Le retour des projets pharaoniques à Québec

2018/06/12 | Par Richard Lahaie

Le 16 mars dernier, le maire de Québec, Régis Labeaume, et le premier ministre Couillard ont annoncé un projet de construction d’un nouveau réseau de transport en commun pour la ville de Québec. Ce réseau de 23 km est constitué d’un circuit de tramway entre Charlesbourg et Sainte-Foy, qui passera sous terre dans le secteur de la colline parlementaire. Le service par tramway sera complété par des autobus électriques appelés « trambus ».

Le tunnel de 2,6 km débutera au pied de la falaise dans le quartier Saint-Roch et sortira dans le quartier Montcalm près de l’avenue des Érables. Ce tramway fera quatre arrêts dans des stations souterraines aménagées comme des stations de métro : Place D’Youville, Centre des congrès, Grand Théâtre et avenue Cartier.

Ce projet d’une valeur de 3,3 milliards n’est pas sans rappeler le projet pharaonique d’autoroutes pour la région métropolitaine de Québec à la fin des années 1960. Le ministère de la Voirie, ancêtre du ministère des Transports, avait planifié un réseau d’autoroutes pour la Capitale nationale. À l’époque, on estimait qu’il y aurait 700 000 habitants dans la région de Québec en 1980. En 2009, le recensement a dénombré 746 252 habitants pour la région métropolitaine de Québec.

Cette mauvaise projection démographique a amené le projet de construction de plusieurs autoroutes pour répondre à cette augmentation de la population. Parmi ce vaste chantier d’autoroutes, il y avait celui qui devait être souterrain.

Cette autoroute souterraine devait traverser la côte d’Abraham pour refaire surface sur un viaduc surélevé à la rue Saint-Cyrille (aujourd’hui René-Lévesque). Elle devait rejoindre le centre-ville de Québec à l’aéroport et comprendre trois voies dans chaque sens. Une sortie souterraine vers la rue d’Aiguillon et une entrée dans le tunnel à partir de la rue Saint-Joachim étaient aussi prévues.

Le changement de gouvernement en 1976 a mis un frein à ce projet de réseau d’autoroutes. Le Parti Québécois était en faveur de projets de nature environnementale (transports en commun) et ne voyait pas d’un bon œil ce bétonnage de la ville de Québec. Les ingénieurs avaient déjà commencé à forer la falaise du côté de la côte d’Abraham. Un peu moins d’une centaine de mètres ont été creusés.

Ce projet mégalomane devait être constitué de trois étages. L’étage pour les véhicules automobiles devait être divisé en trois sections dont deux pour la circulation des voitures et une pour l’entretien et les équipements techniques. Au second étage, on devait y aménager un poste de surveillance, des bureaux, des espaces de rangement, etc. Le troisième étage devait servir aux équipements techniques tels que la ventilation, le pompage de l’eau de ruissellement et les installations électriques.

Durant plusieurs années, cette caverne à flanc de falaise était visitée par des jeunes qui y faisaient la fête. Un jour de novembre 2010, un homme dans la trentaine y trouva la mort à cause de la fumée d’un feu de camp qu’il avait allumé. À la suite de ce drame, le puits d’accès pour piétons à l’intersection de l’avenue Honoré-Mercier et de la côte d’Abraham a été condamné. Deux portes métalliques permettaient aussi d’entrer par les deux bretelles d’autoroute qui s’arrêtaient à ce tunnel inachevé. Mais la démolition des bretelles a eu lieu en 2007.

Robert Lepage, l’homme de théâtre, projetait d’y aménager une future salle de spectacle dernier cri. Rappelons que ce projet pharaonique prévoyait également la construction d’une série de bâtiments gouvernementaux que l’on nommerait par des lettres de l’alphabet.

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