Le rôle du Canada dans la chute du mur de Berlin

2019/11/18 | Par Pierre Dubuc

À l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, il n’est pas inintéressant de voir le rôle, obscur mais important, joué par le Canada dans ces événements.

Mikhail Gorbachev est assurément le grand responsable de la chute du Mur de Berlin et de la dissolution de l’Union soviétique qui allait suivre et qui allaient être interprétées comme une victoire des États-Unis sur l’Union soviétique et du capitalisme sur le socialisme.

Il est bien connu que c’est à la suite d’une rencontre avec Margaret Thatcher au cours de laquelle il lui a expliqué ses projets que Gorbachev est allé de l’avant avec sa glasnot (transparence) et la perestroïka (restructuration). Thatcher avait alors déclaré à Ronald Reagan : « We can do business with that guy ».

Il est moins connu que ces politiques ont été en grande partie concoctées au Canada ! Alexander Yakovlev, qui a été surnommé le « parrain de la glasnot et de la perestroïka », était ambassadeur de l’Union soviétique à Ottawa au début des années 1980.

Au cours des années 1970 et 1980, le premier ministre Pierre Elliot Trudeau a tissé des liens personnels avec Alexandre Yakovlev. Leurs liens d’amitié étaient tels que les enfants de Trudeau considéraient Yakovlev comme leur oncle.

Exclu des hautes sphères du Parti communiste pour ses positions jugées trop éloignées de la ligne du parti, Yakovlev a été envoyé en exil au Canada à titre d’ambassadeur en 1973.

Quand Gorbatchev a été nommé au Politburo, Yakovlev a senti que les choses pouvaient tourner à son avantage et il a fait des pieds et des mains pour que Gorbatchev effectue un voyage au Canada. Ce n’est qu’après la mort de Brejnev et l’arrivée au pouvoir d’Andropov, dont Gorbatchev était le protégé, que ce projet a pu se réaliser.

Pour ce faire, Yakovlev s’est lié d’amitié avec le ministre de l’Agriculture Eugene Whelan et l’a convaincu d’effectuer un voyage en URSS, afin que ce dernier puisse inviter au Canada Mikhael Gorbatchev, alors responsable de l’agriculture en URSS.

Pendant son voyage au Canada, Gorbatchev a rencontré à plusieurs reprises le premier ministre Trudeau, même si cela enfreignait le protocole. Yakovlev accompagne Gorbatchev dans son périple canadien, mais il a surtout un entretien privé avec lui dans le jardin du ministre Whelan, où il lui expose ses idées de réformes en profondeur de l’URSS. Dans ses mémoires, Yakovlev déclare qu’on y a discuté de 80 % de ce qui constituera la perestroïka.

À son retour à Moscou, Gorbatchev rapatrie Yakovlev qui deviendra son principal conseiller. Yakovlev portera, dans le sérail soviétique des années 1980, le surnom que la France révolutionnaire et napoléonienne avait attribué à Talleyrand : « Le Diable boiteux ».

Yakovlev sera accusé par les communistes russes et le KGB d’être un agent de la CIA. Il aurait été « retourné » lors d’un séjour aux États-Unis en 1958. Il faisait alors partie d’un groupe de 17 étudiants soviétiques venus étudier aux États-Unis dans le cadre du premier échange d’étudiants entre les deux pays.

Yakovlev a étudié à l’Université Columbia avec Oleg Kalouguine. En juin 2002, ce dernier, qui avait atteint le grade de général-major du KGB, fut condamné par contumace à 15 ans de prison pour la divulgation de secrets d’État. Il était alors réfugié politique aux États-Unis.

L’histoire d’Alexandre Yakovlev et de ses liens privilégiés avec Pierre Elliot Trudeau est racontée dans le livre de Christopher Shulgan, The Soviet Ambassador. The Making of the Radical Behind Perestroika (McClelland & Stewart, 2008)