Du point de vue des experts les attentes sont mesurées

Frank Alcock, commentateur politique et expert en changements climatiques

CP21, c’est-à-dire la 21e Conférence des Parties parrainée par l’ONU, rassemblement annuel de tous les pays désireux d’agir pour le climat, se déroule à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

Cette fois, l’échéance est cruciale puisqu’on souhaite aboutir à un nouvel accord mondial sur le climat afin de maintenir le réchauffement climatique sous les 2 °C.

 Depuis un an déjà, plusieurs délégations sont entrées dans un processus de négociation afin de trouver des compromis qui assureront le succès de la conférence. Le dernier rendez-vous préparatoire a eu lieu début novembre, alors que les pays soumettaient leur plan aux Nations Unies, spécifiant de quelle manière ils s’adapteront ou préviendront les changements climatiques à l’échelle nationale.

Frank Alcock, commentateur politique pour le réseau de télé ABC et expert en changements climatiques, répond à nos questions, afin de dresser un portrait de la situation actuelle et des attentes envers ces négociations.

Frank Alcock a travaillé auprès du Département de l’Énergie pour le gouvernement des É.-U.A. pendant cinq ans, avant d’enseigner la politique internationale et les sciences environnementales au niveau universitaire.

― En quoi cette conférence sur le climat sera-t-elle différente des précédentes ?

La Conférence de Paris sera l’occasion de poursuivre l’élaboration d’un Fonds vert pour le climat. Pour la première fois, la communauté internationale envisage la création d’un fonds qui aurait pour but le transfert de capitaux des pays les plus avancés vers des pays plus vulnérables, afin de réaliser des projets qui combattront les effets des changements climatiques.

Le fonds serait financé à la hauteur de 100 milliards de dollars par année, s’il se matérialise.

Plus important encore, Paris représente un important virage de la part de la communauté internationale. Lors des précédentes négociations, les objectifs étaient imposés par les Nations Unies et les cibles à atteindre étaient très strictes.

Les accords se voulaient juridiquement contraignants et les pays n’avaient le choix que de signer ou non. Ces négociations se sont soldées par des échecs à deux reprises : d’abord Kyoto, puis à Copenhague.

Depuis, la communauté internationale s’est tournée vers une nouvelle stratégie. On souhaite que les propositions proviennent des pays qui contribueront tous à établir des cibles mondiales et des délais qui s’appliqueront à tous. On favorise aussi de plus en plus des approches qui ne sont pas juridiquement contraignantes.

― Est-ce qu’un accord non contraignant est aussi crédible ? N’est-il pas moins efficace ?

Pas nécessairement. Oui, les accords contraignants paraissent parfois plus dignes de foi, mais ils forcent rarement les pays à atteindre des engagements inatteignables. Et lorsque les attentes sont trop élevées, l’accord se solde par un échec. Cela explique d’ailleurs, en partie, pourquoi l’accord de Kyoto en a déçu plusieurs.

Si un accord peut orienter les gouvernements vers des voies plus durables et engager un changement politique, cet accord est efficace. Et un accord non contraignant peut parfois mener, sur le long terme, à un accord juridiquement contraignant.

L’avantage de ce type d’approche, c’est qu’on permet plus de souplesse et que les cibles sont souvent plus faciles à atteindre. On facilite donc les compromis et on arrive à coopérer avec des pays ayant des valeurs et des intérêts très différents. C’est pourquoi chaque pays est invité à soumettre son propre plan pour Paris. Tout est d’abord déterminé au niveau national.

― Est-ce que les attentes envers la Conférence de Paris sont trop élevées ?

Bien sûr que cela dépend à qui on pose la question. Du point de vue des experts, je crois que les attentes sont mesurées. Peu d’e­­xperts s’attendent à ce que ces négociations « sauvent la planète », mais la plupart ont espoir en des progrès significatifs et en une réussite pour diminuer notre production de gaz à effet de serre de manière durable.

― Quelles sont les attentes dans le cas des pays en développement ?

Les attentes varient d’un pays à l’autre, notamment entre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ceux qui ne le sont pas. Mais la plupart des pays en développement espèrent et attendent des engagements financiers importants de la part des pays développés, grandement responsables des changements climatiques.

On a beaucoup d’espoir dans le Fonds vert pour le climat. Pour plusieurs, c’est une question d’équité et cela est central au bon déroulement des négociations qui mèneront à un accord mondial.

― Est-ce qu’un accord intergouvernemental est suffisant pour répondre aux changements climatiques ? Le secteur privé ne devrait-il pas aussi être engagé dans le processus de négociations ?

Cela dépend de la forme que prendra l’accord. Si on arrive à un accord international signé par tous les pays, cela devrait inciter le secteur privé à jouer un rôle majeur dans la lutte aux changements climatiques.

D’ici au 30 novembre, les pays forment des coalitions afin de faire valoir leurs opinions. Ceux qui partagent des intérêts communs tentent de faire entendre leur voix et chacun y va de sa stratégie afin de devenir un acteur clé des négociations.

Plusieurs s’inquiètent de ce jeu politique, alors que ces négociations de couloirs visent d’abord à préserver les intérêts politiques et économiques des groupes d’États plutôt que de mettre de l’avant des cibles ambitieuses afin de réduire le réchauffement climatique.

Plusieurs experts estiment également, au regard des plans nationaux déposés par les pays participants jusqu’à maintenant, que tous les efforts combinés ne permettront pas d’atteindre l’objectif de 2 °C.

Et certains s’inquiètent des conséquences des attentats de Paris sur la conférence. Les activistes, manifestants et journalistes seront probablement strictement contrôlés et la tentation de centrer la conférence sur la sécurité pourrait être forte, alors que des centaines de pays sont présents.

Mais le fait que ces négociations soient pour la première fois centrées sur un accord non contraignant donne espoir à plusieurs. La Conférence de Paris pourrait s’avérer un premier pas dans la bonne direction et agirait enfin pour réunir tous les États-nations autour d’un objectif commun.

* Rose St-Pierre étudie présentement la politique états-unienne et les changements climatiques en Floride dans le cadre d’un échange étudiant.