Plafond de verre dans les rangs de la FTQ

L’égalité dans l’emploi et l’équité salariale ne règlent pas tout

Même si la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) compte un nombre de plus en plus élevé de femmes parmi ses membres, elles sont toujours sous-représentées dans les structures syndicales, spécialement dans les hautes sphères.

En 2012, les femmes représentaient 37 % des effectifs de la FTQ, estimés alors à 545 000 membres. Une proportion en hausse par rapport à 1989, dernières données compilées. Elles comptaient alors pour 33 % des membres. Ces données sont tirées d’une étude, présentée à l’occasion du congrès de la FTQ en novembre dernier, dressant un portrait des femmes au sein de la centrale.

L’étude révèle que leur représentativité dans les exécutifs des syndicats locaux est similaire à leur taux de présence générale. Par contre, leur représentativité au sein de l’exécutif des grands syndicats est deux fois moindre que dans les effectifs de la FTQ.

Autrement dit, les femmes prennent de plus en plus de place dans les structures syndicales locales, où elles sont très présentes aux postes de secrétaire et trésorière. Cependant, plus on monte dans la hiérarchie, moins elles sont présentes, parfois quasiment absentes.

Dans les instances de la FTQ, c’est-à-dire au Conseil général et au Congrès, elles sont sous-représentées.

Fait intéressant, les obstacles à l’engagement des femmes dans les structures syndicales identifiés par l’étude semblent sortis d’une autre époque. La moitié (51 %) des répondantes ont identifié les préjugés, les jugements, le harcèlement et la non-reconnaissance comme principaux obstacles. Comme quoi les milieux syndicaux ne sont pas nécessairement différents lorsqu’il s’agit de la place des femmes.

Les répondantes ont ensuite identifié le fonctionnement organisationnel, la surcharge, les contraintes et les conditions du travail syndical (28 %), la vie personnelle, la conciliation travail-famille, le manque de confiance en soi (13 %) comme des freins à un engagement plus important.

Le rapport propose des pistes de solutions en identifiant aussi les mesures qui, selon les répondantes, faciliteraient l’engagement syndical des femmes : soutien, réseautage, mentorat, formation, conditions de travail, horaires, services de garde, conciliation, égalité homme-femme, reconnaissance.

Depuis 1989, les obstacles identifiés sont les mêmes. L’égalité en emploi et l’équité salariale ne règlent pas tout. Les femmes disent clairement qu’elles subissent de la discrimination, du harcèlement, mais sous des formes plus subtiles. Rappelons qu’il s’agit d’un rapport sur leur présence dans les structures syndicales, non pas en milieu de travail.

Les stéréotypes ont la vie dure et les préjugés sont tenaces. Force est de constater, selon ce rapport, que les organisations syndicales ont toujours, même en 2013, une « culture machiste », glissant vers une « culture masculiniste qui banalise et nie la discrimination systémique et la violence que vivent les femmes. »

Les répondantes ont indiqué vouloir, notamment, du temps pour exercer leurs fonctions syndicales sans surcharge, du respect et de la considération, du soutien dans leur cheminement de militantes, de l’accueil par les structures syndicales, et de l’ouverture à leurs idées et leur vision. Autrement dit, elles veulent « humaniser l’engagement ­syndical ».