Une mairesse en apesanteur?

2019/04/17 | Par Paul de Bellefeuille

La mairesse Plante semble se complaire à flotter au-dessus du Québec telle une astronaute en orbite autour de la laïcité ouverte.  Elle ne demande rien de moins qu’une dérogation dans l’application de la loi 21 sur la laïcité de l’État pour Montréal. Montréal, une île, une ville, prendrait alors tout son sens en étant coupée du reste du Québec et même du monde.  Comme on dit, faut avoir du front tout le tour de la tête.

La mairesse, en appui à sa demande de dérogation, nous dit que Montréal s’est construite sur différentes vagues migratoires et continue de l’être. Elle prétend que sa ville s’appuie sur des valeurs d’inclusion, de solidarité et d’ouverture.  Il faut donc, à contrario, comprendre que, dans son esprit,  le projet de loi 21 s’appuie sur des valeurs d’exclusion, d’individualisme et de fermeture.

C’est le propre de la morale actuelle chez une certaine frange politique d’imposer la bonne posture idéologique par l’usage de mots incontestables. Dire que le Conseil municipal prône une laïcité ouverte nous conduit à comprendre que les opposants affirment forcément une laïcité fermée. Certains esprits éclairés ont tout de même développé une parade, comme on le dit en langage militaire, pour se défendre de ce boulet de canon moralisateur, en se déclarant pour une laïcité sans adjectif ou encore une laïcité tout court.

Le chef de l’opposition, M. Perez, prétend que le projet de loi brime les libertés fondamentales et qu’il n’y aurait aucune contradiction entre un état laïc et le respect des individus d’afficher leur foi. Alors pourquoi, se demande-t-on, est-il interdit aux fonctionnaires de l’État d’afficher leurs convictions politiques sur les lieux de leur travail et pendant leurs heures de travail? Si on suit cette logique, il y aurait donc une atteinte aux droits fondamentaux des fonctionnaires de l’État de ne pas, actuellement,  pouvoir afficher leurs convictions politiques tout comme le projet de loi 21 cherche à interdire le port de symboles religieux au travail.  

En effet, pourquoi un policier ne pourrait-il pas afficher ses convictions politiques en portant  un symbole ou un vêtement qui dénonce un règlement voté par le Conseil municipal? Ainsi, la récente déclaration adoptée à l’unanimité par le Conseil municipal,  « Que la Ville de Montréal réaffirme le caractère inaliénable du principe de laïcité ouverte afin de construire un espace public qui soit à l’image du Montréal et du Québec du XXIe siècle et de rassembler les Montréalaises et les Montréalais de toutes convictions et de toutes origines ; » pourrait être dénoncée par certains policiers ou par tous les policiers parce qu’ils ne sont pas en accord avec cette décision du Conseil municipal. Ces derniers porteraient, par exemple, des pantalons non conformes à leur habit de policier et badigeonneraient  leur véhicule de collants dénonçant la laïcité ouverte prônée par le Conseil municipal et ce en toute impunité, conformément au respect de leurs droits fondamentaux d’exprimer leurs convictions politiques.  Nous sommes au XXIe siècle après tout! Il faut vivre avec son siècle.

La mairesse Plante en ajoute une couche en faisant valoir que « la région métropolitaine représentait quelque 4 millions de personnes soit près de la moitié du Québec. » Pousse, mais pousse égale comme le dit si sagement le dicton populaire! Ce ne sont pas 4 millions de personnes qui ont voté pour vous, madame la mairesse, et cette région métropolitaine ne pense pas à l’unanimité que la laïcité ouverte est la voie royale à suivre. D’ailleurs, les sondages établissent clairement que la majorité des Québécois et Québécoises, y compris ceux et celles de la ville de Montréal, appuient le gouvernement et son projet de loi 21.

J’invite donc le gouvernement à garder le cap, malgré des vents contraires fortement minoritaires et à adopter le projet de loi 21, affirmant ainsi que le Québec est un État laïc qui n’est ni ouvert ni fermé mais un État laïc, point à la ligne.

 

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