en laissant sur place des conseillers militaires ainsi qu’un protocole secret qui consacrait la domination des militaires américains sur la Corée. Un an plus tard, ils ont rapidement déployé de nouveau leurs troupes de combat sur la péninsule coréenne. Résultat : les troupes des États-Unis sont présentes, sans interruption, sur la péninsule coréenne depuis 73 ans.

La guerre de Corée commence en 1932, pas en 1950

Pour écraser la République populaire de Corée, et écraser le communisme que les Coréens partout embrassaient, les États-Unis ont cherché et recruté tous les collaborateurs de l’occupation japonaise qu’ils pouvaient, y compris des Coréens qui avaient servi au sein de l’armée impériale japonaise.

Il s’agissait là de Quisling, de mercenaires et de traîtres.

Ce seraient eux qui dirigeraient l’État sur la péninsule coréenne; un État que, à toutes fins utiles, Washington a établi sous son commandement, un État qui deviendrait la République de Corée, mieux connue sous le nom, Corée du Sud.

La Corée du Sud voit le jour comme un État policier, créé par les États-Unis.  Peu après, elle devient une dictature militaire où les commandants militaires se rapportent à un général américain; alors qu’on ne s’en rend pas trop compte de nos jours, dans les pays occidentaux, il s’agit encore d’un État policier, où des gens peuvent être incarcérés à cause de leurs opinions politiques; et ils le sont.

Lorsque la guerre de Corée a éclaté en 1950, la plupart des cadres supérieurs de l’armée sud-coréenne étaient des anciens de l’armée impériale japonaise.

Tout un contraste avec la Corée du Nord, qui a été fondée par des guérillas qui s’étaient battus contre les occupants japonais de 1932 à 1945. Lors du déclenchement de la guerre de Corée, les dirigeants militaires supérieurs de la Corée du Nord étaient des anciens de la résistance anti japonaise. Pas des Quisling, pas des mercenaires, des traîtres, des collabos, mais des patriotes qui avaient pris les armes pour chasser les occupants japonais de leur pays.

Parmi les plus importants des patriotes, il y avait un homme du nom de Kim Il-sung, grand-père de l’actuel dirigeant, Kim Jong-un. Kim Il-sung était si important dans la résistance anti japonaise, que les Japonais ont créé une unité spéciale « anti Kim Il-sung » pour le pourchasser.

Cette unité était formée de Coréens, qui plus tard, formeraient l’État-major de l’armée sud-coréenne.

La guerre entre les patriotes du nord et les traîtres du sud commence donc en 1932 lorsque Kim Il-sung crée une bande de guérillas pour combattre d’abord l’armée d’occupation japonaise, mais aussi les Coréens qui collaboraient avec l’armée impériale japonaise.

Bruce Cumings, l’un des plus importants historiens américains de la Corée, fixe le début de la guerre de Corée, non pas en 1950, mais en 1932 lors de la création de la guérilla par Kim Il-sung et le début du combat contre l’occupation japonaise. Cette guerre qui oppose patriotes et traîtres n’a jamais fini. Elle se poursuit aujourd’hui, mais ce sont leurs descendants qui la mènent.
 

La Corée du Sud : un porte-avions stationnaire étasunien

Aujourd’hui, il y a de 27 000 à 32 000 soldats américains en Corée du Sud; les États-Unis maintiennent le contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes, et ils le font depuis que les forces armées existent en Corée du Sud.

Des centaines de milliers de troupes sud-coréennes ont combattu au Vietnam sous commandement des États-Unis pour réprimer le mouvement de libération du peuple indochinois, peuple qui a partagé l’histoire d’oppression sous l’empire japonais.

Il s’agissait, en effet, d’une reprise d’une campagne antérieure sous commandement des États-Unis, celle de 1950 à 1953 qui avait pour objet de supprimer le mouvement de libération nationale dirigé par les Coréens du nord qui voulaient mettre fin à l’occupation américaine et rétablir l’unité de leur pays.

Encore récemment, les forces sud-coréennes ont aidé les Américains dans leur guerre en Afghanistan et en Iraq.

Les forces nord-coréennes sont souvent qualifiées de forces d’agression, tandis qu’on ne décrit que rarement les forces sud-coréennes de la même manière. Or, les troupes nord-coréennes n’ont jamais combattu hors des frontières de la Corée alors que les troupes sud-coréennes ont combattu au Vietnam, en Iraq et en Afghanistan.

Les États-Unis ont récemment construit une base militaire massive sur la péninsule coréenne. Et, comme de raison, elle se trouve sur le site d’une ancienne installation militaire japonaise, ce qui symbolise bien la succession d’une occupation militaire par une autre.

La base porte le nom « Camp Humphreys » qui, selon certains reportages, serait la plus importante base américaine au monde. L’armée américaine la vante fièrement comme la plus grande « plateforme de projection de leur puissance » dans le Pacifique.

Et c’est comme ça que Washington perçoit la Corée du Sud, non pas comme un pays, qui est en soi un but, mais comme une plateforme de projection de sa puissance militaire, comme instrument de sa puissance.

La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis (National Security Strategy) présente la Corée du Nord comme une menace, parce que la Corée du Nord s’oppose à la présence militaire américaine en Corée.

Aux yeux des Coréens du Nord – et on peut difficilement le contester – la Corée ne peut être indépendante sans mettre fin à l’occupation militaire de la Corée.

Cela veut dire que les États-Unis et la Corée du Nord ont des objectifs qui s’excluent mutuellement. Et c’est parce que la Corée a des objectifs incompatibles avec ceux des États-Unis que Washington considère la Corée du Nord comme un ennemi.

Mais il faudrait ajouter que l’existence même d’objectifs américains pour la péninsule coréenne heurte de front autant des principes de géographie que de démocratie. Il n’est pas du ressort des Américains de décider ce qui se passe en Corée. Il s’agit là d’un principe de démocratie, mais aussi un principe géographique
 

Et l’arme nucléaire nord-coréenne?

Le programme d’armes nucléaires de la Corée du Nord ne pose-t-il pas une menace aux États-Unis et à ses alliés, dont le Canada? Washington n’est-il pas justifié dans son antagonisme à l’égard d’une Corée du Nord dotée d’une capacité nucléaire?

À mon avis, la réponse est non; et voici pourquoi.

Premièrement, l’idée voulant que l’antagonisme de Washington à l’égard de la Corée du Nord résulte du développement de l’arme nucléaire par la Corée inverse totalement la séquence de cause et effet. L’hostilité américaine contre la Corée du Nord ne découle pas de la possession d’armes nucléaires de ce pays. La Corée du Nord possède l’arme nucléaire à cause de l’hostilité des États-Unis.

Cette hostilité n’a pas commencé en 2006 lorsque la Corée du Nord a fait exploser la première fois une bombe atomique; elle a commencé bien avant, soit en 1948 lorsque la Corée du Nord a été fondée. En fait, elle a commencé même avant ça, en 1945, lorsque les États-Unis ont décidé d’écraser le premier État coréen créé par les Coréens après l’occupation japonaise, soit la République populaire de Corée.

Il y bien des années, un journaliste du New York Times a demandé à John Bolton, l’actuel conseiller en sécurité national à Washington, le US National Security Advisor, qui était alors sous-secrétaire d’État pour le contrôle des armes, en quoi consistait la politique américaine à l’égard de la Corée du Nord. John Bolton s’est pointé à une étagère pleine de livres, en a retiré un, et l’a flanqué sur la table. Ça, a-t-il dit, c’est notre politique. Le livre s’intitulait The End of North Korea[1] (La fin de la Corée du Nord).

Les sanctions de destruction massive

Comment les États-Unis prévoient-ils provoquer la fin de la Corée du Nord?

Le principe directeur de la politique américaine à l’égard de la Corée du Nord consiste à détruire son économie.

Par conséquent, Washington :

  • Interdit l’exportation de biens vers la Corée du Nord (en vigueur depuis 1948)
  • Isole la Corée du Nord du système bancaire mondial
  • L’excommunie du système de commerce international.

Le blocus contre la Corée du Nord est tellement étendu qu’il est presque total.

Il s’agit là d’une guerre économique. Et une guerre économique provoque une souffrance humaine énorme, quoique généralement invisible. On estime que le blocus naval de l’Allemagne par les pays alliés pendant la Première guerre mondiale a entraîné environ 750 000 décès parmi la population civile. Les sanctions imposées à l’Iraq pendant les années 1990 ont causé la mort par les maladies et la malnutrition de plus de 500 000 enfants de moins de 5 ans, selon l’ONU.

Les horreurs des bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki nous donnent froid dans le dos, mais ensemble elles ont causé la mort d’environ 200 000 personnes.

On parle moins des bombes incendiaires sur Tokyo, Dresde et Hambourg.

De même, on parle très peu des bombes incendiaires larguées sur la Corée du Nord. De 1950 à 1953, la Corée du Nord a littéralement (pas figurativement) été rasée par le feu des bombes incendiaires de l’Aviation américaine. Seuls deux immeubles modernes y ont survécu.

Cinq bombardements ont, à eux seuls, tué plus de personnes que les bombes sur Hiroshima et Nagasaki.

Les horreurs des sanctions économiques ne nous donnent froid dans le dos que très rarement. Or, leur imposition a coûté la vie à plus de monde.

En fait, les sanctions, sans exagération, peuvent être qualifiées de bombes atomiques économiques.

Les politicologues John et Karl Mueller ont publié un essai important dans Foreign Affairs, le journal officieux du département d’État des États-Unis. Ils démontrent que, au cours du 20e siècle, les sanctions avaient entraîné plus de décès que toutes les armes de destruction massive de l’histoire, y compris les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, y compris les armes chimiques utilisées pendant la Première guerre mondiale.

Ils ont qualifié la guerre économique, de « sanctions de destruction massive », plus létales que toutes les armes de destruction massive jamais déployées.

« Il n’y a pas un pays au monde qui a été objet sanctions aussi lourdes et d’une durée aussi longue que la Corée du Nord. »
 

Menace d’invasion perpétuelle

Pour détruire l’économie de la Corée du Nord, Washington exerce aussi une pression militaire énorme, en menaçant le pays d’invasion, afin de forcer Pyongyang à affamer la population civile pour financer la défense nationale.

Tout comme le bourreau qui se plaint de la pâleur du cadavre, les promoteurs de la politique étrangère américaine se plaignent de la militarisation de la société nord-coréenne, l’attribuant à l’autoritarisme des dirigeants et à leur engouement pour l’embrigadement militaire.

Cette attribution vise la mauvaise cible. L’architecte de l’État garnison de la Corée du Nord est la politique étrangère des États-Unis. Les Coréens n’ont pas érigé un État garnison pour le plaisir; ils ont établi un État garnison pour se défendre contre un colosse militaire hostile, décidé à les détruire. 

Le Pentagone applique la pression militaire principalement par la tenue d’exercices militaires annuels, souvent plus fréquemment, où il déploie jusqu’à 300 000 soldats, et parfois plus; aussi, il déploie ce qu’on appelle des « actifs stratégiques », qui sont des systèmes d’armes capables de livrer des bombes atomiques.

Ces exercices militaires sont identiques aux préparatifs et à la mobilisation de troupes, de bâtiments de guerre et d’avions militaires qui précèdent une invasion. À l’occasion de chacun de ces exercices militaires, la Corée du Nord est obligée de mobiliser ses ressources, à un coût considérable – aux dépens d’ailleurs de l’économie civile – seulement pour se prémunir contre une éventuelle invasion.

S’il est vrai que la Corée du Nord consacre une grande partie de son PIB à la défense (en fait, une proportion accablante), ses dépense militaires sont minimes sur l’échelle mondiale – on les estime à de 3 à 10 milliards $ par an – beaucoup moins que celles de la Corée du Sud, qui s’élèvent à environ 40 milliards$, infiniment moins que celles des États-Unis (700 milliards$) et moins importantes de moitié (ou plus) que celle du Canada, qui sont de l’ordre de 20 milliards$.

« Cela veut dire que la Corée du Nord est au pire, la moitié moins menaçante pour les États-Unis que ne l’est le Canada. »

On a déjà fait remarquer que le budget militaire de la Corée du Nord n’est pas plus important que le budget du Service de police de la Ville de New York, the NYPD.
 

Principe de la non prolifération nucléaire

En 2002, Washington a, dans les faits, déclaré la guerre à la Corée du Nord en la plaçant dans « L’Axe du Mal ».

Ensuite, il a mis la Corée du Nord sur une liste de 7 pays considérés comme cible possible d’une frappe nucléaire.

Troisièmement, Washington a laissé entendre qu’une attaque contre la Corée du Nord n’était qu’une question de temps. Le jour où Bagdad est tombé aux mains des forces américaines en 2003, John Bolton a dit aux Coréens du Nord de « tirer leurs propres leçons ».

Trois ans plus tard, le 9 octobre 2006, la Corée du Nord a annoncé au monde qu’elle avait tiré la leçon que Bolton l’avait invitée à tirer.  Elle a fait exploser une bombe nucléaire. En 2017, il en avait testé 5 autres.

Un principe de la non prolifération est celui-ci :

Ne lancez pas de menaces existentielles à des États non nucléaires, parce que si vous le faites, ces États pourraient mettre au point des armes nucléaires pour se défendre.

Les États-Unis ont violé ce principe constamment, en menaçant de réduire la Corée du Nord en braises, de la faire disparaître, de la réduire à néant, de faire tomber sur elle le feu et la furie d’une manière jamais vue.

En d’autres mots, la Corée du Nord possède des armes nucléaires pour la même raison que les États-Unis : sa légitime défense. Aucun observateur sérieux ne peut mettre en doute une telle affirmation.
 

Le chemin vers l’unité, la liberté et l’indépendance est long

La liberté semblait être à portée de main pour les Coréens en 1945, après 40 ans de combat contre la tyrannie japonaise. Ce combat réunissait, à une période, jusqu’à 70 000 guérillas. Un grand nombre de patriotes coréens y ont laissé leur vie.

Mais l’espoir de liberté des patriotes coréens a été tué par les États-Unis. Un empire a succédé à un autre; une occupation militaire, celle des Américains, a pris la place d’une autre, celle du Japon.

Kim Il-sung, le premier dirigeant de la Corée du Nord et un grand héro de la résistance anti Japonaise a reconnu que le combat pour la liberté de la Corée pouvait durer des centaines d’années. Il a rappelé aux Coréens que les Philippins et les Indonésiens ont mis 300 ans pour gagner leur indépendance; l’Inde, 200 ans; le Sri Lanka, 150 ans; l’Algérie, 130 ans; le Vietnam, près de 100 ans.

Il se peut que les Coréens soient obligés de mettre encore beaucoup d’années pour atteindre ce que la Charte de l’ONU promet pour tous les États : l’égalité et l’indépendance. Mais les rêves des Coréens, qu’ils ont cultivés et chéris, qui les ont gardés en vie – les rêves d’une Corée unie et indépendante – se réaliseront, grâce à leur propre combat mais aussi avec le soutien et la solidarité des gens, qui tiennent à un ordre international d’États égaux et souverains.

 

[1] The End of North Korea, Nicholas Eberstadt, Aei Press (1999).

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