Caracas n’a pas de leçon de démocratie à recevoir

Le socialisme du XXIe siècle d’Hugo Chavez gagne en popularité

Le National Post, au lendemain de la mort du président Hugo Chavez Frias, titrait dans ses pages internationales (traduction libre): « Bon débarras d’un dictateur : la mort de Chavez est célébrée par les uns, et donne espoir aux autres ». En éditorial, dans La Presse, Mario Roy parle de l’héritage « médiocre » de ce président « autoritaire », « populiste » et « porté à la mégalomanie ».

Et dans leurs messages de condoléances, le premier ministre Stephen Harper et le président Barack Obama – qui n’ont jamais refusé une invitation d’affaires du très démocratique Parti communiste chinois – ont tout de suite fait référence au bien de la démocratie et à l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire du Venezuela.

Ce ne sont là que quelques exemples du discours à la mode, aussi bien dans les médias de masse que dans les circuits officiels des hautes sphères de la politique. En fait, cette attitude, parfois due à l’ignorance mais plus souvent encore à la malhonnêteté, est assez représentative de ce qui est dit et écrit en Occident sur le personnage qui vient de s’éteindre.

Malhonnêteté, oui. Notez-le bien : presque tous les arguments des détracteurs du gouvernement Chavez se limitent à des accusations à l’emporte-pièce rarement soutenues par les faits.

Il semble que, pour tous les Jon Lee Anderson (New-Yorker) ou les Doug Saunders (Globe and Mail) de la droite mercantile, il suffit de répéter ad nauseam que la liberté de la presse souffrait à Caracas ou que les opposants étaient « intimidés » par les « Chavistas » pour démontrer que le Venezuela sort de 14 ans de dictature.

Des preuves ? Aucune, sinon quelques récits anecdotiques ou les rapports de Human Rights Watch, le seul organisme qu’ils peuvent citer et qui, par ailleurs, est aussi accusé (entre autres par son fondateur et ex-président Robert L. Bernstein) d’obéir aux consignes de Washington (ennemi juré de Hugo Chavez).

Les ténors de la « politique raisonnable », les démocrates et les républicains, les libéraux et les conservateurs, luttent pour ainsi dire avec l’énergie du désespoir. Loin d’être l’échec qu’ils attendaient, le « socialisme du XXIe siècle » gagne en popularité, non seulement en Amérique latine, mais ailleurs.

Ils sont de plus en plus nombreux à comprendre dans les pays en voie de développement que leurs génuflexions devant les « investisseurs étrangers » et devant Washington ne servent à rien.

La mort du président bolivarien en est un éloquent témoignage : bien que le discours anti-Chavez domine encore sur la place publique occidentale, jamais le parachutiste de Sabaneta n’a pu compter sur un tel soutien dans les pays dits développés.

Au Québec, Le Devoir , a notamment dépeint la personne de Hugo Chavez en des termes sympathiques. Pourtant, c’est du Royaume Uni, à travers un article du Guardian (Chavez kept his promise to the people of Venezuela de Oscar Guardiola-Rivera) que nous provient l’un des meilleurs exemples de cette nouvelle perception du chef d’État.

L’éditorial britannique s’appuie sur des données provenant de sources neutres. Il rappelle par exemple que le nombre de familles vivant sous le seuil de la pauvreté au Venezuela est passé de 55 % en 1995 (3 ans avant que Chavez ne prenne le pouvoir) à 26 % en 2009.

Il souligne même les succès économiques du gouvernement bolivarien, au grand dam de la droite qui se fait toujours un point d’honneur de discréditer systématiquement – et encore une fois, souvent sans preuve – le bilan économique de la présidence de Hugo Chavez (ex., réduction du taux de chômage de moitié en 10 ans).

En 14 ans au pouvoir, le gouvernement Chavez a presque réussi à éliminer l’analphabétisme au Venezuela. L’accès à l’eau potable, aux services de santé, à l’éducation universitaire et même à la propriété a connu une hausse sans précédent pour les classes les plus pauvres.

Pour financer ses programmes, Hugo Chavez a doublé l’impôt (jusque-là dérisoire) payé par les oligarques du pétrole, à peine après avoir mis en place son premier gouvernement. Jamais un président n’avait osé faire une chose pareille dans ce pays.

Pas étonnant d’ailleurs qu’en 2002, une grève générale (plutôt un lock-out) dans l’industrie pétrolière ait servi de prétexte à la seule tentative de reversement de Hugo Chavez.

Le « dictateur » Chavez a remporté, en 14 ans, quatre élections et un référendum sur sa propre révocation. À titre de comparaison, rappelons qu’au Canada, il est impossible, même avec une pétition signée par tous les citoyens d’un océan à l’autre, de révoquer un élu (de quoi réjouir le maire de Mascouche !).

Rappelons aussi que le dernier premier ministre québécois à avoir récolté un appui populaire aussi important qu’Hugo Chavez lors de son pire résultat électoral est Robert Bourassa en 1985. Il avait récolté 56 % des voix.

Et pour ceux ou celles qui seraient tentés de mettre en doute la valeur des résultats électoraux, disons seulement que tous les scrutins (présidentiels, régionaux, législatifs, référendaires) ont été validés par l’ensemble des observateurs internationaux (ONU, OEA, et même l’ancien président américain Jimmy Carter !).

Caracas n’a de leçon de démocratie à recevoir de personne, et encore moins d’un pays comme le nôtre qui a toujours un monarque comme chef d’État.

Oui, Hugo Chavez avait bien des défauts. Mais surtout, il n’avait rien à voir avec le modèle de politicien qui s’est imposé chez-nous, comme dans le reste de l’Occident d’ailleurs. Ce n’était pas un « négociateur », un « chercheur de consensus », un « metteur d’eau dans son vin ».

C’était d’abord un soldat; expéditif, parfois grossier, et personne, à raison, ne vante ses talents de diplomate. Il n’empêche qu’au nom de ceux qui versent présentement des larmes sincères pour leur défunt président, un devoir de vérité s’impose.

On dit que l’Histoire donne toujours raison aux vainqueurs. Si c’est le cas, et alors que se joue l’avenir de la Révolution bolivarienne, nous saurons très bientôt quel souvenir gardera la postérité du flamboyant leader latino-américain.

Mais quoiqu’il advienne, el Commandante Chavez vivra encore longtemps dans le cœur de ces millions de vénézuéliens, les pauvres surtout, pour qui il a incarné l’espoir et la dignité.