La Commission Charbonneau a déjà été oubliée

Chantal Racette, nouvelle présidente des Cols bleus

Le maire Coderre n’a pas téléphoné à Chantal Racette pour la féliciter, lors de son élection à la présidence du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal (Local 301, SCFP-FTQ). De toute évidence, Monsieur « Relations publiques » était bien informé et avait compris que celle qui se réclame ouvertement de l’héritage de Jean Lapierre ne serait pas du genre à se laisser amadouer par de belles paroles.

Quand on parle de l’héritage de l’ancien président des Cols bleus, il est question de sa fougue et de sa combativité, mais aussi de gains inscrits dans la convention collective.

« En 2003, l’administration Tremblay-Abdallah a renié sa parole, après la conclusion d’une entente de principe. Profitant de la loi sur les fusions municipales, l’arbitre Gilles Lavoie nous a imposé, entre autres, une convention collective qui nous a fait perdre 7 congés fériés, une semaine de vacances pendant 5 ans, des reculs au chapitre des assurances et a fait passer la semaine de 35 heures sur quatre jours, à 36 heures sur quatre jours. Nous voulons revenir là-dessus, récupérer notre dû », de déclarer Chantal, rencontrée dans les bureaux des Cols bleus, sur l’avenue Papineau à Montréal.

Embauchée comme journalière aux travaux publics en 1988, Chantal nous décrit avec une fierté non dissimulée sa progression jusqu’au poste d’opératrice de machinerie lourde, qu’elle occupe depuis l’an 2000.

« J’étais une des premières femmes aux travaux publics et la première femme opératrice de machinerie lourde. Au début, c’était rock and roll, mais je suis une fille qui a de la facilité à s’intégrer », explique-t-elle tout en soulignant l’appui de Carole Robertson de la FTQ et de Jean Lapierre.

À l’époque de Lapierre, les médias aimaient accoler l’image de « gros bras » aux cols bleus, occultant le fait qu’avec les programmes d’accès à l’égalité, mis en place sous sa gouverne, les femmes en étaient venues à représenter le quart des effectifs des cols bleus.

À peine six mois après son embauche, Chantal Racette s’engageait au sein du Comité de la condition féminine du syndicat. Par la suite, au vu de l’énumération qu’elle m’en fait, elle a sans doute participé à tous les comités du syndicat et en connaît donc tous les racoins.

Quand je lui demande quelles sont ses priorités, elle me répond, dans l’ordre, la sous-traitance, le régime de retraite et la récupération des acquis perdus avec la « sentence Lavoie ».

« J’ai l’impression qu’on a déjà oublié la Commission Charbonneau », lance-t-elle en abordant le sujet de la sous-traitance. « On a recommencé à redonner des contrats au privé sur une grande échelle », mentionne-t-elle y voyant un lien avec le renflouage des caisses électorales.

Pourtant, ce n’est pas la main-d’œuvre qui manque à la Ville avec 4 000 employés municipaux permanents et 2 000 auxiliaires. Sous la présidence de Jean Lapierre, on avait mis fin à l’hémorragie – il y a trente ans, on comptait 12 000 cols bleus – avec l’obtention d’un plancher de 4 000 emplois pour la ville d’avant les fusions.  Mais ce nombre est demeuré le même avec les fusions, qui ont vu le territoire s’agrandir, des 9 arrondissements de la ville d’origine, aux 19 arrondissements de la nouvelle ville.  

La fusion a aussi affecté les employés auxiliaires. « Auparavant, il y avait un pool central d’employés et la liste d’ancienneté était établie pour l’ensemble de la ville. Aujourd’hui, l’ancienneté se calcule par arrondissement. Un employé d’un arrondissement embauché en 2001 aura priorité sur un employé d’un autre arrondissement engagé en 1993. C’est une injustice qu’il faut corriger », plaide-t-elle en promettant de lutter pour des modifications à la Charte de la Ville.

Cela l’amène tout naturellement à s’en prendre au gouvernement et à l’Union des municipalités.  « Aujourd’hui, l’UMQ veut le droit de lock-out, alors que les maires ont déjà la loi sur les services essentiels, qui limite considérablement notre droit de grève. Ils veulent le beurre et l’argent du beurre. On ne laissera pas passer ça ! »

Interrogée sur l’état du mouvement syndical et le paysage politique, Chantal Racette est très critique. « Le monde syndical dort au gaz. Ce n’est pas normal que le Premier Mai, on manifeste dans une ruelle. C’est pas normal d’avoir élu Couillard et Harper. Ce sont les 99 % qui devraient être au gouvernement. Pas le 1 %. »

Elle se dit aussi extrêmement déçue du Parti Québécois. Quant à Québec Solidaire, elle reste perplexe : « On ne sait pas où ils s’en vont.  Moi, je serais pour un Parti des Travailleurs. »

De toute évidence, l’esprit de Jean Lapierre est toujours présent au Syndicat des cols bleus.