Jean-Paul Perreault, combattant de l’avant-poste outaouais

2019/05/09 | Par Pierre Dubuc

Depuis 1988, il a été de tous les combats sur le front linguistique, ceux que les tribunaux et les gouvernements nous ont imposés, mais aussi ceux, fort nombreux, qu’il a lui-même initiés. Jean-Paul Perreault est un monstre sacré, plus grand que nature. Envers et contre tous les racistes et francophobes de son coin de pays, l’Outaouais, il monte la garde et plusieurs ont appris à leurs dépens que « Qui s’y frotte s’y pique ».

Il s’est colletaillé à maintes reprises avec le député Robert Middlemiss du Pontiac pendant le long règne de ce dernier, de 1981 à 2004. Au point où celui-ci s’est arrêté, un jour, en faisant son jogging devant la maison du président d’Impératif français pour lui lancer un tonitruant : « Perreault, Gestapo ! ».

Des réactions haineuses, Jean-Paul a en suscitées à la pelle. Des élus de la ville d’Aylmer, aujourd’hui un secteur de la ville de Gatineau, qui affichait en anglais ou refusait l’embauche de postulants en prétextant une connaissance insuffisante de l’anglais, le voyaient dans leur soupe.

Il a croisé le fer avec tous les Eric Maldoff, Robert Libman, William Johnson, Brent Tyler d’Alliance Quebec, les Robert K. May,  John Trent de son pendant Outaouais, ou encore Howard Galganov et son Quebec Political Action Committe, et les leaders du United Canada Network, du Preservation of English Canada, du Canadian Against Bilingualism Injustice, de la National Citizen Coalition, de la West Quebeckers Association, sans parler des Keith Henderson et autres ténors du Equality Party.

Les controverses ont été nombreuses. Rappelons  seulement la saga du Tim Hortons d’Aylmer, à l’automne 1992, alors qu’une serveuse refuse de servir Jean-Paul en français. La gérante de la succursale défend son employée en disant qu’ « il ne faudrait pas oublier qu’Aylmer est une ville où la majorité des gens sont bilingues ». La mairesse d’Aylmer, Constance Provost, s’empresse d’accuser la Loi 101 : « Avant l’arrivée de la loi 101, les gens avaient toujours vécu sans barrière à Aylmer ». Le journal Le Droit, pourtant fondé  en 1913 – dans le sillage de l'adoption du Règlement 17, interdisant l'usage du français comme langue d'enseignement en Ontario – pour défendre le français s’en prend à Jean-Paul parce qu’il aurait « soulevé l’ire chez les résidents et commerçants de l’endroit » !

Jean-Paul n’hésite jamais à traverser la rivière aux Outaouais pour s’en prendre aux politiques du gouvernement fédéral. Ainsi, il a un vif échange avec le ministre Don Boudria qui avait eu l’outrecuidance de baptiser les Jeux de la Francophonie « The Games of Francophonie » en sol ontarien. La riposte de Boudria est suave. Il stigmatise  « le mépris des séparatistes à l’endroit des francophones hors Québec » !

En 2003, Jean-Paul décerne un Prix Citron au député Marcel Proulx pour son appui à l’Université du Québec en Outaouais, qui offre des programmes d’études en anglais dans son département d’administration. Le député très insulté riposte: « Ce n’est pas la première fois qu’Impératif français écoeure  les gens qui ne sont pas de la même opinion que ce groupe. » Il s’était fait aussi « écoeurer » en 2001 pour avoir affirmé que le choix d’un nom français pour la nouvelle ville fusionnée (Gatineau) était raciste et la distribution d’un calendrier avec mentions de différentes fêtes nationales dans le monde, mais en oubliant celle des Québécois !

Jean-Paul s’est aussi élevé avec vigueur contre les menaces de partition du territoire. En 1991, un résident d’Aylmer et Robert Libman militaient pour que l’Outaouais se sépare du reste du Québec dans l’hypothèse de la souveraineté. Le maire de Gatineau, Robert (Bob) Labine proposait plutôt de fusionner Hull à Ottawa, avant de changer d’idée, cinq mois plus tard, et proposer de faire de l’Outaouais une onzième province.  Quatre autres mois plus tard, il  avait une nouvelle proposition : « Il n’y a pas de place en Outaouais pour les séparatistes et les souverainistes. Ils doivent aller ailleurs ».

Ce n’est là qu’un aperçu des multiples combats relatés par Paul Morissette dans son livre Jean-Paul Perreault contre la colonisation des cerveaux. En terminant, mentionnons que celui qui a été traité de « raciste » et d’« anglophobe » à maintes reprises a marié une unilingue anglophone, Susan Goldman, après, bien entendu, avoir été son tuteur dans un programme d’apprentissage du français !

Salut Jean-Paul !

Paul Morissette, Jean-Paul Perreault contre la colonisation des cerveaux, Impératif français, 2019. Préfaces de Claude Dubois, Raôul Duguay et Benoît Pelletier.

 

Photo : Radio-Canada.ca

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