Couillard et l’approche « bully » des conservateurs

Négos du secteur public : la bataille de l’opinion publique

*L’année 2015 se présente comme haute en rebondissements politiques pour le Québec. Avec les négociations dans le secteur public, l’atteinte du sacro-saint déficit zéro et Pierre Karl Péladeau qui tente de se faire élire comme chef du Parti Québécois, on peut dire qu’un fort vent de droite soufflera sur le Québec et que la gauche sera fort occupée.

Le renouvellement des conventions collectives du secteur public avec, en toile de fond, l’atteinte de déficit zéro, ramène à l’avant-plan l’idéologie de droite en matière de finances publiques, mais aussi « l’approche bully des conservateurs ». Es-tu avec nous ou contre nous ?

Il y a quelques semaines, j’écoutais Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor du Québec, en entrevue à Radio-Canada. À entendre son discours sur les finances publiques, l’offre gouvernementale aux travailleuses et travailleurs de l’État, et son appréciation des syndicats dans ces dossiers, on peut dire sans hésitation que le gouvernement Couillard et le gouvernement Harper ont la même idéologie et mènent le même combat.

Sans le savoir, les Québécois ont élu, sur de fausses représentations, un gouvernement conservateur au Québec. Dans cette même entrevue, Martin Coiteux affirmait que les syndicats doivent participer et faire des efforts, comme tous les Québécois, pour l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Il déclare que nous ne sommes plus en 1970, mais bien en 2015, que les syndicats ne revendiquent que pour leurs membres, et que l’idée de repousser le déficit zéro d’un an ou deux n’est que du « pelletage par en avant », puisque les centrales syndicales ne proposent rien. Il pose donc la question : qu’allons-nous faire après ce report ?

Dans un contexte de négociation de conventions collectives des travailleurs de l’État et des mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard, il est normal que les enjeux des négociations se transportent sur la place publique. L’opinion publique occupe, en effet, une place importante dans le rapport de forces entre les parties dans la négociation.

Le gouvernement place les contribuables dans le siège de l’employeur, puisque c’est avec leurs taxes et leurs impôts que tout est payé. Les chroniqueurs de droite, porte-voix de l’idéologie dominante, martèlent les mêmes idées, c’est-à-dire que la plupart des fonctionnaires ne font rien, qu’ils ne sont pas productifs et sont trop nombreux.

Leur dernière trouvaille : Il n’est pas normal que les travailleurs de l’État bénéficient d’avantages que la plupart de contribuables n’ont pas. Ce discours a largement été utilisé dans le débat sur les régimes de retraite. On a tous entendu cette phrase, répétée sans fin, qu’il n’est pas normal que les citoyens paient un régime de retraite aux travailleurs municipaux, puisqu’ils n’ont pas eux-mêmes ce type de régime.

Les centrales syndicales ont aussi besoin d’une opinion publique favorable à leurs revendications, mais face à la répétition sur toutes les tribunes du discours de droite sur l’état désastreux des finances publiques, l’incapacité de payer des contribuables, les conditions de travail fabuleuses des travailleuses et travailleurs de l’État, il est difficile de tirer son épingle du jeu.

Que les enjeux de négociation du secteur public se retrouvent sur la place publique, on peut le comprendre. Que les chroniqueurs, porte-voix du discours de droite, martèlent l’idéologie de droite à coup de demi-vérités et de raccourcis intellectuels, on doit s’y attendre, puisque c’est leur façon de faire.

Que le président du Conseil du trésor utilise la même façon de faire, c’est désolant. D’affirmer, comme il l’a fait en entrevue, que les syndicats ne veulent pas participer et ne veulent pas faire d’efforts comme l’ensemble des Québécois, qu’ils n’ont pas évolué depuis les années 1970, qu’ils ne revendiquent que pour leurs membres et, finalement, qu’ils ne proposent absolument rien pour assainir les finances publiques est complètement faux.

Les centrales syndicales pourraient se contenter de ne revendiquer que pour leurs membres et personne ne pourrait les blâmer, puisque le rôle d’un syndicat est, à la base, de revendiquer et représenter ses membres et non toute la société. Mais, heureusement, il en est autrement.

De tout temps, les centrales syndicales ont participé aux débats politiques. Grâce aux luttes des syndicats et d’autres acteurs sociaux, nous avons obtenu une société plus égalitaire.

Les centrales syndicales participent et présentent des alternatives intéressantes dans bon nombre de commissions parlementaires. Cela a été le cas à la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, mais il semble que le président du Conseil du trésor n’y ait pas porté attention, puisqu’il prétend que les syndicats ne présentent aucune alternative, à moins que ce soit un oubli volontaire de sa part.

Tous ces non-dits et demi-vérités sont assimilables à de la malhonnêteté intellectuelle et à du mépris envers les travailleuses et travailleurs de l’État et la population.

Lors d’une négociation avec une multinationale américaine, alors que j’étais le porte-parole syndical, l’employeur nous a fait une présentation sur la situation économique de l’entreprise et nous a exposé sa vision de l’avenir.

Un des principaux objectifs de l’entreprise était de devenir la meilleure au monde pour ses clients. Ses dirigeants voulaient être en mesure d’offrir plus à la clientèle en ce qui a trait à la qualité des produits et des services.

J’avais alors répondu à l’employeur que le syndicat était totalement d’accord avec cette vision. (Nous étions en 2009, alors M. Coiteux, ce n’était pas si mal pour de supposés rétrogrades accrochés aux années 70.) La réunion s’est poursuivie et j’ai enchaîné en leur demandant pourquoi n’avaient-ils pas la même attitude envers leurs travailleurs ? Pourquoi ne voulaient-ils pas être les meilleurs au monde pour leurs travailleurs, faisant en sorte que cette entreprise aurait été aussi performante tout en offrant des produits de qualité ?

L’employeur m’avait alors répondu : « Très bonne question M. Martin, mais c’est que nous n’avons jamais eu l’intention d’être les meilleurs au monde pour nos travailleurs; on veut se situer dans la moyenne des employeurs ».

Cette réponse avait le mérite d’être honnête, me diriez-vous, mais elle démontrait clairement tout le mépris de cet employeur envers ses employés.

Comme bénéficiaire des services que les travailleurs de l’État me procurent, je désire des services performants et de qualité, et je m’attends à ce que ces travailleurs aient un traitement qu’on pourrait qualifier de performant et de qualité, et non du mépris, comme malheureusement je le perçois actuellement.

*L’auteur est directeur adjoint du syndicat Unifor