Négos à Postes Canada : L’heure n’est plus aux concessions

2018/09/17 | Par Pierre Dubuc

La nouvelle était à peine tombée que, déjà, on sentait de l’affolement dans les milieux d’affaires. 94% des facteurs et factrices en milieu urbain et 96% des factrices et facteurs ruraux et suburbains (FFRS), venaient de donner un mandat de grève à leur Syndicat.  L’inquiétude est compréhensible parce que Postes Canada traite des centaines de millions de lettres et de colis par année.

 « Ce n’est pas un avis de grève, mais un mandat de grève », de nous préciser Lise-Lyne Gélineau, la présidente de la section de Montréal du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Postes (STTP), qui représente environ 6 000 employés des postes à Montreal

« Le droit de grève ou de lock-out ne sera possible qu’à partir du 26 septembre et après un préavis de 72 heures », ajoute-t-elle en faisant porter entièrement sur les épaules de la direction de Postes Canada la responsabilité du climat d’insécurité appréhendé. « Ils viennent tout juste, vendredi dernier, de déposer une première offre. Nous procédons actuellement à son analyse et nous déposerons, à notre tour, une contre-offre. »

 

Rattrapage salarial

L’offre patronal est inacceptable.

Les profits sont, en effet, au rendez-vous. Le Groupe d’entreprises de Postes Canada, qui comprend Postes Canada, Purolator et le Groupe SCI, a enregistré des profits de 144 millions $ pour l’exercice 2017, comparativement à 81 millions $ l’année précédente. À elle seule, la filiale Postes Canada a comptabilisé des profits avant impôts de 74 millions $, en hausse par rapport à 2016.

Le Syndicat veut donc passer à la caisse.  On doit obtenir une augmentation de salaire décente,  et réduire le nombre d’échelons de l’échelle salariale, qui est passé de 3 à 7 échelons pour les membres urbains en 2011 ». Cette année-là, le Syndicat s’était fait imposer, par le gouvernement de Stephen Harper, un lock-out et un retour au travail forcé sous le coup d’une loi spéciale.

En 2016, la négociation s’est déroulée dans de meilleures conditions. Justin Trudeau n’a pas tenu compte d’initiatives comme celle du groupe eBay Canada, qui a proposé à ses vendeurs d’envoyer une lettre au premier ministre réclamant une « solution législative » pour régler le conflit. Il a plutôt pressé la direction de Postes Canada de négocier, en laissant clairement entendre qu’il ne ferait pas intervenir le Parlement.

Le Syndicat a pu alors écarter la demande patronale de transformer le régime de retraite à prestations déterminées en un régime à cotisations déterminées pour les nouveaux employés.

Le Syndicat a aussi accepté, en 2016, de confier à l’arbitrage la question de l’équité salariale pour les FFRS. Les factrices représentent les deux tiers de ce groupe et elles gagnent environ 25% de moins que le groupe des facteurs urbains, composé à 70% d’hommes.

En 2016, le Syndicat a convenu avec la direction d’une convention collective de transition, soit d’une durée de deux ans, comparativement à la norme habituelle de quatre ans. Elle a reçu l’appui de 63% des facteurs ruraux contre 55% chez leurs collègues urbains.

 

La surcharge de travail

Selon Lise-Lyne Gélineau, un des principaux points en litige, cette fois-ci, est la surcharge de travail. « Avec les achats en ligne, il y a une augmentation importante de la livraison de colis. Et, là, on va ajouter la livraison de ‘‘pot’’. On parle de 20 000 à 30 000 colis supplémentaires. Les itinéraires des facteurs sont trop longs. Un facteur commence sa journée à 8 heures, mais il ne sait pas à quelle heure elle va se terminer  en plus de nuire à la conciliation travail/famille  Postes Canada se retrouve avec  le plus haut taux d’accidents du travail. Plusieurs font des journées de 10, 12 heures. Il faut en arriver à des solutions. »

L’augmentation de la manutention de colis est indéniable. Seulement pour l’année 2017, le volume total de colis manutentionné par Postes Canada a augmenté de 47 millions d’articles ou 24,5%, alors que le transactionnel (lettres, factures et relevés) a chuté de 5,5% ou 200 millions d’articles par rapport à 2016.

 

Victoire sur l’équité salariale

Le dossier de l’équité salariale pour les 8 000 FFRS doit trouver son dénouement au cours de cette négo. L’arbitre Maureen Flynn a reconnu, le 31 mai dernier, que les employés en milieu rural et en banlieue effectuent un travail égal à celui de leurs collègues des grandes villes et qu’il en résulte un écart salarial. Elle avait donné aux parties jusqu’au 31 août pour s’entendre sur le montant de cet écart salarial. N’ayant pu respecter cette échéance, les parties sont retournées en arbitrage, avec la présence de Mme Flynn. Nous sommes en attente de la décision de l’arbitre

Postes Canada  tente d’influencer l’opinion public  en pleine négociation  en invoquant un manque à gagner de  millions 190 $, pour la période d’avril à juin 2018, parce que l’entreprise a dû provisionner des fonds pour le règlement éventuel de ce litige.

Rien là pour impressionner la leader syndicale. « Avril à juin, ce n’est jamais le meilleur trimestre. Les profits sont toujours plus élevés au quatrième trimestre, soit pendant la période des Fêtes. De plus, c’est un seul déboursé, un paiement unique, qui comprend les ajustements salariaux rétroactifs à janvier 2016. Ça ne reviendra pas.

 

Pour une diversification des activités

Depuis quelques années, le Syndicat milite pour un élargissement des activités de Postes Canada afin d’élargir son assiette fiscale. « Nous avons proposé que les succursales postales en région puissent offrir des services bancaires. Nous avons des établissements dans presque tous les villages. Ce serait d’autant plus pertinent, à l’heure actuelle, face au désengagement du Mouvement Desjardins », de dire Lise-Lyne Gélineau.  La livraison en soirée et les fin de semaine pourrait être un service intéressant  Elle croit qu’on pourrait également confier aux facteurs la tâche de sonner tous les jours à la porte des personnes âgées pour s’assurer de leur bon état de santé, un service qui pourrait être offert a la population comme cela se fait dans certaines régions de France. « Cela éviterait qu’on prenne des semaines avant de constater des décès, comme on l’a vu récemment à Montréal ». Il ne faut pas oublier que Postes Canada s’autofinance et qu’aucun de ses services n’engendrerait de coût à la population.

 

Photo : rcinet.ca

 

  

 

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