QS mise sur une offensive énergétique et sociale

Le congrès d’orientation de Québec Solidaire

25 engagements pour les 1000 premiers jours d’un Québec solidaire, souverainiste, féministe, écologiste, de gauche et démocratique.

Voilà le pari que viennent de prendre devant la population québécoise les 400 délégués de QS lors de son premier congrès d’orientation. « La gauche, qu’on connaît déjà pour la pertinence et la vigueur de ses critiques de l’ordre social dominant, se permet maintenant de penser en termes de gouvernement ! », note François Cyr, responsable sortant de la Commission politique, pour souligner un effort de pragmatisme et de maturité, s’il en est, qui couronne sept mois de travail.

Pris de court par l’adoption en octobre d’une résolution semblable par le Parti Québécois, QS se devait de doubler les enchères en matière d’énergie éolienne, d’où « la nationalisation du secteur éolien par la création d’Éole-Québec, une société publique chargée de planifier, diriger et gérer le potentiel éolien du Québec en partenariat avec les communautés locales », fièrement annoncée par la porte-parole nationale Françoise David. La mise sur pied d’Éole-Québec prévoit le développement d’une expertise à proprement parler québécoise et indépendante d’Hydro-Québec, rappelée à son rôle initial de démocratisation de l’accès à l’électricité.

Le potentiel éolien du Québec permet à QS de croire en un amortissement des plus rentables, et à des retombées économiques et sociales structurantes pour les régions. QS mise de plus sur une stratégie énergétique globale. Suivent donc la protection de l’eau, devenant « chose publique » dans le Code civil, une gestion forestière plus locale, et le soutien massif aux transports en commun. Objectif : réduire de 60 % d’ici 2050 l’émission de GES…

Dans son approche du « vivre ensemble », QS entend réduire les écarts de richesse et lutter contre la pauvreté. L’accès universel aux médicaments au moyen notamment de la création de Pharma-Québec, « un pôle public d’acquisition, de recherche et de production de produits pharmaceutiques » éventuellement complété d’un régime universel d’assurance-médicaments (proposition laissée sur la glace), s’inscrit dans cette optique.

En amont, QS propose de hausser le salaire minimum à 10 $ l’heure ainsi que les prestations d’aide sociale, les uns comme les autres indexées au coût de la vie. Pour soutenir la population, QS met de l’avant une politique familiale « universelle et transversale », la construction de 4 à 8 000 logements sociaux, le renforcement des organismes communautaires et des CPE, l’abrogation des lois antisyndicales (7, 8, 30, 31, 142) et l’ouverture du Code du travail à la syndicalisation multipatronale. En somme, une vaste offensive sociale, qui d’emblée pose la question du financement…

Aux dires même de Françoise David, « l’éducation sera – non seulement au plan des politiques mais au plan budgétaire – une des priorités de QS, puisqu’on évalue que l’ensemble des propositions adoptées peut nous approcher du milliard de dollars ». En réponse aux attentes de sa base estudiantine, QS déclare la guerre à l’endettement étudiant (qui varie de 10 000 à 18 000 $ en moyenne par étudiant), par l’élimination progressive des frais de scolarité (un enjeu de plus de 600 M$) et la réforme de l’aide financière (une enveloppe de 600 M$), tout en suppléant aux besoins financiers des institutions d’études post-secondaires. « Pour nous, c’est un investissement. C’est nous assurer qu’au Québec il n’y ait plus d’enfants ni d’adultes analphabètes. C’est nous assurer que tous les jeunes terminent leur secondaire, que tous les jeunes qui le veulent puissent aller au cégep et à l’université. Ce qui veut dire qu’on a une population plus éduquée dans son ensemble et capable de participer à cette nouvelle industrie des hauts savoirs ».

Société compétitive, mais société culturellement définie autour d’un projet social et démocratique. C’est du moins le souci qui planait derrière chaque réflexion du congrès : assurer à chaque échelon l’accessibilité et un pouvoir démocratique sur les enjeux économiques, sociaux, culturels et politiques. D’où un soutien à l’économie sociale, aux artistes par l’instauration d’un filet de sécurité, aux régions ressources par la création de « comités forestiers locaux ». Un souci de prise en main participative de la richesse collective fondamental pour QS, d’après Amir Khadir : « si on est sincère dans le fait qu’on veut donner aux Québécois la véritable maîtrise de leur destin, ça veut dire aussi que les gens doivent être maîtres du processus qui doit y mener ! ».

Systématiquement accusé de diviser le vote souverainiste, QS tient à intégrer la réforme des institutions démocratiques à sa vision d’un Québec à la fois souverain et solidaire : décentralisation de la gestion des richesses, réforme du mode de scrutin avec assurance de la représentativité sexuelle et culturelle, rapports de « peuple à peuple » avec les Premières Nations, notamment dans la gestion des ressources naturelles.

Sur la question nationale, M. Khadir constate « comme une partie croissante de la population, que le débat sur l’avenir constitutionnel du Québec est dans une impasse. Québec Solidaire, cependant, s’engage à sortir de la manière la plus démocratique possible de cette impasse » par la mise sur pied, d’une assemblée constituante, première étape vers une définition constitutionnelle du Québec. « L’assemblée constituante a l’obligation de mettre en marche un processus de consultation très large où les gens sont largement appelés à se pencher et à dire leur opinion sur les valeurs et les institutions qu’ils veulent se donner pour le Québec de demain. En tenant compte de cette consultation, l’assemblée constituante a deux mandats : 1. formuler une question soumise en référendum populaire sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec; 2. élaborer une constitution conforme aux changements manifestés à travers cette consultation ».

Cette plate-forme adoptée, deux tests de taille s’imposent désormais à QS : celui des finances et celui des élections. Afin de se donner les moyens de ses ambitions, la nouvelle formation de gauche entend réviser la fiscalité, glanant ainsi entre 2 et 3 milliards « d’effort fiscal additionnel » de la part des particuliers et des entreprises. Contrairement à la fixation de certains commentateurs, QS mise aussi sur les retombées économiques de ses initiatives (nouvelles sociétés d’État, soutien au pouvoir d’achat) pour regarnir à moyen terme l’escarcelle publique. Par ailleurs, la réorganisation même des priorités de la gestion de la « richesse collective » permettrait des économies et transferts importants. Notamment, l’élimination des subventions publiques aux établissements d’enseignement privés (400 M$ en jeu) contribuerait à consolider le réseau public et y bonifier les services complémentaires, ou à financer la réduction du nombre d’élèves par classe.

« C’est la première fois que la gauche politique au Québec, depuis fort longtemps, a réussi à se doter d’une plate-forme crédible et réaliste pour aller se présenter devant la population du Québec dans une gauche rassembleuse, unie, audacieuse et concrète à la fois ! » clamait le co-porte-parole national Amir Khadir en clôture de l’événement. Néanmoins, au-delà des discours, Québec Solidaire devra, dans les prochains mois, démontrer devant l’opinion publique sa capacité à faire d’autant de qualités et d’intentions des projets viables et porteurs, mais surtout des réalités historiques.