C’est plutôt les régions qui ont déserté les jeunes

Il faut arrêter de dire que les jeunes désertent les régions

Les 24 et 25 novembre derniers s’est tenu un colloque organisé par la Chaire d’études socio-économiques de l’UQÀM, portant sur la privatisation des ressources naturelles et du bien commun. Il est très impressionnant d’avoir pu réunir tous ces conférenciers : Richard Desjardins, Omar Aktouf, Michel Chossudovsky, Louis Gill et le titulaire de la chaire, Léo-Paul Lauzon, sans oublier les nombreux ateliers thématiques animés par des spécialistes.

C’est Desjardins qui a ouvert le bal, en prenant la défense des Premières Nations. Il termine actuellement un documentaire portant sur le peuple algonquin. Il rappelle qu’au moment où la traite des fourrures a cédé la place à l’exploitation forestière, les Blancs ont pris le territoire des autochtones pour les confiner à l’intérieur des réserves. Ensuite, il leur fut facile de récolter par exemple tous les pins blancs. L’artiste engagé rappelle que les Premières Nations ont alors perdu leurs droits. Il était même interdit aux avocats de défendre un Amérindien, sous peine d’amende de 200 $, montant exorbitant à l’époque.

Aujourd’hui, la situation est tragique. Desjardins explique qu’un jeune Amérindien sur deux a fait une tentative de suicide. D’un autre côté, les autorités sont actuellement forcées de reconnaître le droit des Premières Nations sur des vastes territoires au Québec. Le conférencier explique qu’ils sont en mesure d’exproprier Saint-Sauveur et Val-d’Or, mais ce n’est pas ce qu’ils veulent : « Ils cherchent une entente ».

Richard Desjardins passe des autochtones à l’industrie minière. Il se fait très critique face aux entreprises qui œuvrent dans le secteur : « J’ai pleinement évalué les rapports qu’entretient la Noranda avec la population, la première fois que je suis allé à Santiago du Chili. » La Noranda fut la première entreprise étrangère à poursuivre ses activités suite au coup d’État de Pinochet.

Le poète et chanteur aborde ensuite le sujet de l’industrie forestière. Il dénonce sévèrement son fonctionnement. Tout comme le secteur des mines, cette industrie n’a pas connu de révolution, contrairement par exemple au secteur de l’électricité. Ceci explique son fonctionnement colonial : « Notre bois est exporté à Toronto. Le plus beau va aux États-Unis et la “ scrappe ” nous revient. Un deux-par-huit sans nœud, même si on n’en a jamais vu, ça existe ! Mais il est exporté. »

La ressource s’épuise et cette situation s’explique par le laxisme gouvernemental. « Lorsqu’on a produit l’Erreur boréale, l’industrie du bois ne rapportait que 50 millions $ par an au gouvernement alors que le budget du gouvernement provincial dépasse les 50 milliards $. Aujourd’hui, cette industrie lui coûte entre 200 et 300 millions $ par année! » Le problème : l’industrie s’est entêtée à faire du bas de gamme, ce qui est peu payant.

Desjardins cite Frank Dottori, ex-pdg de Tembec, qui a affirmé que l’industrie a coupé du bois qui n’existe même pas, en faisant référence à la gravité de l’épuisement de la ressource. Desjardins poursuit : « Pour sortir un voyage de bois, un camion doit présentement parcourir en moyenne 300 km ! »

La grande industrie forestière ne crée plus d’emplois. Leur nombre n’a pas augmenté au cours des vingt dernières années alors que la production a été multipliée par six ! « Les nouveaux emplois dans le secteur viennent plutôt des initiatives régionales et des petites entreprises. » Pour Desjardins, il faut arrêter de dire que les jeunes désertent les régions. C’est plutôt les régions qui ont déserté les jeunes, ne leur offrant plus d’emplois. En plus, comme l’a affirmé le Rapport Coulombe sur l’industrie forestière, la forêt de demain se trouve sérieusement hypothéquée.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’il y a tendance à la concentration et à la fermeture des scieries. Il y a même un projet de méga moulin qui serait implanté sur l’ancien terrain de GM à Sainte-Thérèse. L’ensemble du bois du Québec y serait transformé, fermant ainsi les scieries en exploitation.

La forêt, qui a pourtant un statut public, a été donnée aux entreprises. « Le gouvernement a un rapport de force face à la compagnie. Pourtant, il agit comme un représentant de l’industrie ! » Même au Chili, ils se demandent comment il est possible de produire un deux-par-quatre si peu cher : « C’est que, contrairement à nous, il doivent payer pour l’achat des forêts et pour leur entretien. »

Face à la crise forestière, Richard Desjardins propose d’abolir le système actuel des CAAF, qui donne le territoire forestier aux entreprises. Il faut créer une régie indépendante du gouvernement et des compagnies et encadrer l’actuelle puissance du ministère des Ressources Naturelles au service des entreprises forestières. « C’est la société, y compris les Premières Nations, qui doit détenir et demeurer maître de son territoire. »