Postfaces

Comme une œuvre d’art

Pour maitriser sa propre folie, Maxime Olivier Moutier retourne aux études universitaires à l’âge de 37 ans.

Ce Journal d’un étudiant en histoire de l’art commence le jour de l’inscription  de l’auteur  à l’UQAM. Il est psychanalyste, travaillant de nuit  dans un centre de crise de Montréal,  au mi-temps de sa vie, père débordé de trois enfants, époux un peu blasé, dont l’amour pour sa femme, globe-trotteuse par profession, très souvent absente, s’est attiédi. Un homme ravagé par la maladie, au mal-être pathétique qui cherche à redonner un sens à sa vie.

Ce livre, rédigé sous forme de journal, est du grand art qui transporte le lecteur beaucoup plus loin qu’il ne l’avait souhaité.   Un vrai voyage dans le domaine de l’art contemporain que chérit l’auteur.  Pour Maxime Olivier Moutier – qui a tout de même commis une quinzaine d’œuvres littéraires –, l’écriture est dépassée si on la compare à l’expression audacieuse, au culot  de certains artistes en art contemporain.  Et de nous en faire la démonstration, en nous emmenant avec lui dans les grands musées de New York, de Paris, de Florence, et d’ailleurs. 

Ces presque cinq cents pages  remplissent la promesse de l’auteur qui souligne en sous-titre : « Une chance que la beauté existe. Heureusement que l’art est partout. »  Ce livre nous appelle à ouvrir l’oeil  à la beauté et à l’art.  Comme une panacée à la morosité du temps présent.

Journal d’un éudiant en histoire de l’art. Maxime Olivier Moutier, Marchand de feuilles, 2015

Aux armes, citoyennes !
 
11 brefs essais, sous la direction de Ianik Marcil, qui font le tour de la question sur la pratique de l’austérité du gouvernement Couillard.  11 essais  brefs qui démontrent que « les politiques d’austérité saccagent l’État, tel que nous l’avons collectivement bâti depuis des décennies, au détriment de la solidarité et de la justice sociale ».

11 brefs essais signés par des auteurs reconnus pour la pertinence de leurs propos et de leurs actions.

Une fois qu’on a pris connaissance et ou conscience des problèmes créés par les politiques d’austérité, reste à les combattre ou, à tout le moins, essayer de trouver une solution pour renverser la situation. Ce qui m’amène à citer surtout Alain Vadeboncœur (Mortelle austérité) qui en appelle à l’action, à la manifestation collective  pour signifier son désaccord. Non, ce n’est pas Hans Marotte (Paroles, Paroles) mais bien le bon docteur Vadeboncœur (fils de Pierre, bon sang ne peut mentir !) qui, s’adressant surtout aux femmes – selon lui, les plus touchées par les mesure de restriction – les appelle à rejeter la soumission, même à organiser la riposte.

« Dans le contexte de l’austérité, le gouvernement compte sur les femmes. Mais elles pourraient décider de montrer leur pouvoir et de tout faire pour subvertir la dévalorisation de leur travail. Ainsi, pour les femmes du secteur public, il est à envisager de faire la grève ;  pour celles qui travaillent dans le milieu communautaire, de perturber les services ; pour les étudiantes, d’organiser des moyens de pression ; pour les femmes non salariées, d’organiser une riposte. »

À bonne entendeure, salut !

11 brefs essais contre l’austérité pour stopper le saccage planifié de l’État. Direction : Ianik Marcil, Éditions Somme Toute, 2015

Le funeste héritage
 
Le terrorisme vous interpelle ?  Vous aimeriez savoir pourquoi le monde en est là ?  Qu’est-ce qui s’est passé ?  Où la machine a-t-elle grippé ? Sous la forme d’entretiens, Noam Chomsky et André Vltchek font le tour de la question depuis août 1945, alors que les États-Unis d’Amérique larguent les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, jusqu’à aujourd’hui.

La chronologie bâtie par Chomsky et Vltchek dans L’Occident terroriste rappelle 46 événements importants dans les affaires du monde, depuis la création des Nations Unies en octobre 1945, à l’adoption, par les membres divisés de ces mêmes Nations Unies, d’une résolution condamnant le gouvernement syrien de Bachar el-Assad.

C’était en août 2012. Cinq États membres, y voyant un appui flagrant aux forces d’opposition à son régime font obstacle : La Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et la Russie, qui vient tout juste  d’entrer en Syrie.

Noam Chomsky n’a pas besoin de longues présentations, ses écrits percutants l’ayant rendu célèbre dans le monde entier. André Vltchek est surtout connu comme  journaliste d’enquête. Il s’est trouvé sur le terrain dans des dizaines de pays en guerre, dont la Bosnie, la République démocratique du Congo et le Timor Oriental.

Dans son avant-propos, André Vltchek – qui veut être bien compris –  trace un portrait très humain de son savant interlocuteur qu’il qualifie de plus grand intellectuel du XXe siècle.

« Pour moi, Noam Chomsky est un homme qui aime les roses, qui sait savourer un bon verre de vin, qui peut parler avec chaleur et tendresse du passé et des gens qui ont croisé sa route un peu partout sur la planète. Un homme qui sait poser les bonnes questions et prendre le temps d’écouter attentivement la réponse de son interlocuteur. »

Pour André Vltchek, la vénération que Chomsky voue à Bertrand Russell,  dont il a adopté la pensée philosophique, le définit bien.  En fait, « trois pensées,  simples mais irrésistibles, ont commandé sa vie: le besoin d’aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ».

L’Occident terroriste est un livre éclairant et impitoyable. Un survol des événements marquants qui ont secoué la planète  depuis trois-quarts de siècle. Le lecteur peut décrypter les moments et circonstances où des maîtres de notre monde ont contribué sciemment ou non à fabriquer le chaos actuel.

Enfin,  les deux interlocuteurs critiquent de façon magistrale l’héritage funeste du colonialisme et l’exploitation éhontée des ressources naturelles de la planète exercée par les pays du Nord.  Les deux auteurs rappellent qu’il y a deux façons d’exercer le terrorisme, la « légitime », selon que l’on est du côté des tout-puissants-bien-pensants, style Bush, et son pendant, qui est nécessairement « illégitime ».

L’Occident terroriste, D’Hiroshima à la guerre des drones, Noam Chomsky et André Vltchek, Écosociété, 2015

Plus une affaire de lumière
 
Le livre de Véronique Côté et de Steve Gagnon était dans un des étalages « coups de cœur du libraire » chez Olivieri.  Le titre,  Chaque automne, j’ai envie de mourir, est venu me chercher en cet après-midi lumineux d’un automne qui se prend pour l’été qui ne veut pas s’en aller.  Mais on sait bien que ça ne « dourera » pas.

J’ai pris le livre et l’ai emporté comme un viatique pour quand la bise sera venue. La page couverture ne paie pas de mine. Gris comme l’automne qui s’en vient avec une moitié de fenêtre d’une maison de bois qui fait Abitibi des années ‘40.  Mais en dedans, quelle lumière !

Dès le départ, le lecteur trouve l’explication de cette page couverture plutôt morne. Sous le titre Cabane, la co-auteure Véronique Côté révèle qu’il s’agit de la maison où elle a grandi : Comme une cabane dans un arbre, mais sans l’arbre. Le ton est donné. Envoûtant !

Il m’a toutefois fallu attendre à la page 96 pour retrouver le thème  qui avait attiré mon attention.  Sous le titre inattendu Lapin, l’auteure s’explique. « Chaque automne, j’ai envie de mourir, mais pas dans le sens - pu exister du terme, ça va pas jusque là. C’est plus dans la peau, dans la respiration que dans le coeur. C’est plus une affaire de lumière qu’une affaire de mort. J’veux pas d’la mort, j’veux de la lumière ». Ainsi soit-il !

Les deux auteurs ont beaucoup de choses en commun, dont une certaine façon de voir et de dire les choses de la vie. Ils viennent, tous deux, du Conservatoire d’art dramatique de Québec et les 37 textes de ce petit livre ont d’abord été écrits pour être dits dans le cadre du Carrefour international de théâtre dans les rues de Québec, en 2009-2010.

Comme cet « automne » est écrit à deux voix, sans que les textes ne soient signés, j’ai cherché et trouvé l’autre auteur, Steve Gagnon,  par les thèmes, mais aussi et surtout par les accords féminins/masculins propres à la langue française.

Comme le précise l’éditeur : « Même s’ils ont été écrits pour être lus et joués, ces monologues, inspirés de véritables secrets, s’apprécient autant à la lecture grâce à cette langue québécoise si belle et si bien maniée par les auteurs. Il y a une vérité qui se dégage de tous ces textes auxquels on s’identifie facilement. Ils ressemblent à nos vies ».

Chaque automne j’ai envie de mourir, Véronique Côté et Steve Gagnon, Éditions H hamac, 2015