Ce n’est plus idéologique, c’est une pure braderie !

Chaque recul d’Hydro-Québec est un pas en avant du privé

Contrairement à ce que les politiciens et le patronat croient, les gens ne sont pas dupes de leurs liens tricotés serrés. Mais, comme ils sont sans moyens, ils se sont résignés : « Méfiance extrême envers les élus. Les Québécois sont ceux qui jugent le plus sévèrement leur gouvernement » que titrait La Presse du 19 octobre 2011.

Ils disent aussi avec raison que les élus sont corrompus et que pour « réussir » il faut aussi être corrompu. Il y a chaque jour des cas de corruption et de collusion qui sortent du placard, que ce soit dans les partenariats publics-privés, dans la privatisation de nos ressources naturelles, de nos services publics et de nos instruments collectifs, dans l’octroi de gigantesques subventions et dans l’élaboration de politiques fiscales, favorables aux entreprises et aux nantis.

Prenons le cas d’Hydro-Québec, que les péquistes et les libéraux ont ratatiné et taxé à outrance afin d’accommoder leurs amis et leurs lobbyistes pour qu’ils puissent s’enrichir sur le dos des Québécois sans prendre aucun risque et sans aucune expertise. Voici, pour commencer, le titre révélateur de ces articles de journaux :

« Hydro-Québec vise l’Europe », en particulier l’Allemagne (La Presse, 26 juin 2002) ;

« Hydro-Québec s’installerait en France » (La Presse, 3 mai 2003) ;

« Hydro-Québec veut produire de l’électricité en Italie » (Les Affaires, 10 mai 2003).

Bien évidemment, il n’en fut absolument rien, même si Yvon Martineau, l’ex-président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, avait déclaré : « Hydro-Québec est une machine extraordinaire dont il faut exporter le savoir-faire » (Journal de Montréal, 10 avril 1995).

Ben non, nos politiciens affranchis préfèrent laisser aller l’expertise d’Hydro et de la fonction publique à des opportunistes qui les financent et qui les embauchent. Ils ne veulent pas qu’Hydro-Québec s’internationalise afin de créer de la richesse collective.

Ils cèdent plutôt des pans entiers d’Hydro-Québec à des sociétés d’État européennes comme Électricité de France (EDF) et Gaz de France-Suez dans laquelle la France a de gros intérêts qui lui donne le contrôle effectif de l’entreprise.

Eh oui, les sociétés d’État d’Europe spécialisées dans l’énergie comme la suédoise Vattenfall, qui tire 71 % de ses revenus de l’étranger et qui ne se définit plus strictement comme une société d’électricité mais d’énergie.

C’est en plein ce qu’était la volonté d’Hydro-Québec qui voulait investir dans le gaz, le pétrole, l’éolien, la câblodistribution, avec son gigantesque réseau de fibre optique. Mais les élus ont dit non. Faut laisser ces domaines découlant de ressources collectives aux amis.

Un article de La Presse du 13 octobre 2010 s’intitulait : « Danemark. Ouverture d’un des plus grands parcs éoliens en mer » confié au groupe public danois Dong Energy, un projet de 2,5 milliards $.

Ici, Québec a cédé le gros de l’éolien à la société d’État française EDF et à des québécoises comme Boralex, des frères Lemaire de la papetière Cascades et Gaz Métro, dont Gaz de France-Suez est un important actionnaire. Des firmes qui n’avaient absolument aucune connaissance de l’éolien.

Et que penser maintenant de la transnationale norvégienne d’État Norks Hydro-Statoil qui est présente partout dans le monde et qui fait dans l’électricité, le gaz, le pétrole.

La Suède, la Norvège et le Danemark, de petits pays très compétitifs qui auraient pu inspirer nos gouvernements. Pourtant, ce ne sont pas des pays socialistes purs et durs, bien au contraire. Ces façons de contrer l’immobilisme ne leur plaisent pas.

Et ce n’est pas fini ! Au cours des dernières années, les péquistes et les libéraux ont obligé Hydro-Québec à liquider tous ses investissements à l’étrangers comme en fait foi le titre de ces quelques articles de journaux :

« Hydro vendra ses activités de transport aux États-Unis » (La Presse, 5 mars 2004) ;

« Hydro-Québec sort de Gaz Métro » (Le Devoir, 2 juillet 2004) ;

« Hydro-Québec vend 84,6 millions $ sa participation de 20 % dans une entreprise chinoise » (Journal de Montréal, 31 juillet 2004) ;

« Hydro-Québec quitte le Chili et vend sa participation dans Transelec Chile pour 1,7 milliard $ » (Journal de Montréal, 17 juin 2006) ;

« Hydro-Québec rapatrie ses investissements de l’étranger », soit au Costa Rica, en Chine et aux États-Unis (Les Affaires, 3 décembre 2005) ;

« Fin du délestage chez Hydro », soit en Australie, au Panama et au Pérou (La Presse, 21 décembre 2006).

Et à l’intérieur de son secteur d’activités conventionnel d’électricité, ici même au Québec, Hydro-Québec a été forcée, même si elle n’y tenait pas, de céder la production d’électricité à des connaissances intimes des politiciens par le biais de petits barrages exploités à des coûts nettement plus élevés qu’Hydro.

Qu’à cela ne tienne, ces assistés sociaux corporatifs en veulent plus : « Les petites centrales réclament une part accrue du marché de l’électricité ». Il n’est malheureusement pas loin le jour où ils vont s’approprier Hydro-Québec en entier avec la complicité de leurs élus inféodés.

Idem pour l’éolien, interdit pour Hydro-Québec de s’y aventurer, qu’a tonné le premier ministre libéral Jean Charest. Faut bien que leurs potes en affaires et aussi les gros bureaux d’avocats vivent décemment et continuent de financer leurs partis politiques.

Tiens, deux autres, parmi tant d’autres : « Hydro vend sa filiale de chauffe-eau » (La Presse, 16 juillet 2008) et « Hydro-Québec ne commercialisera pas son réseau de télécommunications » (La Presse, 31 décembre 1996) en association avec Vidéotron, Bell et AT & T. L’article mentionnait que le « projet de plusieurs milliards de dollars était très avancé ».

En somme, Hydro-Québec doit reculer pour faire avancer les autres du privé. Et, pour le gaz et le pétrole, ce fut la même arnaque. « Hydro-Québec investit 330 millions $ dans la recherche gazière et pétrolière » (Les Affaires, 9 novembre 2002) et puis vlan ! « Fini l’exploration pétrolière et gazière » (La Presse, 6 mai 2010).

Finie depuis 2006, que soulignait l’article de La Presse. Bonne nouvelle pour les bineries qui ont tout obtenu d’Hydro-Québec pour des pinottes, comme Pétrolia, Gastem et Junex.

Oh surprise ! « Pétrole. Gisement de classe mondiale à Anticosti » (Le Devoir, 15 décembre 2011). Ça va enrichir qui, au juste, ce vol de nos ressources naturelles quand on lit ce qui suit : « Gaz et pétrole. L’exploration rapporte moins d’un million au Québec » (Le Devoir, 27 avril 2011). Enrichissement collectif, vous dites !

Il y a seulement au Québec que les politiciens dilapident les instruments collectifs, sans aucun débat public, en faisant comme s’ils en étaient les propriétaires, afin de les donner par intérêt et par cupidité à des gens proches des partis politiques.

Ce n’est même pas idéologique, c’est du vol, n’ayons pas peur des mots, je vous en prie.

Dans d’autres pays, la population aurait exigé un référendum pour des faits aussi importants, aurait intenté des recours collectifs et aurait poursuivi les politiciens pour abus de biens publics.

Et, par lâcheté, ne venez pas me dire que c’est la faute aux Canadiens anglophones des autres provinces ou que c’est parce que nous faisons encore partie du Canada.

Finies les excuses faciles pour nous disculper. Faut se réveiller, et vite en plus de ça, sinon la braderie de nos ressources naturelles, de nos services et de nos biens publics va se poursuive de plus belle.