Une offensive anti-syndicale rétrograde et ontarienne

À Coach Canada, ça se passe comme dans le Good Old Time

Depuis un an, les 110 travailleuses et travailleurs de Coach Canada mènent une lutte tout azimut pour la reconnaissance de leur syndicat CSN. Coach Canada, dont le siège social est basé en Ontario, utilise tout l’arsenal patronal pour casser la volonté de ses chauffeurs de se syndiquer à la CSN : non-reconnaissance du syndicat CSN accrédité en octobre 2009, changements aux conditions de travail, négociation du droit de travailler en français, congédiement du président et du trésorier du syndicat, suspension du vice-président. « On se croirait dans les années 50 », déclarait le président du syndicat, M. André Lévesque à l’aut’journal.

Les travailleuses et travailleurs syndiqués CSN de Coach Canada assurent le transport de voyages nolisés au Canada et aux États-Unis, conduisent les autobus « Gray Line » qui font le tour de ville pour les touristes à Montréal et les navettes aéroportuaires « Technoparc » pour les employés et clients de l’aéroport de Dorval.

« C’est la prise de contrôle des installations de Montréal par le siège social en Ontario qui a mis le feu aux poudres. En trois semaines, nous avons dégagé une large majorité de chauffeurs qui voulaient se syndiquer et déposer une requête au Conseil canadien des relations industrielles (C.C.R.I.) qui nous a accrédité en octobre dernier », nous confiait le président, M. André Lévesque.

Lors de l’annonce du dépôt de la requête en accréditation au patron de Coach Canada, ce dernier déclare, en anglais, qu’il entend rationaliser son entreprise de façon à ce qu’il n’y ait plus de chauffeurs à syndiquer à Montréal. Il décide donc de fusionner ses activités de Montréal avec ses activités de transport Montréal – Kingston – Toronto et que la répartition (ceux qui affectent les salariés sur les différentes « routes » d’autobus) se fera en anglais, à partir de l’Ontario.

Les chauffeurs affectés à cette dernière ligne de transport étant syndiqués à l’Amalgamated Transit Union (A.T.U.), l’employeur décide de son propre chef, que les chauffeurs CSN de Montréal sont maintenant représentés par le syndicat de l’A.T.U., que la convention collective de ce syndicat s’applique à Montréal et que les cotisations syndicales sont payées à l’A.T.U. et non à la CSN.

Le syndicat CSN riposte : demande d’injonction, cour d’appel, intervention auprès de la commission des relations industrielles qui, finalement, émet une ordonnance le 16 février dernier. Dans sa décision, la commission reconnaît la représentativité CSN du syndicat et ordonne à l’employeur de rembourser sur-le-champ, à tous les employé-es de Montréal, les cotisations versées à l’A.T.U., le syndicat ontarien représentant les membres de la province voisine.

L’employeur se plie donc à l’ordonnance, rembourse les cotisations syndicales et, pour se venger, prélève en six semaines, sur la paye des chauffeurs, l’augmentation de 3,64 $ l’heure que les salariés n’avaient pas demandée et que l’employeur leur versait depuis cinq mois… Le syndicat dépose une plainte de pratique déloyale.

Le président, M. André Lévesque et le trésorier, M. Guy Plante, que l’aut’journal a rencontrés, étaient catégoriques quant à l’issue de leur combat : « Les congédiements que Coach Canada nous a imposés ne nous intimident pas. La mobilisation de nos membres est en train de transformer la situation à l’avantage des salariés ».

Présence régulière du Winnebago syndical au garage de l’entreprise où les membres peuvent rencontrer leurs officiers syndicaux (le Winnebago sert de bureau syndical ambulant). Manifestation devant les installations de Coach Canada, devant la Station centrale d’autocars et au square Dorchester. Interventions à la Chambre des communes par le député M. Luc Desnoyers (Rivière-des-Milles-Îles), le porte-parole du Bloc Québécois en matière de travail dénonçant la non-reconnaissance du français, langue de travail.

« Les droits linguistiques des chauffeurs d’autocars de Coach Canada ne sont pas protégés par la loi 101, car ils sont régis par le Code canadien du travail. Depuis janvier, les travailleuses et travailleurs de Montréal reçoivent leurs ordres en anglais, de Peterborough. Cela se passe dans la deuxième ville francophone au monde, la métropole de la nation québécoise. Pourquoi le gouvernement conservateur ne corrige-t-il pas la situation ? », se demandent les syndiqués.

Rappelons que, sur cette question, le Bloc estime que 200 000 travailleuses et travailleurs québécois sont privés de la protection de la loi 101 parce qu’ils sont sous le Code du travail fédéral.

Au début mai, face à toutes ces pressions et dénonciations, l’employeur rétablissait le service de répartition en français à Montréal et acceptait, pour le 28 mai, une première rencontre de négociation où le syndicat, représenté par la Fédération des employés de services publics (FEESP – CSN) déposera ses demandes pour sa première convention collective. C’est à suivre…