La vie des débardeurs au bord-de-l’eau

2018/09/10 | Par Pierre Dubuc

Photo : De g. à dte : Normand Ferguson, Jean-Paul Thomin, Denis Bourassa et Jean-Pierre Collin


Leur ouvrage, « C’est arrivé au Bord-de-l’eau, Récits et anecdotes du port de Montréal », dont nous avons publié des extraits dans l’édition du mois de juin (no. 370), est un petit bijou par la qualité des témoignages, rendus dans une langue savoureuse, et l’excellence du travail d’édition.

Pour connaître l’origine de ce projet, nous avons rencontré les membres de l’Atelier d’histoire des Débardeurs du port de Montréal, Jean-Pierre Collin, Normand Ferguson et Denis Bourassa, trois débardeurs à la retraite, et l’historien Jean-Paul Thomin, lui-même fils et petit-fils de débardeur, à la Maison des débardeurs, par un beau mardi après-midi, soit le jour de leur rencontre hebdomadaire.

« Autrefois, le métier de débardeur se transmettait de père en fils. Ce n’est plus le cas depuis 1972, alors que le pouvoir d’embauche a été transféré du syndicat à l’employeur. Aujourd’hui, il y a des débardeurs de plusieurs nationalités. Nous voulons leur donner des racines », de raconter Jean-Pierre Collin pour expliquer l’origine de l’Atelier fondé en 2013.

« Nous avons dû passer à travers des caisses d’archives et classer des centaines de documents. Le premier journal syndical remonte à 1929 et les procès-verbaux à 1938. Jusqu’en 1950, ils étaient en français et en anglais », relate Normand Ferguson. Pas étonnant puisque les Irlandais et les Anglais ont dominé le métier jusqu’en 1914, comme nous l’apprend l’Histoire des débardeurs du port de Montréal, la première publication de l’Atelier.

Ce qui frappe lorsqu’on feuillette ces deux premières publications, c’est l’abondance des photos et leur mise en valeur par un montage et un graphisme d’un grand professionnalisme, résultat du savoir-faire du débardeur Éric Morin.

« Nous avions des photos dans les archives, mais nous nous sommes aussi rendus à Library of Congress à Washington, à la British Library à Londres et, bien sûr, à la Bibliothèque de Montréal », précise Denis Bourassa.

Pour compléter leur recherche, nos débardeurs-historiens ont recueilli les témoignages de 14 débardeurs retraités, qu’ils ont bien rendus dans C’est arrivé au Bord-de-l’eau en préservant tout le sel du propos.

Cet automne, l’Atelier publiera La vie syndicale, le deuxième ouvrage de leur trilogie. « La date de parution n’est pas un hasard, spécifie Jean-Pierre Collin. Les négociations pour le renouvellement de la convention collective débutent au mois de janvier. Ce ne sera pas facile, car les conditions de travail dans le port sont toujours aussi exécrables, malgré la modernisation des opérations. Et, déjà, les autorités du Port de Montréal ont entrepris leur campagne médiatique pour influencer l’opinion publique avec un reportage, diffusé à Radio-Canada, qui insinuait que le port de Montréal serait prochainement déclassé par les ports américains et l’agrandissement du port de Québec ».

En 2019, la trilogie sera complétée par la publication de La vie sociale, qui traitera de la vie de quartier à l’époque où les familles des débardeurs habitaient « au bord de l’eau », c’est-à-dire dans les quartiers Centre-Sud et Hochelaga-Maisonneuve. L’Atelier prépare également une exposition en collaboration avec l’Écomusée du fier monde pour le mois de juin 2020.

Le livre « C’est arrivé au Bord-de-l’eau » est disponible dans toutes les bonnes librairies.

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