Énergir valorise de manière démesurée la production de gaz naturel

2020/02/20 | Par ROEE

En réplique à une lettre d’opinion publiée dans La Presse par Normand Beauregard et Normand Mousseau (« Gaz naturel renouvelable – Fiasco économique à l’horizon ») le 12 février dernier, Énergir publie un communiqué où elle prétend que le coût du gaz naturel renouvelable (GNR) doit être comparé avec les alternatives énergétiques renouvelables et qu’il constitue une option concurrentielle pour les consommateurs désirant réduire leur empreinte carbone. Les membres du Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ) sont en désaccord avec cette position : le coût du GNR devrait plutôt être comparé avec celui d’un mètre cube de gaz économisé. 

En effet, l’alternative la plus verte et la plus rentable à un mètre cube de gaz utilisé est un mètre cube de gaz non consommé. Cette vérité de La Palice ne semble pourtant pas trouver écho chez Énergir, qui préfère payer en moyenne cinq fois plus cher pour une molécule de GNR que pour économiser un mètre cube de gaz de schiste. Trouvez l’erreur !

Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec et membre du ROEÉ, rappelle que « l’efficacité énergétique est un investissement qui rapporte davantage que bien des placements. De plus, l’efficacité énergétique améliore la compétitivité des entreprises, accroît le pouvoir d’achat des ménages, améliore le produit intérieur brut (PIB), ainsi que la résilience des communautés. » Quant au gaz naturel renouvelable, il constitue une dépense qui perpétue une dépendance à des énergies fossiles dommageables. Point à la ligne.

Pour évaluer l’intérêt des mesures d’économie d’énergie, Énergir se base en ce moment sur une comparaison avec le prix — faible — du gaz de schiste. En faisant cela, plutôt qu’en choisissant d’utiliser le prix d’une molécule de GNR comme référence — un coût environ 5 fois plus élevé — Énergir minimise le potentiel d’économie d’énergie

Par ailleurs, Bruno Detuncq, du RVHQ et membre du ROEÉ, souligne que « la quasi-totalité du GNR en Amérique du Nord sert en ce moment à remplacer le diésel dans le transport routier. Ceci est économiquement plus sensé que de l’injecter dans le réseau, permet de réduire le développement d’infrastructures supplémentaires (conduites) et permet également de réduire davantage l’empreinte écologique qu’en déplaçant un usage déjà affecté au gaz naturel ».

En outre, par sa preuve soumise à la Régie de l’énergie, Énergir tente de démontrer un fort potentiel de production de GNR au Québec. Pourtant, même en vidant nos forêts et nos champs des matières organiques, avec tous les impacts écologiques néfastes que cela comporterait, Énergir envisage à l’horizon 2030 un apport en GNR ne représentant que 10-12 % de la consommation totale de gaz au Québec. Cela veut dire qu’Énergir demande à la société québécoise d’épouser le GNR et d’assurer de la pérennité de la filière gaz, alors que 90 % du gaz distribué resterait de sources fossiles, surtout produites par le processus de fracturation hydraulique, une source énorme de production de gaz à effet de serre.

Considérant tout cela, la détermination d’Énergir à miser sur le GNR soulève des questions. Les membres du ROEÉ sont d’avis qu’il s’agit d’une stratégie d’écoblanchiment qui vise à retarder, voire éliminer la menace que représente la lutte aux changements climatiques face à ce combustible dont les jours devraient être comptés.

 

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