Du bon usage syndical des médias sociaux

2019/06/18 | Par Pierre Dubuc

Lundi 27 mai, à 19 heures, les membres du Syndicat de Champlain avaient rendez-vous sur Facebook avec leur président Éric Gingras et Sonia Éthier, la présidente de la CSQ. Ils ont eu droit à une présentation vidéo de revendications, entre autres salariales, auxquelles on leur demandait de réagir. L’exercice avait pour but de préparer le cahier des revendications, qui sera déposé au gouvernement cet automne dans le cadre du renouvellement des conventions collectives du secteur public. Les membres pouvaient interagir en temps réel via la plate-forme Facebook Live avec Éric et Sonia.

Depuis déjà quelques années, le Syndicat de Champlain, qui regroupe 8 400 membres du personnel enseignant et 2 600 du personnel de soutien de commissions scolaires de la Rive-Sud de Montréal, se démarque dans l’utilisation des réseaux sociaux.

« En 2015, lors des dernières négociations du secteur public, nous avons été les premiers à utiliser la vidéo pour rejoindre nos membres », de préciser Éric Gingras. Aujourd’hui, Éric croit que les conférences vidéo, comme celle du 27 mai, peuvent remplacer les assemblées générales d’information, très coûteuses et peu courues. Bien entendu, la présence physique des membres est toujours requise pour les assemblées décisionnelles.

Le Syndicat s’est doté d’un studio d’enregistrement et de production qui lui permet de mettre rapidement en ondes ses interventions et de rejoindre ses membres. Il est aussi très actif sur Facebook, Twitter et Instagram. L’expérience acquise au cours des années lui a d’ailleurs permis de définir la meilleure utilisation possible de ces différents réseaux sociaux.

« Facebook demeure le plus populaire parmi nos membres plus âgés », remarque Éric, tout en constatant l’intérêt des plus jeunes pour Instagram. « Quand nous nous rendons donner une entrevue à la télé, nous présentons sur Instagram l’envers du décor. Des photos hors caméras, la préparation de l’entrevue, des commentaires hors champ des journalistes. De l’inédit, quoi ! »

Quant à Twitter, la pratique a démontré qu’il était surtout suivi par les journalistes. « C’est devenu un fil de presse ».

Un des avantages des réseaux sociaux est de permettre des réactions rapides. Éric nous cite l’exemple de ce directeur de commission scolaire qui avait erronément laissé entendre, lors d’une entrevue médiatique, que le Syndicat appuyait une de ses décisions. « En deux minutes, nous sommes intervenus sur les réseaux sociaux pour le contredire. Trois minutes plus tard, nous étions invités à réagir en ondes. »

 

 

Relation membres/médias inversée

Mais le plus important est sans doute la relation qui s’est inversée entre les membres et les médias. « Auparavant, une des façons de rejoindre nos membres était que le Syndicat publie un communiqué en espérant que les médias le reprennent. Aujourd’hui, nous nous adressons directement à nos membres par l’intermédiaire des réseaux sociaux et ce sont les médias, à l’affût de la nouvelle, qui nous interpellent. La relation s’est inversée. C’est un changement de paradigme » de nous dire celui qui fait partie de cette nouvelle génération de leaders syndicaux férus de nouvelles technologies.

Une autre transformation majeure concerne le personnel des communications du Syndicat. « Nous n’avons pas besoin d’un arsenal d’agents d’information. Il nous faut des personnes qui ont une bonne maîtrise des réseaux sociaux et une bonne connaissance du mouvement syndical. »

Plus importante encore est l’attitude de l’organisation syndicale. « De façon générale, les organisations syndicales ont la mauvaise habitude de vouloir tout contrôler, toute réaction devant passer par la structure bureaucratique avant d’être publiée avec d’inévitables longs délais. Mais les réseaux sociaux, c’est l’instantanéité ! Il faut donc donner de la latitude aux gens des communications. Ce qui va à l’encontre de toute la culture syndicale traditionnelle. »

Bien entendu, admet-il, cela augmente le risque d’erreurs, de faux pas, de bourdes. Mais il relativise le phénomène.   « Sur les réseaux sociaux, les gens sont plus indulgents. Il y a une plus grande tolérance à l’erreur. On peut aussi faire rapidement son mea culpa et corriger l’erreur. »

 

Les grands débats

Cette confiance du Syndicat dans ses moyens et la justesse de ses positions s’est exprimée, au cours des récentes années, par la tenue de grands débats diffusés par Internet à l’intention des membres.

Un premier débat avait pour thème l’ordre professionnel. Il opposait Éric Gingras au député de la CAQ, aujourd’hui ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge (un ex-membre du Syndicat de Champlain). La vidéo fait aujourd’hui partie du cursus obligatoire du bac en ressources humaines de Teluq.

Un deuxième débat a mis aux prises le président du Syndicat de Champlain avec les promoteurs du Lab-École, Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée, débat animé comme le précédent par la journaliste Josée Boileau.

Enfin, lors de la dernière campagne électorale, le Syndicat a interpellé des candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale, dont l’ex-ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, et l’actuel, Jean-François Roberge.

Éric justifie la tenue de ces débats-confrontations en ces termes : « On ne doit pas avoir peur de présenter les deux côtés de la médaille. Et si on croit que notre position est bonne, on ne doit pas craindre de la défendre publiquement ».

 

Ne jamais oublier l’essentiel

La plate-forme Internet demeure au centre de la diffusion d’informations du Syndicat. On y trouve les informations courantes, mais aussi la convention collective et des capsules sur ses différents articles, enregistrés par les conseillers syndicaux dans le studio de production.  Il y a deux ans, une vidéo sur l’éducation, devenue virale, a totalisé plus de 1,5 million de visites !

Malgré la place importante accordée aux réseaux sociaux, le Syndicat conserve une publication papier hebdomadaire distribuée dans chacun de ses 211 établissements. « Cela assure une présence visuelle physique rappelant l’existence du Syndicat à tous les membres, mais aussi aux patrons ! »

Mais pour que toute cette panoplie de moyens de communication ait un sens, « il faut être intéressant, pertinent et crédible et ne jamais oublier qu’on s’adresse aux membres pour les informer et les mobiliser dans le but d’améliorer leurs conditions salariales et de travail », de conclure Éric en promettant un rôle majeur au Syndicat de Champlain lors des prochaines négociations du secteur public.

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