L’offre salariale du ministère est dérisoire

Après deux ans de négos et dix ans d’économie sur le dos des sages-femmes

Le gouvernement du Québec annonçait dernièrement la création prochaine d’une maison de naissance sur le territoire du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, à Montréal.

Si le Regroupement Les Sages-femmes du Québec (RSFQ) accueille l’annonce avec joie, impossible cependant de passer sous silence les tumultueuses négociations en cours entre l’association professionnelle des sages-femmes et le gouvernement du Québec.

« Les études pleuvent et il est clairement démontré que les sages-femmes font économiser de l’argent au gouvernement. C’est la continuité relationnelle offerte par les sages-femmes et leur disponibilité qui donnent d’aussi bons résultats. Tout le monde dit que la continuité, c’est fantastique, que ça coûte moins cher, mais le ministère ne veut pas payer les heures de gardes. C’est incohérent alors qu’il dit vouloir ouvrir plus de maisons de naissance, déplore la présidente du RSFQ, Claudia Faille, dans une entrevue accordée à l’aut’journal. Nous, ce qu’on dit, c’est que le gouvernement fait des économies sur le dos des sages-femmes depuis dix ans et qu’il faut que ça cesse. »

Une récente étude, menée par une chercheuse du King’s College London de Grande Bretagne, Jane Sandall, révèle que les femmes enceintes suivies par une sage-femme sont moins susceptibles d’accoucher prématurément et qu’elles ont moins besoin d’interventions médicales. Les chercheurs concluent, par ailleurs, que toutes les femmes devraient être encouragées à faire appel à une sage-femme, sauf en cas de problèmes médicaux ou obstétricaux.

Les conditions de travail des sages-femmes font l’objet d’une entente de services avec le ministère de la Santé et des Services sociaux datant de 2004. Visée par le décret du secteur public en 2005, aucune négociation pour le renouvellement de l’entente n’était possible avant le 1er avril 2010. Le RSFQ s’est donc présenté en juin 2011 avec un projet de convention collective complètement redessiné.

Le RSFQ réclame la parité de la rémunération des heures de gardes et des horaires défavorables avec les autres professionnels du réseau de la santé.

Claudia Faille explique que les professionnels du réseau reçoivent une heure de salaire pour huit heures de garde. Les médecins en obstétrique reçoivent plutôt un montant forfaitaire annuel pour les heures de gardes. Les sages-femmes, quant à elles, sont rémunérées 8 $ pour huit heures de garde. « C’est un dollar de l’heure ça ! Il faut savoir que les sages-femmes font dix jours de garde sur quatorze. »

Concernant les primes pour les horaires défavorables, « nous n’en avons pas, contrairement aux professionnels du réseau. Nous voulons une rémunération équitable. » Elle explique, par exemple que, lors d’un transfert à l’hôpital en pleine nuit, « le personnel en obstétrique au travail sur place recevra une prime. Mais pas la sage-femme, qui poursuit pourtant son travail sur place, même si ça devient un travail d’accompagnement. »

Pour Claudia Faille, il est évident que les sages-femmes ne sont pas reconnues à la hauteur de leurs compétences et que les responsabilités liées à leurs fonctions sont niées. « Notre statut est similaire à celui des médecins de famille qui pratiquent en obstétrique. Dans ce cadre précis, nous avons une formation similaire [un baccalauréat de quatre ans et demi], les mêmes responsabilités et la même charge face à l’acte médical qu’est l’accouchement. »

Le salaire annuel des sages-femmes au Québec se situe autour de 50 000 $, 55 000 $ en comptant les primes et les gardes. En Ontario, elles gagnent jusqu’à 92 000 $ par année pour du temps complet et jusqu’à 124 000 $ en Colombie-Britannique.

Après deux ans de négociations, c’est l’impasse. La présidente de RSFQ s’indigne du peu de progrès et du fait que des « luttes acharnées » aient été nécessaires pour l’obtention de réponses à des demandes à coûts nuls pour le ministère, telles que la retraite progressive et les congés sans solde pour du travail humanitaire et de la formation liée à l’avancement de la profession.

« Nous n’avons cessé de couper dans nos demandes. C’en est assez ! Le gouvernement méprise notre pratique et notre expertise professionnelle. S’il s’agissait d’un groupe de médecins, ça ne se passerait jamais comme ça. Mais nous ne sommes qu’un petit groupe de femmes qui représentent des femmes… »

Après un blitz de négociations de trois jours à la mi-août, l’offre du ministère est jugée nettement dérisoire par le RSFQ. « Elle représentait en gros une hausse de 375 $ par année par sage-femme à temps complet, ce qui ne représente que le tiers des sages-femmes. Rien pour les autres. La grande majorité travaille 28 heures par semaine, justement en raison des exigences des horaires et des gardes. En plus, il faut savoir qu’ils ont affirmé qu’aucune rétroaction ne serait versée pour les gardes. Ils nous niaisent et gagnent du temps, et de l’argent. »

Il y a actuellement dix maisons de naissance au Québec, auxquelles s’ajoutera sous peu celle du CSSS Jeanne-Mance, la 3e à Montréal. D’autres projets sont en cours partout au Québec.