La recherche économique au service du patronat

Le campus de l’Université Laval donne l’impression d’un parc industriel

Ça continue à grande vitesse, le contrôle de la recherche économique universitaire par le patronat. Contrôle absolu de l’orientation et du type de recherche qui sera privilégié par le privé, qui ne financera toutefois qu’une infime partie des coûts.

Ça revient à dire que la population paie pour se faire farcir la cervelle par des universitaires qui se vendent aux grosses compagnies pour une poignée de dollars. Des professeurs de service, quoi ! La boucle est ainsi bouclée pour l’atteinte des objectifs visés par le patronat, qui peut ainsi accoler un certain vernis scientifique aux études biaisées de leurs professeurs universitaires commandités.

Déjà, le privé finance et contrôle plusieurs organismes privés de recherche, dont les rapports orientés sont largement reproduits et commentés, toujours favorablement, dans les médias qu’il détient : Conference Board, C.D. Howe Institute, Fraser Institute, Institut économique de Montréal, Cirano.

Sans compter les nombreuses études et les sondages-maisons hebdomadaires produits par leurs associations patronales : Conseil du patronat, chambres de commerce, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (mais beaucoup dépendante de l’État pour son financement), Association des banquiers, des pétrolières, des pharmaceutiques, des forestières, des minières, des alumineries. Il y a aussi leurs comptables-vérificateurs, comme KPMG et PriceWaterhouseCoopers.

Oh, j’oubliais les milliers de lobbyistes, leurs firmes de relations publiques, et leur publicité démagogique, qu’ils se paient régulièrement à gros prix dans tous les médias. Ça en fait énormément, mais ce n’est pas assez pour la classe dominante, qui finance maintenant la recherche universitaire et des professeurs attitrés à vil prix.

D’un autre côté, nos gouvernements coupent les fonds et le nombre de chercheurs et de scientifiques à Statistique Canada, à l’Institut de la statistique du Québec, et dans ses propres universités. Des chercheurs et des scientifiques qui produisaient des études économiques vraiment objectives et indépendantes des gouvernements, du patronat, des syndicats.

De nos jours, les gouvernements en place privilégient les pseudo-partenariats dits publics-privés dans toutes nos institutions d’enseignement. Et tant pis pour la démocratie ! Ceux qui pensent que les centres de recherche universitaire investis par le privé vont quand même produire des recherches objectives et neutres sont dangereusement naïfs, incroyablement ignorants, et full-pin « brainwashés ».

Actuellement, le patronat finance plusieurs centres, chaires, instituts, rattachés à nos universités québécoises en économie, en fiscalité, en santé, en responsabilité sociale, en pharmaceutique, en foresterie.

Je le répète, pour seulement quelques dollars investis, les compagnies contrôlent effectivement ces organismes de recherche.

Le 17 décembre 2013, Le Devoir titrait : « HEC. Énergie : une chaire de recherche financée par le secteur privé ». Financée, entre autres, à hauteur de 100 000 $ chacun pour cinq ans par Enbridge, Valero, Gaz Métro, Pétrolia, Boralex, la Banque de Montréal et PriceWaterhouseCoopers.

Naturellement, le nouveau titulaire, le professeur Pierre-Olivier Pineau, chroniqueur régulier à La Presse, a juré la main sur le cœur qu’il conserverait, malgré les faits, son indépendance et qu’il n’aurait aucun conflit d’intérêts. Ben oui, Pierre-Olivier, on a une pognée dans le dos.

Puis, autre bonne nouvelle, le 14 février 2014, Le Devoir titrait : « Goldcorp devient partenaire de l’Université Laval à Québec ». Afin de créer la Chaire de recherche et d’innovation Goldcorp en droit des ressources naturelles et de l’énergie, Goldcorp allonge un million sur cinq ans et le cabinet d’avocats (probablement au nom d’un client qui veut demeurer anonyme) Fasken Martineau un beau montant de 250 000 $.

Déjà, à l’Université Laval, plusieurs pavillons portent le nom d’un commanditaire privé. Lorsque vous promenez sur le campus de cette digne institution de haut savoir, vous avez l’impression d’être dans un parc industriel ou un centre commercial.

Mes amis, ce qui est encore plus grave, plus dangereux et plus indécent, c’est que ces chaires universitaires financées par le privé n’achètent pas seulement les services de professeurs, mais aussi d’étudiants à la maîtrise et au doctorat, dont les mémoires et les thèses seront subventionnés par ladite chaire, s’ils choisissent des sujets d’études « pertinents » et « scientifiques ».

Il en résultera ainsi des milliers d’heures de travail consacrées gratuitement à des intérêts privés par des étudiants financés par les fonds publics. Très belle affaire.

Enfin, le 20 février 2014, Le Devoir titrait : « Bachand présidera l’Institut du Québec. Le nouveau laboratoire d’idées est né d’une alliance entre HEC Montréal et le Conference Board du Canada ». Bachand, c’est l’ex-ministre libéral des Finances, récemment embauché par la firme d’avocats (les lobbyistes par excellence) Norton Rose Enlbright, un bureau qui est au service de la grosse gomme ­privée.

Ils n’ont pas beaucoup de clients de la classe moyenne. Alors, ceux qui pensent que Raymond Bachand travaille pour le bien commun et l’intérêt général devraient consulter un psy.

Le Conference Board, un immense et puissant organisme de recherche privé, présent partout au Canada, étend donc son emprise encore plus au Québec, en se payant des universitaires et des étudiants des Hautes Études Commerciales de Montréal et un ex-ministre libéral, farouche partisan de la tarification des services publics et du concept moins d’État et plus de privé.

Sans même rire, et sans même se garder une petite gêne, le nouveau directeur du centre de recherches, le professeur Robert Gagné, favorable à une hausse de la TVQ à 18 %, rien de moins (Journal de Montréal, 29 janvier 2014), a dit qu’il n’y aura pas de credo idéologique. Que voulez-vous, on aime se payer la tête du monde !

Le nouveau centre était très fier de clamer qu’il pourra puiser dans un bassin de 400 professeurs des HEC et de ses milliers d’étudiants. Tout simplement merveilleux.

Et si c’étaient les syndicats qui avaient financé trois organismes de recherche universitaire, plusieurs auraient grimpé dans les rideaux et crié à la propagande, à l’infiltration d’idées socialistes et même communistes, à l’université, et à l’endoctrinement forcé de nos jeunes étudiants pris en otage par des professeurs au service de la classe ouvrière.

Ah oui, on aurait parlé du dangereux retour de la lutte des classes. Mais le privé, c’est pas pareil ! Ses représentants sont totalement désintéressés et luttent avec acharnement contre les inégalités économiques.

Preuve que le Conference Board est avant tout au service du peuple, on retrouve à son conseil d’administration des dirigeants de General Electric, Cisco System, CGI, McCarthy Tétreault avocats, IBM, Trans Alta, Shell, KPMG, London Drugs, Xerox. Beaucoup de représentants de filiales canadiennes de transnationales américaines.