La FTQ tournera-t-elle la page ?

30e Congrès de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

C’est sans surprise que Daniel Boyer a été élu par acclamation à la présidence de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) en clôture du 30e Congrès de l’organisation, qui se tenait au Centre des congrès de Québec, du 25 au 29 novembre derniers.

Rappelons brièvement qu’il n’y aura finalement pas eu de lutte électorale à la présidence ; l’autre candidat, Claude Généreux, annonçant tout juste avant la fermeture des mises en candidature, qu’il briguait plutôt le poste de secrétaire général aux côtés de Serge Cadieux et de Michel Parent.

Les délégués ont finalement élu Serge Cadieux avec 64 % des voix au terme d’une élection à scrutin secret.

En conférence de presse, les questions sur l’éthique, la Commission Charbonneau, le ménage au sein de la FTQ et sur le Fonds de solidarité FTQ ont occupé la période de questions. L’équipe Boyer-Cadieux incarne-t-elle la continuité ou le changement ? « Si vous parlez de la Commission Charbonneau, ce n’est pas la FTQ qu’on veut. (…) Il y a eu du ménage, la page est tournée. »

Serge Cadieux assure que la FTQ d’aujourd’hui est saine et en santé. « Sur le plan de l’éthique, on doit être irréprochables », ajoutant : « C’est sûr qu’on n’a plus le droit à l’erreur. »

Le Congrès de la FTQ, c’est d’abord et avant tout l’instance la plus large de la centrale syndicale, qui regroupe quelque 600 000 membres. Plus de 1 400 délégués ont participé aux débats, aux échanges et ont contribué à élaborer le plan d’action qui guidera la FTQ pour les trois prochaines années.

Au centre des préoccupations des militants et de l’organisation se trouvent l’impact des législations « right to work » aux États-Unis, les projets de lois C-525 imposant un vote d’accréditation obligatoire et C-377 obligeant les syndicats à divulguer les sommes allouées à d’autres fins que les relations de travail, et les remises en question de la formule Rand.

Lors des travaux en commissions, les délégués ont discuté des « attaques de la droite », du rôle des syndicats dans le développement économique et la création d’emplois au Québec, ainsi que de leur place dans les débats sociaux.

Une résolution déposée d’urgence proposait que la FTQ accorde un appui « prudent » au projet de loi 60, encourage l’Assemblée nationale à inscrire la neutralité religieuse de l’État, le caractère laïque des institutions publiques, le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que des balises quant aux demandes d’accommodements religieux dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Elle proposait aussi que la FTQ s’oppose à l’interdiction totale du port des signes religieux visibles par les employés de l’État, exception faite des figures d’autorité publique détenant un pouvoir coercitif.

Elle a finalement été rejetée après une heure trente de débats qui ont divisé la salle.

Si les principes fondamentaux de la première partie de la résolution font consensus, c’est l’existence de la Charte elle-même et de l’interdiction du port des signes religieux pour les employés de l’État qui posent vraiment problème.

La deuxième partie de la résolution devait pourtant refléter cette inquiétude exprimée dans les rangs syndicaux.

Soit ce n’était pas suffisant, soit la résolution a été en partie mal comprise sur le plancher du Congrès. C’est à tout le moins une des explications qui circulaient dans les couloirs du Centre des congrès après la tenue du vote.

La montée du religieux et de l’intégrisme dans la société québécoise dérange, mais la tendance est plutôt pour une laïcité dite inclusive en fonction des valeurs syndicales et de l’intégration des personnes immigrantes.

Les congédiements prévus par le projet de loi 60 représentent, aux yeux de nombreux délégués, une mesure inéquitable. Plusieurs ont d’ailleurs souligné que l’exclusion par le congédiement va à l’encontre de l’intégration, compte tenu du fait que l’accès au marché du travail est un moteur d’intégration.

L’autre débat attendu était celui portant sur les clauses de disparités de traitement, ou « clauses orphelins ». Les délégués ont appuyé une résolution pour que des pressions soient exercées sur les syndicats locaux afin qu’ils s’abstiennent de recommander à leurs membres de nouvelles clauses de disparités de traitement, ou l’apparence de telles clauses.

La FTQ fera aussi pression auprès des gouvernements pour faire adopter une loi et des dispositions interdisant clairement ces pratiques.

Renforcer le mouvement syndical, ses capacités de représentation et de défense des travailleurs, l’action politique des syndicats, former des militants, rejoindre les membres et agir sur l’opinion publique, tel est le programme d’une campagne de mobilisation qui sera mise en œuvre par la FTQ.

Des États généraux sur le renouveau syndical pour réfléchir sur les pratiques syndicales, faire face aux attaques de la droite et organiser une mobilisation rassemblant des organisations de la société civile autour d’un plan d’action seront tenus d’ici trois ans.

Une résolution sur la défense des droits syndicaux a été adoptée, demandant que la FTQ, de concert avec ses syndicats affiliés et le CTC, fasse pression en vue du maintien de la formule Rand et combatte toutes les attaques contre le mouvement syndical, dont les projets de lois C-377 et C-525.

Une autre résolution adoptée demande que des pressions soient exercées pour faire retirer du projet de loi C-4 les modifications au Code canadien du travail relativement à la nouvelle définition de la notion de danger qui limite, entre autres, le droit de refus des travailleurs et la présence d’un agent de sécurité sur les lieux de travail.

Concernant l’Accord économique et commercial global, la FTQ insistera auprès des différents paliers de gouvernements pour que les textes et les documents d’analyses de cet accord soient divulgués et qu’un débat public ouvert soit rendu possible, par des consultations publiques élargies et une commission parlementaire.

Les délégués ont adopté une déclaration de politique sur l’énergie qui revendique, notamment, la mise en œuvre de mesures transitoires équitables pour les travailleurs et les communautés affectés par des pertes d’emplois causées par des changements vers une économie verte, et la participation des entreprises et de l’État dans le financement de ces programmes de soutien.

La FTQ réclame du gouvernement l’élaboration d’une politique sur l’énergie cohérente et articulée autour d’une politique industrielle qui préconise la gestion collective des ressources énergétiques, la création d’emplois et l’implantation d’industries de deuxième et de troisième transformation.

Dans l’éventualité où le Québec exploiterait les hydrocarbures, la FTQ revendiquerait la création d’une société d’État responsable du développement des ressources fossiles, le respect de normes socio-environnementales plus strictes et une plus grande responsabilité financière des entreprises en cas de dommages environnementaux.

La déclaration comporte aussi un volet sur l’électrification des transports collectifs. Le Congrès a d’ailleurs adopté une résolution appuyant le projet Monorail Grande Vitesse de TrensQuébec et sa fabrication au Québec.