Fidel Castro et le Québec révolutionnaire

Cuba a relevé le pari de nourrir, instruire et soigner sa population

2017/02/07

L’entrée triomphale de Fidel Castro à La Havane le 8 janvier 1959 est sans l’ombre d’un doute un des événements marquants du XXe siècle. L’onde de choc se fit surtout sentir en Amérique latine, mais ses réverbérations atteignirent également le Québec. 

Quand, trois ans plus tard, le gouvernement Lesage annonça son intention de nationaliser les compagnies d’électricité, se profila l’ombre de Cuba et l’expropriation de compagnies américaines comme la United Fruit. La presse anglo-saxonne nord-américaine accusa le ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, d’être le Castro du nord. 

Mais l’impact le plus percutant de la Révolution cubaine se fit principalement sentir sur le mouvement indépendantiste québécois dont il fut une des principales inspirations avec le mouvement de décolonisation en Afrique et le mouvement des droits civiques des Noirs des États-Unis. Toute la mythologie entourant ces 22 hommes réfugiés dans la Sierra Mæstra, après avoir survécu au débarquement du Granma en 1956, pour y organiser trois ans plus tard un soulèvement victorieux, ne pouvait qu’enflammer la jeunesse révolutionnaire. 

Le développement de guérillas en Amérique latine, encouragé par Cuba, et surtout celle de Che Guevara en Bolivie, se présente comme un nouveau modèle révolutionnaire, une alternative à des Partis communistes réformistes, sclérosés, qui n’osaient plus contester la Doctrine Monroe et acceptaient que l’Amérique latine soit la chasse-gardée des États-Unis. 

L’élan révolutionnaire prend souvent la forme de l’aventurisme et le Québec n’est pas en reste avec la création du Front de libération du Québec. S’inspirant de la guérilla urbaine des Black Panthers états-uniens et des Tupamaros uruguayens, le FLQ procède en octobre 1970 à des enlèvements politiques. 

Si Cuba accepte de servir de terre d’exil aux felquistes responsables de l’enlèvement de James Richard Cross, ce ne doit pas être interprété comme une manifestation de soutien à la cause indépendantiste québécoise, mais plutôt comme un service rendu à un pays ami, le Canada ! 

Realpolitik oblige, La Havane a trouvé un allié dans le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau qui se sert de Cuba pour exprimer son désir de desserrer l’étreinte des États-Unis. En 1976, Pierre Elliott Trudeau effectue à Cuba l’une des premières visites d’État d’un leader occidental pendant l’embargo imposé par les États-Unis. Il apporte 4 millions de dollars d’aide canadienne et offre un prêt de 10 millions supplémentaires. Dans son discours, Trudeau déclare : « Longue vie au commandant en chef Fidel Castro. Longue vie à l’amitié cubano-canadienne. » 

Fidel Castro a beau avoir proclamé son intention de construire le socialisme, le volontarisme a ses limites. Si, au lendemain de la Révolution d’Octobre, voyant que la révolution ne gagnait pas l’Allemagne et les autres pays européens comme il l’avait souhaité, Lénine a développé la théorie de la construction du socialisme dans un seul pays, c’est parce que l’URSS s’étendait sur un sixième du globe et regorgeait de toutes les ressources naturelles nécessaires au développement d’une industrie moderne. 

C’était loin d’être le cas à Cuba, un pays de monoculture du sucre, privé entre autres de pétrole. L’Internationale communiste avait d’ailleurs conclu dans les années 1930 à l’impossibilité d’ériger une base économique socialiste dans les pays des Caraïbes et des Antilles sans la création d’une fédération socialiste de ces pays. 

Que Cuba ait réussi à tenir pendant plus de 50 ans, malgré l’embargo états-unien et l’écroulement du bloc soviétique, cela tient du miracle. Ou plutôt au génie de Fidel Castro qui a su manœuvrer sur cette mer agitée, quitte à permettre quand il le fallait le développement contrôlé de l’économie de marché et promouvoir l’expansion du tourisme avec tout ce que cela comporte. 

Dans ces conditions extrêmement difficiles, Cuba a réussi le pari de nourrir, d’instruire et de soigner sa population. L’analphabétisme a été vaincu, la mortalité infantile réduite à un taux de 0,9 %. Le système de santé est un des plus performants au monde et un de ses principaux produits d’exportation. Environ 20 000 médecins ont été envoyés par Cuba auprès de 60 pays du tiers-monde. Fidel Castro fut le premier chef d’État à recevoir la médaille de la Santé Pour Tous décernée par l’Organisation mondiale de la santé (OSM).