Paul Gérin-Lajoie 1920-2018

2018/08/13 | Par Pierre Jasmin

Grand humaniste et grand démocrate, (le plus?) grand bâtisseur du Québec des 58 dernières années, certains le surnomment même « le plus grand premier ministre que le Québec n’a jamais eu », il devient en 1964, après quatre années d’efforts de persuasion auprès de Jean Lesage, le tout premier ministre de l’Éducation; il abolit alors les collèges classiques pour instaurer un système public d’éducation gratuite et accessible à tous, en particulier à toutes!

Dany Laferrière a souligné combien PGL, c’est un récit collectif qui a fait de l’école l’outil privilégié du développement du Québec. La révolution tranquille et les rapports de Mgr Parent et de Marcel Rioux témoignent de l’efficacité de la devise de PGL qui allume les artistes : si on peut le rêver, on peut le réaliser! Essentiels témoignages de son fils François et de sa petite-fille Julie, membres du Barreau comme lui. On rappela que la doctrine Gérin-Lajoie sur le prolongement externe des compétences internes du Québec a donné au regretté André Patry la clé d’une solide légitimité institutionnelle à la politique internationale du Québec.

Car forcé par l’électorat volage de renoncer à sa vocation québécoise, il accepte le mandat que Pierre-Elliott Trudeau lui confie à la tête de l’Agence Canadienne de Développement International, en succédant à Maurice Strong, la présence de Justin Trudeau aux funérailles s’imposant donc. Il part donc, plus Québécois que Canadien, « se connecter à l’énergie fabuleuse des Africains et des Haïtiens » avec la même vocation, celle de bâtir l’éducation, comme le témoigne en pleurant Mamadou Ndoye, ancien Ministre de l’éducation au Sénégal. La Fondation PGL lèvera bientôt de nouveaux fonds avec sa 28e dictée annuelle, nous informent trois gagnants et deux actuels jeunes concurrents (qui ont hélas lu des textes préparés par des adultes, seul hic avec la  lourdeur et longueur ecclésiales que nous asséna le pénible cardinal Christian Lépine).

Mais le reste de la cérémonie, à l’image de la générosité du personnage, saluée par l’élite féminine des Hélène David, Julie Payette et Michaëlle Jean, se déroula, bercée principalement par Gabriel Fauré entonné par 5 choristes hommes et femmes (avec une soprano à la voix angélique), dirigés par Grégory Charles, souverain au piano. Il céda pour un moment la place à Yves Duteil, venu de France pour livrer à son vieil ami « passeur de Lumières » sa chanson « Apprendre », de la même eau que « Avoir et être » et son immortelle « La langue de chez nous ». En une entrevue du soir à RDI, qu’on remercie pour toutes ces heures de grâce, inhabituelles à la télévision, Duteil reprit en souriant la formule douloureusement vraie « le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit ».

Il nous restait une ultime émotion, la remise du drapeau mis en berne à l’annonce de la mort de Paul Gérin-Lajoie à sa famille par le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en hommage symbolique national, le tout sous le chant interprété avec ferveur par Grégory, « le Canadien errant », dont on apprit qu’il avait été écrit, sinon composé, par l’arrière-grand-père de PGL, alors âgé de quinze ans, pour commémorer le courage des Patriotes exilés de 1837.

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