Bernie Sanders veut enclencher une révolution

L’adversaire le plus crédible d’Hillary Clinton

En mai dernier, le sénateur et ancien représentant au Congrès de l’État du Vermont, Bernie Sanders, a annoncé qu’il se lançait dans la course à l’investiture du Parti démocrate. L’ancien maire de Burlington, reconnu pour ses idées progressistes, allait rapidement devenir l’adversaire le plus crédible d’Hillary Clinton.

Actuellement bon deuxième, Bernie Sanders profite de l’absence de l’actuel vice-président Joe Biden dans la course (confirmée la semaine dernière) pour faire le plein d’appuis. Considéré comme le représentant de la base sociale-démocrate du parti, il force Hillary Clinton à se ranger plus à gauche pour rallier davantage d’électeurs, elle qui, à l’origine, voulait occuper une position plus centriste.

Sanders surprend par ses idées progressistes inspirées du mouvement Occupy. Il soutient, lors des débats télévisés, que les États-Unis sont menés par des élites financières, qui défendent leurs intérêts à l’encontre de l’intérêt général des Américains.

Sanders s’est prononcé en faveur de la gratuité scolaire (possible en « taxant Wall Street »). Il souhaite encadrer davantage les activités des banques, diminuer leur pouvoir sur le gouvernement et il s’oppose aux interventions militaires.

Le sénateur du Vermont reconnait les droits des peuples autochtones, défend la communauté LGBTQ, veut faire des États-Unis un leader mondial sur le plan des changements climatiques et souhaite l’accès gratuit aux soins de santé pour tous les États-Uniens.

Mais la campagne de Bernie Sanders n’est pas seulement basée sur ce programme, qu’il qualifie de « socialiste et démocrate ». Son véritable objectif est « d’enclencher une révolution », comme il l’a soutenu lors du débat démocrate, diffusé à CNN le 13 octobre dernier.

« La campagne de Bernie Sanders est beaucoup plus qu’une simple course à l’investiture démocrate », explique Arlene Sweeting, bénévole pour Bernie Sanders dans le comté de Manatee-Sarasota. « Bernie Sanders ne s’est pas lancé dans la course par intérêt personnel, mais pour créer un mouvement afin que la population des États-Unis retrouve un véritable contrôle sur son gouvernement. »

Arlene Sweeting, qui coordonne une grande partie des activités en appui à Sanders dans ce comté de la côte ouest de la Floride, organisait le 24 octobre dernier un BBQ, afin de réunir tous les jeunes partisans du candidat Sanders.

« Je souhaitais organiser une activité qui réunirait les étudiants de la région. J’ai donc contacté plusieurs jeunes partisans de Bernie, qui sont à la tête d’organisations démocrates dans les universités. Aujourd’hui, c’est l’occasion pour nous d’échanger et de coordonner notre action. »

Assis en cercle dans la cour arrière de la maison d’Arlene, une quarantaine de jeunes font connaissance. Certains fréquentent encore l’école secondaire, d’autres viennent tout juste d’obtenir leur diplôme universitaire. Contraire­ment à ce qu’on connait au Québec, les organisations politiques régionales aux États-Unis n’ont rien d’officiel et se forment spontanément sans qu’aucun président de comté ou conseiller ne soit élu.

Les bénévoles tentent donc, tant bien que mal, de coordonner leurs actions avec l’organisation de la campagne nationale et ils sont libres d’organiser ce qu’ils souhaitent : interventions dans les médias, porte-à-porte, appels téléphoniques. Dans le cas de la campagne de Bernie Sanders, ce sont surtout des jeunes qui orchestrent le tout.

Roberto Ojeda, étudiant au Eckerd College en géoscience, est le président d’une organisation étudiante en appui à Bernie Sanders. « Ce que nous voulons, déclare-t-il, c’est démarrer une révolution politique. C’est plus qu’une simple campagne. Nous sommes reliés à des syndicats, des groupes de défense des droits des gais et lesbiennes, nous sommes proches des groupes environnementaux. Dans le fond, ce qu’on essaie de faire, c’est d’unir derrière un seul homme tous ces groupes qui souhaitent un profond changement aux États-Unis. Nous voulons unir le mouvement progressiste, qui est divisé autour de différents enjeux. Nous voulons que toutes ces organisations se rassemblent et travaillent ensemble. »

Autour du cercle, chaque étudiant explique son parcours et les raisons qui l’ont amené à appuyer Sanders. Patrick Bon Tonissen, diplômé du New College of Florida, explique qu’il soutient Sanders parce qu’il est « inquiet du trop grand pouvoir de l’argent aux États-Unis ». Plusieurs jeunes expliquent qu’il faut « redonner le pouvoir aux 99 % », soutenant que leur pays est « corrompu par des élites ».

« Contrairement à Hillary Clinton et Trump, Bernie Sanders n’est pas là pour performer, il est sincère. Sa campagne n’est pas basée sur des enjeux superficiels comme le fait d’être une femme, ou d’être radical dans le cas de Trump. J’ai véritablement confiance en lui et je sens qu’il est en politique pour les bonnes raisons, pour les vrais enjeux », m’explique Iyanu Cornael, étudiante en première année au New College of Florida.

« Bernie est conséquent dans ses choix. Il soutient la même position depuis 1960. Il est vraiment sincère. Je reconnais qu’on peut évoluer et changer d’opinion mais, dans le cas d’Hillary, elle ne fait que dire ce que les partisans veulent entendre, ce qui lui permettra d’atteindre le pouvoir », soutient Andreina Carrasquero.

Lorsqu’ils proposent des stratégies pour rallier un plus grand nombre de jeunes à leur mouvement, plusieurs soutiennent qu’ils doivent dépasser le simple « recrutement », la « recherche du vote ». Ils veulent être visibles et ils participent à plusieurs manifestations, font du porte-à-porte pour faire signer des pétitions reliées au changement climatique, et ne parlent de Bernie Sanders que vers la fin de la conversation.

« Ce que nous souhaitons, c’est que les gens réalisent que toutes ces causes qu’ils appuient, eh  bien !, il y a un homme qui les défend, et c’est Sanders ! », m’explique Roberto.

Lorsque les jeunes font référence à la hausse de popularité de Sanders, qui attire maintenant des dizaines de milliers de personnes lors de ses assemblées, ils utilisent l’expression « Feel the bern », jeu de mots à partir du nom du candidat et du mot « chaleur ».

L’expression est d’ailleurs récupérée par Sanders lui-même et on l’imprime depuis quelques mois sur des tasses, des chandails, des collants, des macarons, des sacs... « Ça vient chercher les jeunes, raconte Nico, et le plus drôle c’est que Bernie a 74 ans ! »

Alors que la soirée se termine et que quelques participants quittent la réunion, un petit groupe d’universitaires discute du mouvement populaire qu’ils souhaitent créer afin de poursuivre le legs d’Occupy Wall Street. Je leur demande s’ils considèrent que Sanders a de vraies chances de gagner les primaires américaines, ou plus difficile à imaginer encore, devenir Président des États-Unis.

« Je sais que plusieurs n’y croient pas et que les sondages ne vont pas dans ce sens. Mais la campagne d’Obama en 2008 était basée sur le même désir : créer un mouvement qui viendrait de la base, des Américains moyens. Nous faisions partie d’une petite révolution. Et nous avons gagné. Alors, je considère vraiment qu’on a des chances », soutient Savannah Hawk, étudiante en sciences de l’environnement au New College of Florida.

* Rose St-Pierre étudie présentement la politique états-unienne et les changements climatiques en Floride dans le cadre d’un échange étudiant.