Lorsqu’un service est gratuit pour
l’usager, il est bien entendu payé par le contribuable :
c’est un choix politique. Désormais, nous n’aurions plus le
choix : il faudrait abandonner la gratuité et tarifer partout
où c’est possible. La
crise financière a bon dos!
Les conservateurs de tout poil ont beau
jeu d’en profiter pour tenter de nous convaincre qu’il faudrait
d’urgence revoir nos façons de financer les services publics, tout
en réduisant la gamme des services offerts; ces idées ne sont pas
nouvelles mais le contexte de crise permet de renouveler le discours
sur un ton alarmiste.
Depuis Margaret Thatcher, « There
Is No Alternative – TINA »
– « Nous n’avons pas le choix » est l’un des
principaux mots d’ordre des conservateurs.
C’est d’ailleurs dans cet esprit
« TINA »
que les autorités de l’arrondissement
Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce mènent actuellement une
consultation sur le Plan directeur Culture, sports et loisirs en
réflexion. Le libellé de la sixième et dernière « prémisse »,
en page 25, commence comme suit : « La gratuité est une
utopie ».
L’arrondissement subit certes le
contrecoup des difficultés de la ville centrale, comme d’ailleurs
Montréal par rapport au gouvernement du Québec et comme ce dernier
par rapport au fédéral.
Pratiquement tout le monde reconnaît
le déséquilibre fiscal : Québec administre les
responsabilités (santé, éducation) qui deviennent particulièrement
lourdes pendant que le fédéral dispose d’un surcroît d’impôts,
au point qu’il peut soutenir un lourd effort de guerre en
Afghanistan tout en ayant pu se permettre deux diminutions de la TPS.
Car il faut « affamer la bête »,
comme disait Ronald Reagan : d’abord diminuer les revenus pour
fabriquer un déficit et ensuite mieux justifier une coupure
« obligée » dans les dépenses. Et, à leur tour, les
villes se plaignent, avec raison, de subir un semblable déséquilibre
fiscal. Pareil pour les arrondissements.
Il est faux de prétendre qu’on
n’a pas le choix – on a toujours le choix! C’est d’ailleurs
précisément sur ces questions de loisirs et de culture que
l’arrondissement Ville-Marie avait choisi, au cours du dernier
mandat électoral, de lever un impôt supplémentaire de 0,0255 $,
soit deux sous et demi le 100 $ d’évaluation; le produit de cet
impôt s’élevait annuellement à 5 millions $ et visait à
combler ce que les élus identifiaient comme un manque d’équipements
adéquats et cela, plutôt que de créer ou de relever des tarifs
pour les utilisateurs.
Les mêmes choix se posent pour la
plupart des autres services publics. Si la gratuité disparaît par
endroits, elle progresse ailleurs : en effet, en pleine crise
économique mondiale, un nombre grandissant de municipalités,
françaises notamment, prennent à leur charge, aux frais du
contribuable donc, toutes les dépenses des réseaux de transport en
commun, qui devient donc gratuit pour l’usager. Il revient aux élus
de faire ces choix.
Comme disait Lincoln, « si vous
trouvez que l’instruction coûte cher, essayez l’ignorance! »
La même chose pourrait s’appliquer aux loisirs et à la culture.
À l’heure où on voudrait que, par exemple, tout le monde fasse
davantage de sport, il ne serait peut-être pas très approprié de
décourager la pratique sportive avec l’instauration ou le
relèvement de tarifs.
Les tarifs n’entraînent pas
forcément une diminution de la demande. Ainsi, les compteurs d’eau
domestique n’ont pas d’incidence sur la consommation des ménages
qui est structurelle et pratiquement insensible au prix, mis à part
pour les plus pauvres; en revanche, la tarification même partielle
des soins médicaux entraîne une sous-consommation préjudiciable
chez de larges tranches de la population, des gens qui se résignent
à consulter trop tard, lorsque les dommages se sont aggravés; même
chose pour les médicaments.
L’arrondissement CDN-NDG ne devrait
certainement pas considérer d’emblée que, pour les loisirs et la
culture, la gratuité pour l’usager est impossible. Ne serait-ce
que parce que c’est parfaitement faux : ici comme ailleurs, il
existe une vaste panoplie de modalités de financement des services
publics, elles évoluent et la gratuité est bien évidemment une
possibilité, parmi d’autres, avec ses avantages et ses
inconvénients.
Najac, juin 2010