Rassemblement mondial devant les commerces d’H&M

45 villes et 11 pays manifestent pour les travailleurs exploités du Bangladesh

2016/11/15

Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) a organisé un rassemblement à Montréal, le 3 mai dernier, devant le magasin de vêtements H&M pour sensibiliser les consommateurs montréalais aux conditions de travail des travailleuses et des travailleurs qui confectionnent leurs vêtements au Bangladesh. 

Trois années après l’écroulement du Rana Plaza, qui a entraîné la mort de 1127 personnes, H&M ne respecte pas l’Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments que l’entreprise a signé suite au tragique événement. Accord, chapeauté par l’Organisation internationale du travail (OIT), qui oblige l’entreprise à se doter d’un programme de sécurité et de gestion des incendies. 

Avec entre 55 % et 70 % des entreprises sous-contractantes de la société-mère encore en défaut, une catastrophe pourrait bien survenir à nouveau. L’aut’journal a rencontré Mme Nguyen, la coordonnatrice de l’événement afin qu’elle nous explique l’objectif de cette mobilisation mondiale. 

Quel était le but de la ­mobilisation du 3 mai dernier ? 

Suite au passage de Kalpona Akter du Bangladesh Center for Worker Solidarity, la question d’une mobilisation mondiale de solidarité en appui aux travailleuses et travailleurs du Bangladesh a été ravivée. Montréal fait partie des nombreuses villes où un rassemblement a eu lieu. Des rassemblements ont eu lieu dans 45 villes et onze pays.

Tristement, cette solidarité s’est créée suite à la catastrophe de Rana Plaza. C’est le déclencheur de l’intérêt médiatique et le début d’une mobilisation qui se poursuit encore. C’est grâce à cette pression internationale que de nombreuses entreprises, desquelles H&M fait partie, ont signé l’Accord. 

Le but de la mobilisation du 3 mai était de maintenir la pression sur les entreprises en donnant l’exemple d’une d’entre elles qui ne respecte pas les objectifs fixés. Pour ce faire, nous avons voulu informer le public de la situation en expliquant ce que sont les ateliers de misère. L’éducation populaire est l’objectif premier de notre organisation. Nous voulions expliquer aux acheteurs de la boutique, rue Sainte-Catherine, le lien entre acheter ici, à H&M Montréal, et les conditions de travail des employées au Bangladesh. 

Quelles étaient les réactions des acheteurs ? 

Les gens étaient plutôt surpris. Mais la réception était cordiale. D’attentifs, certains finissaient par se sentir mal à l’aise lorsqu’ils saisissaient les enjeux. En ce sens, notre objectif de sensibiliser les acheteurs a réussi. En plus, nous avons remis une lettre à la gérante du magasin. 

Et la réception de l’entreprise, dont l’assemblée générale des actionnaires se tenait le même jour ? 

À Montréal, on nous a promis de remettre la lettre à qui de droit. Mais, disons que nous n’avons eu aucune nouvelle, pas de prise de position de la part d’H&M. Pas directement à nous, du moins. 

L’entreprise a bien contesté les conclusions de notre rapport auprès du Congrès du travail du Canada (CTC). L’entreprise dit s’être améliorée. Mais aucune sortie publique. Nous savons que l’entreprise réfute notre critique de l’atteinte des objectifs fixés, à la suite de la signature de l’Accord. 

Dans le rapport Three Years After Rana Plaza, H&M Factories Still Not Safe, nous avons établi qu’au moins 55 % des fournisseurs d’H&M n’ont toujours pas de sorties de secours adéquates. Mais le problème demeure la transparence.

Nous savons qu’H&M fait affaire auprès de 200 sous-contractants, qui confectionnent les vêtements de la marque, mais qui sait si l’entreprise n’en a pas davantage (voir site officiel). Comment savoir s’il n’y a pas d’autres filiales qui œuvrent, sans qu’on le sache, à l’extérieur du cadre de l’Accord. La chaîne de sous-traitance est difficilement identifiable. Les noms se démultiplient afin que les fournisseurs deviennent non-identifiables. Il est ardu de dire alors qui est imputable. 

Pourquoi H&M a adopté cette stratégie de gestion ? 

Au CISO, nous y voyons un problème structurel qui, à l’origine, fait que l’employé est placé au même niveau que la marchandise. La production est à flux tendu. Il s’exerce une pression internationale sur le travail poussé par la compétitivité. 

Nous savons qu’il est important de lutter pour l’amélioration des conditions de travail des travailleuses du textile du Bangladesh (82 % sont des femmes), mais les entreprises délocalisent encore. Présentement, la mode est d’aller en Afrique, en Éthiopie. Pourtant, nous savons qu’H&M a la capacité de payer. L’entreprise a enregistré 2,6 milliards $ de profits l’année dernière. Au Bangladesh, les travailleuses et travailleurs de l’industrie du textile ne gagnent que 3 $ par jour. 

La solution passe par la réduction des inégalités sociales partout à travers le monde, 

Si l’on ne veut pas boycotter les marques, il faut augmenter les salaires des travailleuses et travailleurs pour qu’ils puissent améliorer leur sort ? 

Il est important de saisir le coût réel des produits. Pour qu’un chandail ne coûte à Montréal que 15 $ ou 20 $, cela implique que les droits des travailleuses et travailleurs en ont souffert. C’est souvent un choix que l’entreprise fera afin de demeurer compétitive. Et, pour ne pas couper dans les salaires des cadres et les dividendes des actionnaires, l’entreprise pourra être tentée de délocaliser à nouveau sa production. Cela exerce une pression vers le bas. Une course vers les moins bonnes conditions de travail possibles. 

Nous proposons une solidarité internationale des travailleurs en plus d’une alliance entre les nations afin d’améliorer les conditions de travail de tous, travailleuses et travailleurs. Pour y arriver, il faut faire pression sur les gouvernements pour qu’ils adoptent ou maintiennent des lois respectueuses de leurs droits contre le pouvoir démesuré des grandes compagnies, comme H&M. La mobilisation et l’éducation populaire servent à créer et maintenir cette pression.