La Grippe espagnole de 1918

2020/03/25 | Par Jacques Lacoursière et Hélène-Andrée Bizier

Selon plusieurs spécialistes, c’est à tort, qu’on la qualifiait d’espagnole et l’un d’entre eux, le professeur Arthur Bernier écrivait, en 1918, parlant de la fameuse épidémie de cette année-là :  « Il y a cependant des indices qui nous portent à croire qu’elle eut (...) son origine en Russie car les Allemands l'ont signalée sur le front de l’est pendant l'été et l'automne de 1917. C’est à tort que cette grippe a été qualifiée d’espagnole puisqu'elle n’apparut en Espagne qu’en mai 1918 alors qu’elle était déjà en France et en Allemagne en avril. Le docteur Martin de Salazar rapporte qu’elle apparut presque au moment même où se produisit à Madrid une grande affluence de personnes venant visiter la capitale à cette époque de l'année ! »

Traditionnellement, on situe le gros des ravages de l'épidémie espagnole au Québec, au mois d'octobre 1918, mais elle débuta plus tôt. Des États-Unis, le 18 septembre, nous parvient une nouvelle à laquelle on n’accorde pas une très grande importance. Elle traite de nombreux cas de grippe circonscrits à l’intérieur des camps militaires. À Niagara, le camp polonais compte alors une centaine d'hommes affectés par l’influenza. Pour plus de sûreté, la quarantaine y a été établie. Deux jours plus tard, après Boston, voici que la grippe frappe New York. Le 23, on parle de marins américains morts sur leur navire, dans le port de Québec et transportés à la morgue municipale sans que des précautions soient prises pour pallier les dangers de contagion.

On refuse généralement d'admettre que la province puisse être touchée, mais on n’en publie pas moins quelques conseils élémentaires : à l'apparition des premiers signes de grippe qui sont des rougeurs autour des veux, des frissons et la fièvre, la perte d’appétit et la faiblesse, prendre aussitôt le lit et appeler le médecin. C’est pourtant le 23 septembre qu’à Victoriaville, Arthabaska, Trois-Rivières et Richmond, on note l'apparition du mal. Le public croit à la réalité de l'épidémie plus rapidement que les médecins qui, à quelques exceptions près, ne voient pas dans cette grippe ce qu'elle a d’exceptionnel. L'un d’eux, le docteur C.-R. Paquin, directeur du service municipal d'Hygiène, à Québec, déclarait même, le 16 octobre, qu'il ne fallait pas juger de la situation par le nombre des morts !

Brume et mauvais temps font désespérer une population qui a été privée de soleil tout l'été et qui combat un certain nombre d’autres fléaux dont la guerre et la conscription ne sont pas les moindres. Curieusement, c’est à la recherche des conscrits qu’on devait attribuer le fait que la maladie se soit répandue dans les villes après avoir été observée principalement dans les camps militaires. Le 7 octobre, 34 soldats étaient morts à Saint-Jean, 622 étaient atteints par l'influenza. À Montréal, 213 de leurs confrères étaient également touchés. Le 10 octobre, on note que les soldats se « baladent » au risque de répandre la maladie et, le 25, se dépouillant de ses gants blancs, la Presse écrit : « Il est inutile de prendre toutes ces mesures et de fermer les églises que la dévotion des fidèles voudrait voir ouvertes, si l’on permet aux soldats de continuer à disséminer l'épidémie. » Les jours suivants verront s’interrompre la chasse aux conscrits.

Au début du mois de novembre, l'épidémie régresse. Il était temps. Le 10 novembre, les églises sont réouvertes presque partout et le lendemain, c’est l’'Armistice. Ce fléau avait, en quelques semaines, été plus cruel que la guerre, fauchant parfois plusieurs membres d’une même famille, surtout les jeunes ou les personnes âgées, ou faibles, ne touchant que très peu les personnes âgées de 30 à 60 ans.

(Tiré de Nos Racines, chapitre 123)

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