Pandémie de COVID-19 et urgence climatique : même combat

2020/03/16 | Par Louise Morand

Tous ceux et celles qui suivent de près l’évolution de la crise climatique ne peuvent que se réjouir des mesures d’urgences qui ont été mises en place par les gouvernements pour éviter la propagation du coronavirus. L’annulation des vols aériens, des croisières, la diminution du transport en général contribuent à une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces mesures d’urgence comptent parmi les actions recommandées par les experts qui s’intéressent à la sauvegarde du climat et des conditions propices à la vie sur Terre.

L’actualité nous montre que la population est prête à sacrifier certains plaisirs, comme les croisières et les voyages, pour éviter de s’exposer à une contagion et à l’aggravation de la pandémie. Le danger est bien compris, concret et immédiat. Chacun reconnait que son intérêt particulier n’est pas différent de l’intérêt général. Il est tragique que cette compréhension ne soit pas encore aussi répandue en ce qui concerne l’urgence climatique, dont les conséquences sont pourtant bien plus graves qu’une pandémie, puisque c’est toute la biodiversité, êtres humains compris, qui est menacée.

Selon le scénario le plus réaliste du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), des mesures d’urgence devraient être prises pour éviter un emballement incontrôlable du réchauffement de la planète : il faut réduire radicalement nos émissions de gaz à effet de serre (GES) et retirer de l’atmosphère le carbone excédentaire pour parvenir à zéro émission nette bien avant 2050[1]. Où sont les mesures en place pour y parvenir?

La population mondiale a été témoin des incendies spectaculaires qui ont détruit les forêts et la faune de l’Australie cette année. Peu de personnes font cependant le lien entre la diminution des forêts un peu partout sur la planète et la perte des récoltes d’olives, de citrons, de bananes , de cacao, de maïs, de blé et de soya dans plusieurs régions marquées par des sécheresses intenses et inhabituelles. Ce phénomène de réchauffement qui tue les récoltes et la vie marine est en progression fulgurante et doit être arrêté, c’est l’évidence même.

Le fait que les pénuries d’eau et d’aliments, qui touchent déjà certaines régions vulnérables, ne nous frappent pas encore ne doit pas nous empêcher de tout mettre en œuvre dès maintenant pour faire face adéquatement aux problèmes que nous allons devoir affronter très rapidement. Les inondations, les canicules extrêmes, l’érosion des berges, l’acidification du fleuve, la perte de récoltes, la disparition d’espèces, les épidémies, entre autres symptômes de la crise qui avance chez nous, sont autant de signaux de l’urgence de passer à l’action.

Dans ce contexte, il est aberrant de constater que le gouvernement de François Legault continue d’accorder des millions «as usual» pour développer des autoroutes et financer une transition énergétique vers le gaz. Rappelons qu’il est scientifiquement démontré que le gaz distribué par Énergir, constitué à plus de 95% de gaz obtenu par fracturation, possède un impact de réchauffement de l’atmosphère équivalant à celui du charbon[2]. Le gouvernement cède aux intérêts géopolitiques de l’industrie gazière et pétrolière, qui sont contraires au bien commun et à la sauvegarde de notre civilisation. Nous possédons l’énergie propre, les ressources matérielles, les moyens d’information, d’éducation et de formation nécessaires pour mettre en œuvre le changement de société dont nous avons besoin. Souhaitons que les mesures d’urgence contre le COVID-19 suscitent un éveil de la population et de nos politiciens sur les impacts à venir de la crise climatique et marquent un tournant vers une véritable volonté d’agir.

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