L'eau fait des vagues au Quai des brumes

 

Un lancement réussi, le 12 octobre dernier, pour l'Association québécoise pour un contrat mondial de l'eau en présence de Riccardo Petrella, secrétaire du Comité promoteur mondial pour le contrat de l'eau et président du Groupe de Lisbonne, et des membres fondateurs de l'association.

Si l'atmosphère était quelque peu bruyante et enfumée dans ce café de la rue St-Denis et qu'il y coula plus de bière que d'eau, le présentateur François Patenaude et les autres orateurs n'en tirèrent pas moins très bien leur épingle du jeu.

Sylvie Paquerot, dont la spécialité est le droit international, a expliqué les raisons qui ont motivé la mise sur pied au Québec de cette nouvelle association à côté de la Coalition Eau Secours dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans les pages de ce journal. Pour elle, le travail de l'association se situera précisément à la jonction du local et du global pour articuler les liens indispensables entre nos préoccupations locales ou nationales et les enjeux mondiaux de l'eau. Les deux objectifs fondamentaux de l'association sont 0 1. promouvoir le droit d'accès à l'eau potable et à l'assainissement; 2. faire reconnaître l'eau en tant que bien commun patrimonial de l'humanité. Il faut construire un monde solidaire et responsable alors que 1,4 milliard d'humains n'ont pas accès à ce bien vital.

Michèle Rouleau, ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec et commissaire à la Comission des droits de la personne et de la jeunesse, était l'intervenante suivante. Elle a rappelé la sagesse des nations autochtones pour qui il fallait toujours penser aux sept générations à venir .

André Stainier, président des Amis de la Vallée du St-Laurent a ensuite présenté l'orateur invité Riccardo Petrella. Très à l'aise dans le brouhaha, il a rappelé les origines du Comité promoteur mondial présidé par Mario Soares, ancien président de la république du Portugal, et le lancement en 1998 du Manifeste de l'eau 0 le droit de tous à la vie. Actuellement ce Comité a des ramifications dans plusieurs pays et d'ambitieux projets, notamment0 faire inscrire le droit fondamental à l'eau dans les Constitutions des États; constituer un Réseau de parlementaires pour l'eau; établir un Parlement mondial de l'eau qui pourrait réunir 3 000 personnes tous les trois ans; créer un Observatoire mondial des droits de l'eau.

S'exprimant sans texte ( si un Italien a des papiers dans les mains, avec quoi peut-il s'exprimer ? a-t-il dit, en parlant de lui-même), Petrella a ensuite posé quelques devinettes à la salle qui commençait à surchauffer 0 Combien faut-il d'eau pour fabriquer un kilogramme de papier blanc ? Réponse 0 cinq tonnes. Combien pour faire une voiture ? Réponse 0 40 000 litres.

Ces chiffres se comparent tragiquement avec celui qu'avait cité Sylvie Paquerot dans son intervention 0 selon l'organisation mondiale de la santé, six millions d'enfants meurent chaque année d'avoir bu de l'eau contaminée !

Pour terminer, Riccardo Petrella a insisté sur le fait que l'eau doit absolument rester du domaine public. Il faut s'opposer à sa transformation en un bien économique marchand et donc à toute privatisation de réseau de distribution ou vente internationale. La Banque mondiale veut déjà établir un partenariat avec l'entreprise privée (Global water partnership). Cette question sera débattue au deuxième Forum mondial de La Haye auquel M. Petrella assistera pour y apporter une autre vision.

Nous lui souhaitons bonne chance et l'assurons de notre appui ainsi qu'à tous les membres de la nouvelle association.