Vote massif des Québécois pour le changement !

Un premier bilan de l’action de la FTQ lors de la dernière campagne électorale

La plus longue campagne électorale de l’histoire vient de se terminer et les Canadiens ont élu,  contre toute attente, un gouvernement libéral majoritaire. Qui l’eût cru !

Au lendemain de chaque élection, l’heure est aux analyses.  Tout le monde cherche à expliquer sa victoire ou sa défaite et les résultats sont souvent interprétés pour se conforter. C’est le cas de nos amis de la droite, qui affirment que les Conservateurs ont effectué toute une remontée au Québec, en passant de 5 à 12 députés.

Selon eux, ce n’est pas seulement la grande région de Québec qui est devenue bleue. À les croire, il n’y aurait que Montréal qui est peinte en rouge. Les Conservateurs seraient partout au Québec, puisqu’ils ont élu des candidats au Saguenay, à Québec et jusque dans les Cantons de l’Est.

Par contre, selon ces mêmes analystes, le Bloc québécois serait moribond. De moins en moins de personnes l’appuieraient, même s’il est passé de 2 à 10 élus, répartis un peu partout au Québec. Voilà un autre bel exemple de la longue liste de raccourcis intellectuels de la droite.

Le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, y est allé de l’analyse suivante. Le Québec sera bien représenté à la Chambre des communes parce que nous avons une bonne répartition de tous les partis avec des Libéraux, des Conservateurs et des Néodémocrates.

Il ajoute que près de 80 % des Québécois ont voté pour des partis fédéralistes, ce qui serait un signe évident que l’option souverainiste est morte.

Il a raison d’affirmer que près de 80 % des électeurs québécois ont voté pour un parti fédéraliste, mais il fait fausse route en établissant un lien direct entre ce pourcentage et l’appui à la souveraineté.

Il fait fausse route parce qu’il ne tient pas compte de la volonté de changement indéniable qui s’est exprimée lors de cette élection. Une grande majorité des électeurs, 70 % d’après certains sondages, n’avait qu’un seul objectif : se débarrasser de Harper. Bon nombre de personnes n’ont pas voté selon leurs convictions, mais uniquement dans le but de mettre Harper à la porte.

L’analyse que Philippe Couillard ne fait pas et devrait faire, c’est de prendre acte que les Québécois ont voté à plus de 80 % contre les mesures d’austérité.  À preuve, les 66 députés élus pour le Parti Libéral, le NPD et le Bloc Québécois proviennent de partis qui ne proposaient aucune mesure d’austérité. Les libéraux projettent même de faire des déficits au cours des premières années de leur mandat.

Monsieur Couillard et son équipe doivent donc prendre acte que les Québécois ont massivement dit non aux mesures d’austérité et sont même prêts à accepter des déficits, si l’argent sert à améliorer ou mettre à niveau nos infrastructures et à créer de bons emplois.

Succès et échec du vote stratégique. Je suis tenté de faire une première analyse de la campagne en faveur du vote stratégique organisée par la FTQ et ses syndicats affiliés. À première vue, nous pouvons dire : « Mission accomplie ! ». L’objectif était de se débarrasser de Harper et c’est chose faite.

Mais, pour être honnête, il faut rappeler que l’objectif fixé au départ était de cibler des circonscriptions où les Conservateurs comptaient faire des gains et leur barrer la route. Le but était de mobiliser des militantes et des militants bénévoles de ces régions afin qu’ils  convainquent nos membres et leurs familles de voter stratégiquement contre Harper. Nous devons reconnaître que c’est un échec.

Les Conservateurs avaient ciblé les régions de la Beauce, de Québec et du Saguenay pour augmenter leur représentation. Ils voulaient faire passer leur nombre de députés de 5 à 11. Ils ont fait élire 12 députés !

Il paraît que Churchill a déjà dit que le meilleur argument contre la démocratie est une discussion de cinq minutes avec un électeur moyen. Vu sous cet angle, on pourrait penser que, pour obtenir des résultats sensés, seuls des citoyens avertis devraient avoir le droit de vote.

Je trouve cet énoncé sévère et élitiste. À mon avis, le résultat de la campagne du vote stratégique de la FTQ doit nous faire prendre conscience de l’importance et de l’urgence de politiser nos membres.

La FTQ n’a pas lésiné sur les moyens pour mobiliser et former des centaines de bénévoles. Sur ce point, on peut effectivement dire : « Mission accomplie ! ».  Cependant, là où je pense que nous avons failli –  non par manque de volonté, mais plutôt par manque de temps –  c’est dans la nécessaire politisation de nos membres.

Nous avons créé une banque de militants bien formés qui veulent s’engager. Il faut rapidement les réunir pour, bien sûr, faire un bilan de la campagne et, avec eux, se mettre au travail dès que possible pour le prochain rendez-vous électoral d’importance pour les travailleuses et travailleurs québécois, soit les élections provinciales de 2018 !

Certains vont peut-être dire que nous en sommes encore loin. Je crois plutôt qu’il ne nous reste que très peu de temps, si nous voulons politiser nos membres.

L’exemple des syndicalistes brésiliens. Je me rappelle qu’en 2003, j’avais eu le privilège d’aller au Brésil. C’était l’année où Luiz Inácio Lula da Silva (Lula), président d’un grand syndicat, a été élu président du Brésil.  Lors de cette visite, j’ai eu la chance de rencontrer des représentantes et des représentants du syndicat d’où provenait Lula.

Je travaillais alors au service de l’éducation de mon syndicat et j’avais eu une bonne discussion avec eux sur la formation qu’un syndicat doit offrir à ses membres.

Je m’attendais, de leur part, à une présentation de plusieurs types de formation, un peu comme les nôtres : formations sur le rôle d’un délégué, sur la négociation, sur la santé-sécurité.  J’ai été très surpris qu’ils ne me présentent qu’une seule formation, que notre interprète avait traduit en ces termes : « Formation sur la citoyenneté ».

Les membres de ce syndicat recevaient une formation, depuis plusieurs années, sur l’importance de leur engagement politique.  Pour ce syndicat, il n’y avait aucun doute que le bien-être, la qualité de vie et l’épanouissement de leurs membres passaient par leur engagement politique et, pour ce faire, il n’y avait pas d’autre choix que de les
politiser.

Il en résultait, après 20 ans de ce régime, que des militantes et des militants syndicaux occupaient plusieurs postes politiques importants tant au niveau municipal, que régional et national. Ils ont même réussi à former un parti politique national, le « Partido de los trabajadores » (Parti des travailleurs), qui, avec Lula à sa tête, a été élu en 2003 pour diriger le pays.

Je ne pense pas qu’il faille suivre à la lettre l’exemple du Brésil, mais il m’apparait très clair que la FTQ et ses syndicats affiliés doivent, bien sûr, se féliciter de tout le travail accompli pendant les dernières élections, mais surtout faire en sorte de bâtir, à partir de ces piliers que sont les centaines de militantes et militants bénévoles qui ont été formés, une structure forte qui aura comme mandat de politiser nos membres.

La FTQ et ses syndicats affiliés sont parfaitement capables d’y arriver.  Le talent et les ressources y sont, il ne manque que la volonté politique de le faire.  Nous pourrons alors cibler, en 2018, des circonscriptions, mettre à l’œuvre nos équipes de militantes et militants bénévoles et, au lendemain des élections, dire « Mission accomplie ! », le gouvernement Couillard ayant été défait et le mouvement syndical ayant contribué à mettre en place un gouvernement qui a les intérêts des travailleuses et travailleurs comme priorité.

* Sylvain Martin est directeur adjoint d’Unifor