Coronavirus : Les compagnies aériennes font la loi

2020/03/16 | Par Pierre Dubuc

Le gouvernement Trudeau vient de sommer « les voyageurs canadiens de revenir chez eux par des moyens commerciaux pendant qu'ils sont encore disponibles », laissant sous-entendre qu’ils ne le seront plus bientôt.

Les compagnies aériennes profitent de la situation pour exiger des sommes mirobolantes, triplant ou même quadruplant le prix des billets d’avion des Québécois et des Canadiens actuellement à l’étranger qui veulent rentrer au pays.

Une attitude responsable serait d’intervenir pour imposer aux compagnies aériennes les tarifs habituels et à mettre suffisamment d’avions en opération pour rapatrier tous les Québécois et les Canadiens, au lieu de laisser jouer la supposée loi de « l’offre et de la demande ». D’autant plus que les compagnies aériennes ont joué un rôle crucial dans la propagation rapide et mondiale du coronavirus.

Alors qu’il aurait fallu limiter les vols au maximum dès les débuts de l'épidémie – les avions sont les principaux vecteurs des épidémies mondiales – l’ex-journaliste de La Presse André Noël démontre, dans un article paru sur le site Internet Ricochet, comment l’OACI a fait pression pour retarder l'adoption de mesures sanitaires risquant de nuire au trafic aérien.

De toute évidence, le gouvernement Trudeau, qui refuse toujours de limiter l’entrée au pays de voyageurs étrangers, malgré les demandes répétées du premier ministre Legault, se fait dicter sa ligne de conduite par Air Canada et les autres compagnies aériennes.


La Charte des voyageurs

Le mois de décembre dernier, le ministre des Transports Marc Garneau a présenté sa Charte des voyageurs du transport aérien qu’il a qualifiée de « meilleure au monde ». Mais les voyageurs ne doivent pas s’attendre à une quelconque compensation monétaire en vertu de cette charte pour les retards ou prix exorbitants exigés par les compagnies aériennes.

Le gouvernement a inséré dans sa Charte une clause niant toute responsabilité aux transporteurs aériens pour des délais ou annulations causés par des événements hors de leur contrôle.

Une attitude responsable d’un gouvernement responsable serait de reconnaître que la « loi de l’offre et de la demande » est inopérante dans ces temps déraisonnables et d’intervenir pour fixer les tarifs maximums que peuvent imposer les compagnies aériennes. Mais ne vous attendez pas à une telle attitude de la part du gouvernement Trudeau et de son ministre des Transports Marc Garneau. Faut-il rappeler sa réaction, lors de la tragédie de Mégantic ?


L’exemple de Mégantic

Après le déraillement d’un train à Mégantic, qui a entraîné la mort de 47 personnes le 6 juillet 2013, le ministre a refusé la tenue d’une Commission d’enquête et de modifier les règles de sécurité régissant les convois ferroviaires.

Dans son livre, Mégantic, une tragédie annoncée (Écosociété), la journaliste Anne-Marie Saint-Cerny a démontré qu’Ottawa avait, au mépris de toute règle élémentaire de sécurité, laissé la compagnie Maine and Atlantic Railway (MMA) et les autres entreprises ferroviaires allonger leurs convois, les faire rouler plus vite, couper dans l’entretien et réduire le nombre de leurs employés. Les convois étaient cinq fois plus lourds et plus longs, dépassant largement un kilomètre de long. Ils roulaient 15 % plus vite et 4 500 postes avaient été supprimés.

 De plus, le gouvernement fédéral avait complètement abdiqué, en matière de sécurité, devant les compagnies ferroviaires. Le gouvernement laissait – et laisse toujours – les compagnies rédiger, fixer et voir à l’application des normes de sécurité. On peut lire dans les documents du gouvernement : « Transports Canada reconnaît que le principal responsable d’une exploitation sécuritaire est l’industrie ».

Mégantic n’a rien changé. Depuis, les accidents ferroviaires se sont multipliés, sans que le gouvernement intervienne de façon significative. Au mois de février dernier, un convoi du Canadien Pacifique transportant du pétrole brut a déraillé près de Guernsey en Saskatchewan. Un immense incendie a forcé l’évacuation de 85 personnes. Quelle a été la réaction du ministre Garneau? Il a décrété une réduction TEMPORAIRE de la vitesse des trains de transport pendant 30 JOURS !

Alors, peut-on s’attendre à une attitude différente à l’égard des compagnies aériennes de « spaceman » Garneau ?

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