Le retour du « préjugé favorable aux travailleurs »

2018/09/05 | Par Paul de Bellefeuille

Le Parti Québécois de Jean-François Lisée, dans cette campagne électorale, revient donc au préjugé favorable aux travailleurs que ce parti a jadis affirmé. Nous étions en 1976 et le Parti Québécois de René Lévesque avait alors déclaré son préjugé favorable aux travailleurs.  Norbert Rodrigue de la CSN parlait de « victoire du monde ordinaire sur les forces obscures du capitalisme anglo-saxon » et Fernand Daoust accueillait « cette victoire avec une joie indescriptible ». Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette grande victoire de la social-démocratie.

Il est rafraîchissant d’entendre le chef de ce parti parler à nouveau du préjugé favorable aux travailleurs et travailleuses. Le PQ renoue donc avec ses racines. Toutefois, 42 ans de vie commune ont rendu le lien du mariage pour le moins fragile. Le couple a connu des périodes difficiles souvent suivies par de longues séparations et même de divorces.  Est-ce que cet appel à la réconciliation réussira à séduire à nouveau la force ouvrière? Il faudra que le marié fasse ses preuves avant que le mariage soit à nouveau célébré.

Que faudrait-il donc pour qu’un nouveau rapprochement se produise? Il y a bien eu une première promesse d’augmenter progressivement le salaire minimum à 15,00$ l’heure.  Est-ce suffisant? C’est bien peu. Le PQ doit s’engager à modifier le Code du travail afin de faciliter la syndicalisation.  Il doit également modifier les dispositions anti-briseurs de grèves à la lumière des nouvelles technologies, particulièrement dans les médias écrits, qui en ont réduit la portée.

Le conseil d’administration (c.a.) de la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) ne fait plus dorénavant une place aux représentants des travailleurs et travailleuses. La dernière personne à avoir siégé au c.a. de la Caisse fut Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, en remplacement de Marc Laviolette.  Il faut qu’un éventuel gouvernement du Parti Québécois redonne aux travailleurs et travailleuses du Québec une ou des places place au sein du c.a. de la CDPQ en modifiant la Loi sur la CDPQ lui garantissant un droit d’y être.  Ce faisant, le gouvernement respecterait la déclaration de Jean Lesage lors de la création de la Caisse qui affirmait le 9 juin 1965: « Le secteur privé sera représenté par des hommes d'affaires dont la compétence en matière de placement est reconnue, de même que par un membre des centrales syndicales dont les responsabilités se sont considérablement accrues depuis quelques années ».

Le temps a passé depuis 1965 et la CDPQ a un actif de plus de 300 milliards grâce principalement aux dépôts de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses du Québec à leur régime de retraite. Ces dépôts sont placés à la CDPQ pour assurer aux retraitéEs et futures retraitéEs une rente suffisante le jour venu de leur retraite.

Le PQ doit donc s’engager à modifier la loi sur la CDPQ afin de garantir plus d’une place au c.a. de la Caisse aux travailleurs et travailleuses syndiqués et non syndiqués, mais aussi aux centaines de milliers de retraités du monde du travail.  La CDPQ doit s’engager non seulement à fournir un bon rendement aux placements de ses déposants, mais aussi un droit de parole sur les décisions et les orientations de la CDPQ.

C’est peut-être à ce prix que les travailleurs et travailleuses du Québec réintégreront le foyer.

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