La fin de la longue histoire d’amour entre la Chine et le Parti libéral du Canada (3)

2019/03/13 | Par Pierre Dubuc

Une influence multiforme

Dans son livre Claws of the Panda, Beijing’s Campaign of Influence and Intimidation in Canada, Jonathan Manthorpe décrit de façon très détaillée les moyens mis en place par la Chine pour influencer la politique canadienne par l’intermédiaire de la diaspora chinoise (1,56 million de personnes), de ses étudiants (119 335 étudiants), des Instituts Confucius, de ses investissements dans l’immobilier, particulièrement à Vancouver et Toronto, et dans les secteurs des ressources naturelles et de l’énergie.

La diaspora chinoise n’est pas homogène. Plusieurs de ses membres ne s’intéressent pas de près à la politique chinoise. Il existe aussi une différence entre les immigrants originaires de Honk Kong et ceux de la Chine continentale. Mais il est clair que le Canada est une terre d’accueil virtuelle pour les élites chinoises en cas de purges au sein du gouvernement et de l’administration ou encore de soulèvements populaires. Selon le journaliste, il y aurait environ 550 « incidents » chaque jour en Chine (Protestations contre la corruption, l’accaparement des terres des paysans, la fermeture sauvage d’usines sans rémunérer les ouvriers, la pollution de l’air, de l’eau et du sol).

Selon des études menées par les autorités chinoises, citées par Manthorpe, 60% des millionnaires et des milliardaires sont engagés dans un processus d’émigration ou déterminés à l’entreprendre. Les plus riches Chinois ont 20% de leurs actifs à l’extérieur de la Chine. Plus significatif encore, 91% des 204 membres du Comité central du Parti communiste ont de la famille à l’étranger.
 

Le blanchiment d’argent

Le Canada est depuis longtemps une destination privilégiée à cause de son programme d’immigrants investisseurs, aujourd’hui aboli, qui permettait toutes les fraudes imaginables, et le laxisme législatif qui facilite le blanchiment d’argent, particulièrement dans l’immobilier. La moitié des cent plus importantes résidences privées de Vancouver sont détenues par des entités juridiques qui ne permettent pas d’identifier leurs propriétaires.

La Cour suprême du Canada a statué qu’il était anticonstitutionnel d’exiger que les avocats fassent part aux autorités de leurs soupçons sur des transactions irrégulières parce que cela « contrevenait avec l’obligation pour les avocats de préserver la confidentialité des informations que leur confient leurs clients ».

Plusieurs des achats de résidences privées se font en argent comptant. Sur les 5 millions de transactions immobilières au cours de la période 2003-2013, seulement 279 d’entre elles ont été rapportées aux autorités comme étant louches par des agents immobiliers, des avocats et des banques.

Le prix médian des maisons est d’un million de dollars à Vancouver. Pour dégonfler la bulle immobilière, le gouvernement a imposé une taxe de 15%, qui peut facilement être contournée, si la propriété est détenue par une compagnie à numéro enregistrée dans un paradis fiscal.


La manne des étudiants chinois

Les universités canadiennes sont aujourd’hui à la merci, pour leur financement, de l’inscription d’étudiants étrangers. Il y avait, en 2018, 350 000 étudiants étrangers au Canada, soit 100 000 de plus qu’il y a sept ans. Un cinquième d’entre eux, soit environ 70 000, sont d’origine chinoise. Selon Manthorpe, il existe en Chine une importante industrie de faux certificats d’études pour faire admettre les étudiants au Canada.

La présence de 30% d’étudiants étrangers dans les universités canadiennes rend plus difficile l’inscription d’étudiants canadiens, car les frais de scolarité plus élevés pour les étudiants étrangers constituent une source de revenus alléchante pour les universités.

Elle est aussi un incitatif à augmenter les frais de scolarité des étudiants canadiens même si cela réduit leur nombre, car elle ouvre la possibilité d’admettre davantage d’étudiants étrangers. Lors de la grève étudiante de 2012, nous avons montré que c’était là une des motivations du gouvernement Charest d’augmenter considérablement les frais de scolarité des étudiants québécois (L’industrie des étudiants étrangers).

Pour l’année académique 2017-2018, l’University of British Columbia (UBC) a encaissé 277 millions de dollars en frais de scolarité d’étudiants étrangers contre 227 millions pour les étudiants canadiens. Les frais de scolarités sont de 30 400 $ pour les étudiants étrangers et de 6 700 $ pour les étudiants canadiens.

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