L’individualisme et l’Impact

2018/10/24 | Par Pierre Jasmin

Photo Journal de Montréal

L’auteur est un ex-joueur de soccer amateur encore pire que Marc Cassivi

Après-demain, dimanche 29 octobre, à son dernier match de la saison, l’Impact de Montréal sera encore dans la course pour tenter de s’insérer dans les éliminatoires de la MLS par la porte d’en arrière. Qu’il y réussisse ou non, voilà un accomplissement majeur d’une équipe sympathique qui nous a gardés rivés à nos écrans toute l’année, avec en particulier un joueur, Samuel Piette, qu’on ne se lasse pas d’admirer.

Notons que seuls de riches financiers à la Bronfman poussent encore la construction d’un stade de baseball au centre-ville dont les déficits seraient à la charge des contribuables : merci à la mairesse Valérie Plante de ne pas se laisser impressionner par la parade dans son bureau de gros bras américains ou canadiens anglais. Contentons-nous des deux matches annuels en mars des Blue Jays de Toronto qui font revivre le Stade olympique.

D’autre part, les Alouettes ont encore terminé au bas-fond d’une Ligue Canadienne de Football qui présente un sport individualiste, médiocre sous-produit américain, tandis que seules nos universités privées riches peuvent se permettre de financer et d’équiper des équipes affligées de blessures multiples : pourquoi au lieu d’assurer une couverture des matchs universitaires de soccer, les commanditaires leur offrent-ils un appui télévisuel sans commune mesure avec les consternants spectacles enregistrés au cours du dernier mois du genre 75-3 (UdeM vs Concordia) ou 57 à 0 (Laval vs Sherbrooke) avec l’ennuyeuse garantie que le Rouge et Or de Laval sera consacré champion provincial comme à treize de ses quinze dernières années?

À Montréal, il faut évidemment louer la constance de l’appui financier du propriétaire Joey Saputo avec les poches profondes de l’entreprise fondée par son père. Sans elle, le stade adjacent au stade olympique n’existerait pas. On dit le futur de l’Impact fragilisé à cause des profits en baisse de notre industrie laitière mise en péril par la nouvelle mouture du pacte États-Unis-Canada-Mexique, mal défendue par Justin Trudeau et Chrystia Freeland.

Le journaliste Martin Leclerc [1], sans avoir recours à la plaidoirie que l’équipe a pris de la valeur, vu les immenses progrès effectués par la MLS quant à la qualité de jeu offert, même par des équipes d’expansion, relativise les prétentions de Saputo à l’effet qu’il perdrait chaque année onze millions de $ pour l’équipe.

Par contre, l’Impact n’est-il pas mis en danger par l’individualisme d’un proprio qui a imposé l’Italien Mancuso, joueur chèrement payé qui n’a nullement rapporté les dividendes que son salaire commande? Heureusement, l’excellent entraîneur Rémi Garde a su embaucher des défenseurs vieillissants français qui ont renfloué l’équipe d’abord promise à un naufrage à cause de l’éviction cavalière de Laurent Ciment puis de la rupture du talon d’Achille de Zacaria Diallo : on compte donc sur le jeu admirable des Rod Fanni et Bacary Sania, dont l’expérience assagit l’équipe, comme l’assurait aussi celle précieuse du charismatique Didier Drogba.

Quand viendra le temps de désigner le joueur de l’année, on ne pensera évidemment qu’au buteur argentin Ignacio Piatti et au gardien de but américain Evan Bush et ce sera sans doute mérité. Mais mon choix personnel irait au joueur qui est resté sur le terrain le plus grand nombre de minutes (avec Bush), le québécois Samuel Piette.  Tant par sa présence défensive que par la qualité de ses relances offensives via des passes précises, il est partout sur le terrain, pratiquement incontournable, tant les joueurs adverses le craignent, vu son jeu physique et son occupation intelligente du centre.

Cet éloge du soccer ne serait pas complet, si on omettait que des équipes féminines s’y illustrent, en particulier l’équipe nationale canadienne, classée parmi les cinq meilleures mondiales par la FIFA. Voilà donc un sport d’avenir, celui qui est le plus pratiqué par les jeunes Québécois, vu le peu d’investissements requis. Sans compter que la gauche a pu se féliciter au dernier Mondial de voir deux équipes de pays républicains, la France et la Croatie, éliminer en semi-finales deux royautés, l’Angleterre et la Belgique!

Soulignons enfin la qualité de sa couverture journalistique bien supérieure à mon humble avis à tous les autres sports, grâce entre autres mais pas exclusivement à l’expérimentée Claudine Douville et aux anciens joueurs encore très verts, Patrick Leduc et Hassoun Camara qui s’expriment avec clarté et une relative impartialité, juste ce qu’il faut!

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