Détruire le présent pour assurer l’avenir

Le gouvernement Couillard rappelle aux jeunes que Papa a raison !

Le 2 avril dernier, questionné au sujet de la grève étudiante contre l’austérité et les hydrocarbures, le Premier ministre Philippe Couillard a soutenu que son gouvernement était « l’allié des jeunes ». Une déclaration survenue quelques jours après la présentation du budget Leitão, annonçant le retour au déficit zéro et un strict contrôle de l’augmentation des dépenses.

Interrogé à ce sujet, Francis Fortier, coauteur de « L’État de la dette du Québec » et chercheur à l’IRIS, considère que l’attitude du gouvernement est paternaliste.

« M. Couillard se positionne en père de famille, qui sait ce qui est bon pour les jeunes. Il n’est pas à l’écoute de leurs revendications. En fait, même si les jeunes disent que ce sont les politiques actuelles qui dérangent, le gouvernement leur répond : Vous n’avez pas à vous en préoccuper, je m’en occupe ».

Le président du Conseil du trésor Martin Coiteux a aussi fait valoir que le gouvernement libéral agissait au nom de l’équité intergénérationnelle. « Je leur demande de réfléchir à qui travaille pour eux. Ceux qui disent : reportons à plus tard l’équilibre budgétaire, ils travaillent pour les jeunes ? Non ! »

Or, selon l’IRIS, les politiques actuelles sont loin de favoriser l’équité entre les générations. « On détruit tous les services publics. Voilà l’héritage qu’on laissera aux jeunes, un État qui assurera moins de services publics, un État moins présent pour les plus démunis, pour les familles dans le besoin, pour les personnes en recherche d’emploi. »

Et qu’en est-il de la dette ? M. Coiteux affirmait, le 2 avril, que de repousser l’atteinte de l’équilibre budgétaire, « c’est vraiment l’équivalent de dire : on remplit la carte de crédit, on ne la paye pas nous-mêmes, on vous la fait payer, à vous, les jeunes ».

Pour l’IRIS, certes la dette est plus élevée que celle des autres provinces canadiennes, mais le taux d’endettement du Québec se compare avantageusement aux autres pays de l’OCDE.

En réponse à la crainte exprimée que des investisseurs internationaux, détenteurs d’une partie de la dette, fassent pression sur la province, l’IRIS soutient que la dette est détenue en grande partie par des Québécois et des Canadiens.

En 2014, le tiers de la dette était contrôlé par le gouvernement par l’intermédiaire de la Caisse de dépôt ou le fonds de retraite de ses employés. En ce sens, il est donc impossible de comparer la dette d’un ménage à celle d’un État, parce que le gouvernement emprunte surtout à sa propre population.

De plus, ajoute Francis Fortier, « une bonne partie de la dette du Québec vient d’investissements dans les infrastructures; c’est ce qu’on appelle une bonne dette ».

Qu’en est-il dans cette perspective du projet du Plan Nord ? « Ces mesures sont très décevantes, affirme le chercheur de l’IRIS. C’est une stratégie archaïque, que même Robert Bourassa avait reléguée aux tablettes. Le danger est de concentrer la stimulation de notre économie dans un seul secteur, alors que ce secteur n’est pas actuellement profitable. »

La vision du Plan Nord se limite à l’extraction de ressources et à la construction de nouvelles infrastructures en région pour assurer des emplois.

« En favorisant une 2e et une 3e transformations, le gouvernement pourrait favoriser l’achat local, encourager les Québécois à acheter les produits fabriqués et transformés au Québec. Pour l’instant, c’est beaucoup plus de l’exportation. »

Il y a quelques semaines, Philippe Couillard a affirmé à l’Assemblée nationale que son gouvernement mettait tout en œuvre pour reprendre le contrôle des finances publiques. « Il est clair, affirmait-il, que, si on continue de dépenser plus qu’on gagne et empiler les déficits, ceux qui vont ramasser la facture, c’est la génération qui va nous suivre. »

Or, Francis Fortier émet de grandes réserves face à cette la stratégie du gouvernement. Le Québec serait une des rares provinces ayant choisi de couper dans les dépenses plutôt que d’investir dans la relance économique.

Il cite également l’exemple des États-Unis où, en temps de crise économique, des investissements importants sont effectués pour la relance de l’économie.

« Lorsque l’on diminue les dépenses de l’État, on observe inévitablement un impact. L’État n’est pas seulement celui qui dépense, c’est aussi un acteur économique important qui investit, qui stimule l’économie. En ce moment, le gouvernement Couillard ne regarde que la colonne des dépenses. »

Malgré cela, un sondage Léger, publié le 11 avril dans Le Devoir, nous apprenait que les Libéraux maintiennent leur avance dans les intentions de vote (37 %) et que 53 % des Québécois appuient la réduction du nombre d’employés de l’État et que 48 % sont d’accord avec la modulation des frais de service de garde.

Pourquoi le discours alarmiste au sujet de l’austérité est-il accepté, malgré les contrecoups sociaux ?

Selon Francis Fortier, les Québécois associent à tort un budget équilibré gouvernemental à celui d’un ménage. On comprend que le gouvernement dépense plus que ses revenus et on transpose cette conception à celle d’un budget familial.

« On nous promet des mesures incitatives une fois l’atteinte du déficit zéro réalisée. On ne réfléchit pas aux impacts à long terme des coupes actuelles : la réduction des services, à la fois pour le citoyen et l’ensemble de la société. »

Francis Fortier ajoute : « Nous sommes dans un monde où l’on se considère davantage comme des consommateurs, donc consommant des services publics, plutôt que comme des citoyens face à l’État. On s’imagine qu’on a de l’argent pour payer pour ces services par le biais de la tarification, Ceux qui n’ont pas l’argent, c’est qu’ils dépensent trop. C’est une logique marchande et consumériste. »