Bonjour la police !

2018/06/05 | Par Michel Rioux

Les histoires de polices ne sont pas toujours aussi drôles que celles racontées par RBO.

En réalité, même si le mot policer a, entre autres définitions, d’adoucir les comportements, on ne peut pas dire que depuis des décennies, la police fasse de grands efforts en ce sens.

Je conserve pour ma part un cuisant souvenir du passage de Sa Majesté Élisabeth à Québec, en octobre 1964. Une journée passée à l’histoire sous le nom du Samedi de la matraque. L’une de celles-ci, brandie par un policier de la capitale, m’avait tracé une belle barre rouge dans le dos. Le sinistre ministre de la Justice, Claude Wagner, avait orchestré la répression.

Le 24 juin marquera le cinquantenaire du Lundi de la matraque. En ce jour de la Saint-Jean-Baptiste, les policiers montréalais sont tombés à bras raccourcis sur les manifestants pendant que le Canada anglais découvrait à la télévision que Pierre Elliot Trudeau posait en crâneur et qu’il saurait remettre le Québec à sa place.

Des avocats ont enregistré 61 témoignages publiés chez Parti Pris.

Gabriel Péloquin témoigne : « Une attente où on pouvait voir le défilé des victimes de la Saint-Jean-Baptiste. Le sang y était à l’honneur, les coupures, les entailles à la tête, les vêtements déchirés et imbibés de sang, les gémissements et les pleurnichements d’une jeune fille, les ordres des policiers comme fond de scène. »

Pierre Archambault témoigne : « Dans la cellule, nous étions 16 personnes dans un espace d’environ 7 X 12. Là, régulièrement, les policiers venaient nous insulter, nous frapper à travers les barreaux, voire cracher sur nous. »

Roger Barbeau témoigne : « J’ai perdu beaucoup de sang et j’étais tellement faible que j’ai perdu conscience durant quelques instants. La voix d’un compagnon qui demandait de l’aide me parvint faiblement, juste avant la réponse de l’extérieur : Qu’il saigne pour l’indépendance, le criss… »

On ne connaît toujours pas le rôle exact joué par les différents corps de police lors des Évènements d’octobre en 1970. Mais on en sait suffisamment pour se convaincre qu’il s’est fait beaucoup de temps supplémentaire durant cette période, surtout à la GRC… Émission de faux communiqués du FLQ par le SPVM, incendie en 1972 de la grange du Petit Québec libre et vol de la liste des membres du PQ par des agents de la GRC, bombe déposée sous une fenêtre du propriétaire de Steinberg par l’agent Samson de la GRC dans le but de discréditer le syndicat. La liste est longue de ces opérations de barbouzes à la solde des pouvoirs politiques et économiques durant les années 1970.

Le 29 octobre 1971, une manifestation en appui aux grévistes de La Presse fut violemment réprimée par la police qui avait amené les manifestants dans une chaussetrappe. Après la manifestation, Fernand Daoust de la FTQ, présent au poste de police pour aider les personnes arrêtées, a témoigné avoir vu quelques dizaines de policiers déguisés en manifestants passer dans un corridor…

Un agent actif du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Marc Boivin, s’est illustré dans le conflit du Manoir Richelieu alors qu’il était conseiller syndical. C’est ce même Boivin qui, l’année précédente, avait organisé une manifestation contre les accords de libre-échange devant le Château Frontenac où Reagan et Mulroney étaient réunis avec leurs épouses. Qui étaient ces opposants dirigés par Boivin ? Des skinheads vêtus de cuir, crâne rasé, chaînes aux poings et tenant à bout de bras des clôtures de métal. Belles images pour la TV !

Radio-Canada rapporte qu’au Sommet de Montebello, en 2007, des policiers de la SQ avaient été démasqués. « Réagissant à une vidéo diffusée sur YouTube, la SQ admet que trois de ses hommes se sont infiltrés parmi les manifestants. Selon la SQ, les policiers déguisés ‘‘avaient le mandat de repérer les manifestants non pacifiques pour ainsi éviter des débordements’’ ». La vidéo montre trois policiers portant des foulards et des masques. L’un d’eux a une pierre dans la main… »

Le Devoir relate un incident intervenu lors de la rencontre du G20 à Toronto, en 2010. « L'une des vidéos, d'un peu plus d'une minute, montre des policiers en civil, déguisés en manifestants, parfois armés de matraques et de bâtons, qui se réfugient derrière un cordon de sécurité de la police. L'un d'eux est habillé tout en noir avec un capuchon sur la tête, comme les radicaux du Black Bloc qui vont aux manifestations pour faire du grabuge. »

Qui n’a pas encore frais à la mémoire les faits d’armes de la SQ à Drummondville et de la police de Montréal durant le conflit étudiant de 2012. Matricule 728…

Laissons le mot de la fin à Chateaubriand : « Je croirai n’ajouter rien de superflu, messieurs, en faisant remarquer que la police, par sa nature, est antipathique à toute liberté ».

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