Le scandale de Rio Tinto Alcan &#58 Le Pacte social est rompu !

Le Pacte social est rompu ! ». C’est avec ces mots, les mêmes, que Patrice Harvey, vice-président du Syndicat des Métallos à l’usine d’Alma de Rio Tinto et Alexandre Cloutier, le député péquiste de la circonscription, ont commenté le tableau « Comparaison des emplois et des subventions 1980 et 2010 », rendu public par l’aut’journal.

« 587 millions $ de subventions, 83 833 $ par employé, ce sont des chiffres astronomiques », de nous déclarer Patrice Harvey en faisant référence aux bénéfices que Rio Tinto Alcan tire de la propriété privée des droits hydrauliques de ses centrales alimentées par les rivières de la région.

« Nous ne sommes pas contre les nouvelles technologies. Elles assurent la viabilité de l’entreprise. Mais que le nombre d’emplois soit passé de 12 000 à 7 000 en trente ans, alors que la production doublait, montre clairement que le pacte social a été rompu. C’est clair que les gouvernements ne se sont pas préoccupés de maintenir un plancher d’emplois en retour des avantages énormes consentis à l’entreprise. Aujourd’hui, c’est le syndicat qui est obligé de faire la job ! », de renchérir Patrice, porte-parole du Syndicat, pendant que le président Marc Maltais est à Londres pour interpeller les dirigeants de Rio Tinto à l’assemblée des actionnaires.

Défendre des emplois, de bons emplois, c’est exactement l’enjeu du conflit à l’usine d’Alma. L’entreprise a décrété un lock-out, le 1er janvier dernier, pour obliger les travailleurs à accepter un recours à la sous-traitance, qui ferait passer le nombre de travailleurs syndiqués de 780 à environ 200 à 250.

Plus le conflit avance, plus les travailleurs mettent à nu les avantages exorbitants dont bénéficie l’entreprise.

En vertu d’une clause de « force majeure » incluse dans une entente secrète, révélée par Le Devoir en mars dernier, la multinationale vend à Hydro-Québec les surplus dégagés par la fermeture aux deux-tiers de l’usine d’Alma.

En janvier, Hydro-Québec a versé 10 millions $ à RTA, en février 15 millions $ pour de l’électricité dont la société d’État n’a pas besoin, ce sera ainsi à chaque mois du lock-out.

De plus, lors de la reconduction de cette entente en 2007, en prévision de la vente de l’Alcan à Rio Tinto, le gouvernement accordait un prêt sans intérêts de 400 millions $ à l’entreprise, remboursable dans 30 ans.

« Nous avons également appris, de nous déclarer Patrice Harvey, que l’entreprise ne paye que de 10 à 13 % de sa facture de taxes municipales et elle a pour 115 millions $ d’impôts reportés inscrits dans ses livres. Dans le rapport de force qui nous oppose à RTA, il y en a un qui souffre et c’est pas l’employeur ! »

Alors que le conflit entre dans son quatrième mois, Patrice, se faisant l’écho de travailleurs, a ce cri du cœur : « On a sensibilisé les politiciens de la région. Il y a eu plusieurs dénonciations de la situation. Mais on n’en est plus aux dénonciations. On est rendu plus loin. On est rendu à la réparation. On veut savoir ce que les politiciens proposent ! C’est clair qu’on va s’impliquer activement dans la prochaine campagne électorale. »

Appelé à commenter la situation, le député de Lac Saint-Jean, Alexandre Cloutier, fait le même constat. « L’entente de continuité donne un avantage indû à la compagnie. Elle est la seule bénéficiaire de la clause de force majeure. Ce n’est pas à la population de financer le lock-out, ou au gouvernement et à Hydro-Québec de faire pencher la balance du côté de Rio Tinto Alcan! »

Il a déposé à cet effet une motion à l’Assemblée nationale, rejetée par le Parti Libéral, qui se lisait comme suit : « Que l’Assemblée nationale exige d’Hydro-Québec qu’elle s’abstienne de modifier l’équilibre des forces dans le lock-out décrété par Rio Tinto Alcan à Alma en acquérant l’hydroélectricité non-utilisée par la compagnie. »

Une pétition à cet effet est sur le site de l’Assemblée nationale et circule également dans la région. Elle aurait recueilli, selon Patrice Harvey, plus de 12 000 noms.

Alexandre Cloutier croit qu’il faut évaluer la possibilité d’un recours judiciaire concernant l’entente de continuité. « Je ne pense pas que la porte soit fermée de ce côté-là. Il faudra examiner cela avec des experts du gouvernement une fois que nous serons au pouvoir. »

Commentant l’étude comparative des emplois et des subventions, Alexandre Cloutier reconnaît, lui aussi, que le « pacte social est rompu ». « Nous prenons conscience qu’une multinationale est hautement subventionnée et que les emplois ne sont pas au rendez-vous. L’exemple de la fermeture de l’usine Novelis démontre l’échec des promesses de 2e et 3e transformations. Le gouvernement Charest n’y croit pas. Dans le dossier des mines, nous avons les déclarations du ministre des Ressources naturelles, Serge Simard, qui nous dit que la transformation du minerai chez nous créerait de la pauvreté ! »

Que propose le député du Parti Québécois pour répondre à la demande de « réparation » exprimée par le syndicat ?

Il n’ignore pas que, de plus en plus dans la région, des voix se font entendre pour réclamer la nationalisation des installations hydrauliques de Rio Tinto Alcan et compléter l’œuvre de René Lévesque de 1962. D’autres craignent, par contre, qu’une telle action entraîne le départ de Rio Tinto Alcan. Alexandre Cloutier s’en fait l’écho.

La question est complexe. Certains rappellent que, sous un gouvernement de Bernard Landry, l’Alcan s’était associée avec l’aluminerie Alouette, sur la Côte Nord, contre le géant Alcoa, et n’avait pas hésité à payer au tarif L Grande Entreprise un bloc de 500 Mw, tout en garantissant la création de 1 000 emplois en 2e et 3e transformations.

Toujours est-il que M. Cloutier est prêt à s’asseoir avec le Syndicat et les travailleurs pour trouver des solutions. « Chose certaine, déclare-t-il, il faut établir un nouveau rapport de forces pour corriger la situation. Il faut, à tout le moins, se préparer à de nouvelles négociations avec Rio Tinto Alcan, lorsque l’entreprise sera en mode demande. »

Le débat sur les droits hydrauliques de Rio Tinto Alcan, on le sent, ne fait que commencer.